Etienne de Flacourt, Dictionnaire de la langue de Madagascar et Histoire de la Grande Isle Madagascar

1658

Étienne de Flacourt, né en 1607 à Orléans, n’était probablement pas prédestiné à occuper le poste de gouverneur de Fort-Dauphin en 1648. Envoyé par le Roi de France pour rétablir une situation délicate, il y demeura jusqu’en 1655 sans voir venir dans la « Grande Isle » les navires promis et tant attendus.

Il lui fallut maintenir le contrôle du fort menacé de l’intérieur comme de l’extérieur. Il y parvint en passant des alliances avec les différents groupes malgaches qui, de leur côté, recherchaient parfois son concours contre leurs ennemis.

Le rôle colonial que la compagnie Cazet comptait lui faire tenir se révéla vite un échec. Les Malgaches, nullement prêts à commercer avec les Européens, s’opposèrent à ses entreprises qui tournèrent rapidement à la rapine. Ce qui intéressait les Français, comme les autres Européens, c’étaient les peaux de zébu, les bois précieux, les gemmes. L’affaire ne fut pas un succès du fait que la France était alors plongée dans une série de guerres qui fit oublier l’existence de cette lointaine mission…

Flacourt revint en France sept ans plus tard, son contrat non rempli. Il  fut donc l’objet d’un procès fort injuste. Il fit d’ailleurs, dans la première édition (1658) de son Histoire de la Grande Isle Madagascar, état de ses doléances envers la Compagnie.

Son procès gagné, revenu en grâce auprès du Roi, il repartit vers cette île avec pour nouvelle mission d’en tirer des avantages accrus. Il ne parvint jamais à Madagascar car son navire fut coulé par les Barbaresques en 1661, au moment de la seconde édition de son ouvrage majeur.

Comme souvent, l’histoire retiendra de Flacourt plus ses écrits que ses actions. Le gouverneur profita de son long séjour à Fort-Dauphin pour rédiger une Histoire de la Grande Isle, en deux parties distinctes, selon l’habitude du temps. La première présentait le récit des aventures de ces hommes, Malgaches et Français, Huguenots et Catholiques qui s’affrontaient ; la seconde constituait un véritable ouvrage d’anthropologie que tout spécialiste de Madagascar se doit d’avoir lu aujourd’hui encore. Il y est traité aussi bien de la culture que de l’histoire ancienne (particulièrement au chapitre XVI d’une richesse insoupçonnée), mais aussi de la botanique, de la faune, etc.

À son retour en France, il rencontra Monsieur Vincent, le futur saint Vincent de Paul, auquel il présenta les écrits des R.P. Lazaristes qui n’avaient pas résisté aux fièvres mais avaient eu le temps de rédiger le Catéchisme et le Dictionnaire. Il avait probablement participé à leur réalisation (et la signa) même si les bons Pères en avaient été les principaux auteurs.

Flacourt fut homme de son siècle. Toutefois, les déconvenues qu’il avait rencontrées l’avaient conduit à développer une lecture en apparence annexe mais fondamentale de son aventure. Son Factum, écrit au moment où l’injustice le rend le plus clairvoyant, est une réelle prise de conscience qui ne relève plus des certitudes des hommes du XVIIe siècle, mais déjà des affirmations de l’époque des Lumières (dénonciation de l’utilisation de la religion à des fins économiques), voire du XIXe siècle avec une terminologie marxisante (gains et profits).

Voyageur vers les Terres australes, pris dans les contradictions de ses aventures malheureuses, ses yeux ne furent dessillés que le temps de son procès. Dès qu’il fut sorti de sa disgrâce, il repartit vers ces terres à coloniser (aventure dans laquelle il avait investi financièrement). Il lui fallut alors envisager les formes que pouvait prendre la colonisation de l’île, formes que suivirent les colonisateurs ultérieurs, Gallieni y compris, même s’ils ne le mentionnent nulle part.

 

Claude Allibert
professeur à l’Institut national des langues et civilisations orientales