Assassinat d'Henri IV

14 mai 1610

La date du 14 mai 1610 a marqué profondément l’histoire de la France, car elle a sanctionné une réalité nouvelle : l’entrée dans l’époque moderne, c’est-à-dire un nouveau système politique, sociologique et mental qui tranche avec le XVIe siècle, celui de la Renaissance et de la Réforme, celui des Guerres de religion.

Henri IV a été le passeur de cette mutation, il lui a consacré ses efforts personnels, il a utilisé et fédéré les actions des hommes, et notamment de Sully, qu’il a choisis pour cette tâche particulière dont il a compris peu à peu la nécessité afin de donner au royaume meurtri par les guerres une existence nouvelle.

L’année 2010 sera donc, par excellence, l’année du souvenir. Le geste meurtrier de Ravaillac, nouveau Jacques Clément, mystique obsédé par sa mission de libérateur de la foi catholique, intervient à un moment où la population française s’inquiète de l’entrée en guerre contre les puissances catholiques, s’insurge contre les dérives passionnelles du roi et contre l’augmentation des impôts. Paradoxalement, l’événement libère soudain Henri de son impopularité. Frappés cruellement par la nouvelle, les Français se sentent soudain orphelins et, dans l’incertitude que génère le grand vide, ils vont porter un jugement totalement différent sur le roi disparu, reconnaissant soudain ses qualités, et justifiant en quelque sorte les paroles qu’Henri prononçait de façon prémonitoire le vendredi 14 mai 1610, quelques heures avant sa mort : « Vous ne me connaissez pas maintenant, vous autres ; mais je mourrai un de ces jours, et quand vous m’aurez perdu, vous connaîtrez lors ce que je valais et la différence qu’il y a de moi aux autres hommes ».

La transfiguration qui s’opère alors assure la pérennité de son souvenir. Il va devenir une référence permanente dans les siècles à venir, et jamais abandonnée, quel que soit le régime politique. Cette pérennité tient d’abord à l’existence d’un pôle géographique. Le héros appartient à un terroir de forte individualité, le Béarn. Hormis Napoléon et la Corse, aucune région française ne s’est attachée aussi passionnément au souvenir d’un héros de la Grande Histoire. C’est d’abord « Nouste Henric », qui oppose le petit montagnard élevé à la dure aux beaux messieurs de la France d’en haut, celle des rives de la Loire et de la Seine. Plus généralement, c’est le roi qui s’est intéressé personnellement aux réelles conditions d’existence de la population des villes et de la campagne, et tout particulièrement à travers le renouveau de l’agriculture. C’est le roi de la Poule au Pot. Dans la sanglante conquête du royaume contre ses adversaires ligueurs, il a cherché en outre à réduire les pertes humaines. Il a cherché enfin à réconcilier les populations affrontées dans le conflit religieux en faisant appliquer l’édit de Nantes qui devait effacer le souvenir de toutes les haines accumulées. Les siècles suivants n’ont pas diminué la ferveur de la référence, qui s’illustre avec éclat sous la plume de Voltaire dans La Henriade, sur le thème de l’épopée héroïque.

Un exemplaire de La Henriade figurait d’ailleurs dans le ventre du « Cheval de bronze », la statue équestre du roi au Pont-Neuf, retrouvé lors de la restauration de la statue il y a cinq ans, avec les Œconomies Royales de Sully et l’Histoire du Roi Henri le Grand d’Hardouin de Péréfixe : cette statue élevée par Louis XVIII en souvenir du premier Bourbon, en remplacement de celle qui avait été dressée deux cents ans plus tôt à cet emplacement sur ordre de Marie de Médicis. Cette première statue avait présidé longtemps aux réjouissances populaires des Parisiens, et c’est même à ses pieds qu’une fois proclamée la Patrie en danger en juillet 1792, eurent lieu les premiers enrôlements volontaires. Le mois suivant, après l’abolition de la monarchie, les citoyens se déterminèrent, après quelques hésitations, à jeter à bas la statue du Béarnais dont ils reconnaissaient les vertus, mais se souvenant qu’il « n’était point roi constitutionnel ».

Après les célébrations des grands événements de la vie et du règne, menées en 1987, 1989, 1990, 1993, 1994, 1998 sous l’égide de l’Association Henri IV devenue la Société Henri IV, dont le siège est toujours au château de Pau, qui conserve précieusement le fameux berceau en écaille de tortue, le temps est maintenant venu de commémorer la mort du roi dans l’année 2010. Les manifestations prévues seront nombreuses, en France mais aussi en Italie et même aux États-Unis, colloques, expositions, conférences, concerts. La principale de ces actions commémoratives sera un colloque international sur « Les régicides en Europe du XVe au XIXe siècle ». L’organisation de l’année du souvenir revient à Jacques Perot, nouveau président de la Société Henri IV, aidé dans sa lourde tâche par Paul Mironneau, directeur du château de Pau.

 

Jean-Pierre Babelon
membre de l’Institut
président d’honneur de la Société Henri IV

 

Pour aller plus loin

Programme des manifestations ayant eu lieu en 2010