Rémy de Gourmont

Bazoches-au-Houlme, 4 avril 1858 - Paris, 27 septembre 1915

Apollinaire et Blaise Cendrars ont décrit Gourmont en quête de vieux livres dans les boîtes des bouquinistes sur les quais de la Seine ; Paul Léautaud, l’un de ses familiers au Mercure de France, a brossé son portrait ; l’abbé Mugnier en parle dans son journal en 1892, puis en 1915 – il est frappé par sa tenue vestimentaire, un froc de capucin. Gourmont fut une figure parisienne, foncièrement originale, du monde des lettres à compter des années 1890 jusqu’à sa mort.

Né en Basse-Normandie, il fréquente le lycée de Coutances, puis la faculté de droit de l’université de Caen. Après ses études, il s’installe à Paris. Il travaille à la Bibliothèque nationale, il publie des livres didactiques (dans l’un d’eux son anglophobie est déjà manifeste). En 1886, l’année où il publie Merlette, un roman « normand », il s’enflamme à la lecture d’un numéro de La Vogue : il sera symboliste. Il rejoint peu après l’équipe fondatrice du Mercure de France auquel il restera fidèle. Il publie en 1890 Sixtine, roman emblématique du symbolisme ; les années suivantes, il prépare des plaquettes poétiques à petit tirage, plusieurs numéros de L’Ymagier. En 1891, suite à une campagne haineuse contre « Le joujou patriotisme », article publié au Mercure, il perd son emploi à la Bibliothèque nationale ; il vivra désormais de sa plume. Jusqu’à la fin du siècle, il abordera plusieurs genres.

En 1898, à la différence de son ami Octave Mirbeau défenseur de Zola et de Dreyfus, il refuse de rallier un des camps en présence. Pour lui, ce qui importe c’est le sort du capitaine Marchand et ce qui se passe en Afrique ; il souhaite une collaboration avec l’Allemagne contre la politique coloniale anglaise (conséquent, Gourmont soutiendra les Boers). Au début du XXe siècle, s’éloignant du symbolisme, il édite des oeuvres de plusieurs esprits libres du passé dans la Collection des plus belles pages, il multiplie les chroniques dans des revues françaises et étrangères (elles seront réunies en volumes dans les Promenades littéraires, les Épilogues…). À la veille du premier conflit mondial, sa notoriété est considérable.

Pour lui, la guerre est une catastrophe. Face aux violences allemandes, il tire un trait sur certaines de ses convictions et écrit des pages patriotiques, saluant le courage des soldats anglais dans la Somme, déplorant le sort de la Belgique occupée…

Ces dernières décennies, on redécouvre Gourmont, plusieurs oeuvres ont été rééditées, tant de la période symboliste que de la période « critique ». Celui que Rachilde appelait « le libertin mystique » fut un esprit libre,
hétérodoxe.

 

Gérard Poulouin
professeur agrégé à l’université de Caen Basse-Normandie