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Avant-propos

 

Vous avez entre les mains le vingt-sixième volume d’une collection dont le Ministère de la Culture et de la Communication ne peut que s’enorgueillir, ne serait-ce qu’en considérant son succès en France et à l’étranger.

Sur les modalités mises en œuvre, soit essentiellement la seule prise en compte des cinquantenaires, des centenaires, des bicentenaires, les commémorations peuvent inspirer à certains un sentiment d’arbitraire. Permettez-moi au contraire de revendiquer énergiquement cette pratique, qui exclut toute tentation de juxtaposer ou de mettre en connivence de façon factice des trentièmes, des vingt-cinquièmes et des quatre vingtièmes anniversaires orientés dans un même sens et associés dans la perspective précise de valoriser telle personnalité, tel courant de pensée, telle succession d’événements. Nous nous en remettons au hasard des dates, de dates « rondes », porteuses de sens (demi-siècle, siècle, millénaire) pour sélectionner, avant même le Haut comité, dont l’impartialité et l’ouverture d’esprit sont par ailleurs exempts de suspicion, la centaine d’anniversaires dont l’évocation enrichit notre Recueil annuel. Cette confiance dans les aléas du calendrier de l’histoire ménage du reste un équilibre presque parfait entre les disciplines représentées – politique, vie militaire, littérature, arts plastiques, musique, sciences et techniques, vie spirituelle et vie quotidienne – les courants de pensée, les cultures, les sensibilités.

Mieux, il arrive opportunément que le calendrier intangible qui s’impose à nous s’amuse à nous faire commémorer successivement des personnalités ou des œuvres dont il apparaît utile et pédagogique de les célébrer les unes après les autres : ainsi Chopin en 2010, Liszt en 2011, Debussy et Massenet en 2012 ; ainsi la prise du pouvoir par Louis XIV en 2011, Mignard, Le Vau et Villars en 2012.

De la sorte, toute velléité d’interprétation abusive de l’histoire – si tant est que quelqu’un nous ait jamais fait ce procès – est-elle naturellement éludée. De surcroît, le parti de réserver une proportion importante aux arts, à la littérature, à la pensée et à l’humanisme, parti scrupuleusement respecté et assumé par le Haut Comité des Commémorations nationales, introduit une variété qui fait obstacle, à toute forme d’instrumentalisation grossière et d’enseignement monolithique.

Et si je parle d’enseignement, c’est que le monde éducatif – professeurs, élèves, documentalistes, bibliothécaires – n’est pas le dernier à réclamer des exemplaires de cette publication, venant même avant les journalistes, qui s’en montrent pourtant friands, le personnel politique, les membres des sociétés savantes, les érudits et le grand public. Qui dit enseignement ne dit pas seulement enseignement hexagonal : c’est par centaines que le Recueil des Commémorations nationales nous est demandé par les personnels des ambassades, des Alliances françaises et des associations savantes et historiques du monde entier.

Ces publics, avides de connaissances historiques solides et puisées aux meilleurs sources, apprécient qu’elles soient signées également par des plumes prestigieuses. Et je me félicite à cet égard que celles-ci ne nous fassent jamais défaut et répondent non seulement positivement mais avec chaleur à notre sollicitation. Que ceux qui les tiennent trouvent ici l’expression de ma sincère reconnaissance.

D’une année sur l’autre et si capital que soit le rôle du hasard dans la sélection des anniversaires retenus, des tonalités dominantes peuvent se dégager et des lignes conductrices se tracer. En 2011, Louis XIV a rayonné de tout son éclat à travers sa prise soudaine du pouvoir, la chute fracassante de Fouquet, mais aussi avec le génie de Boileau, de Coypel, de Couperin, de Desportes et de Berain, ou la création de l’Académie royale de danse.

Le Grand Siècle ne sera pas absent des commémorations de 2012 : on y trouvera en effet « l’heureux Villars, fanfaron plein de cœur » et on y croisera Pierre Mignard puis Louis Le Vau. La spiritualité, une philosophie éclairée et, d’une manière plus large, l’exigence humaniste animeront également les anniversaires de l’année 2012 grâce à Jean-Jacques Rousseau, Ambroise Paré, l’abbé de l’Épée, Henri Mondor, Léon-Gontran Damas, l’abbé Pierre. Les créateurs, les artistes, les écrivains seront également présents avec Doisneau, Jean Vilar, Yves Klein sans oublier Georges Bataille, Louis Massignon ou Roger Nimier. En lien avec l’INHA et les institutions scientifiques, un hommage au grand historien de l’art André Chastel sera coordonné par mon ministère, afin de souligner l’importance de cette discipline dans un monde de l’image et du simulacre.

Permettez-moi enfin de souligner l’importance de la coopération avec les sociétés savantes, avec les acteurs locaux, mais aussi avec les collectivités territoriales. À l’occasion de « L’année Rousseau » promue par la région Rhône-Alpes, le Ministère entend valoriser les initiatives culturelles consacrées à l’auteur de L’Émile et du Contrat Social. L’initiative « Dix mois, dix mots » portée par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France puisera cette année dans le vocabulaire rousseauiste. Elle accompagnera les manifestations qui ponctueront cette année à Chambéry, à Grenoble, à Lyon, mais aussi dans toute la région, sans oublier la valorisation d’Ermenonville par le Conseil général de l’Oise.

Le lecteur attentif remarquera que de Célébrations nationales, le titre du recueil s’est mué en Commémorations nationales. Certaines personnalités, certains événements comportent une part de lumière, mais aussi une part d’ombre. Loin de l’hagiographie et du culte des grands hommes, ce recueil annuel entend bien affirmer le devoir d’histoire et d’intelligence critique qui accompagne le travail de mémoire.

Mon souhait sincère est que cette lecture vous plaise autant qu’elle vous instruise et vous émeuve. En d’autres termes qu’elle contribue à façonner une histoire commune et partagée, une histoire qui fasse vivre la diversité qui fait la France de ce début de XXIe siècle.

 

Frédéric Mitterrand
Ministre de la Culture et de la Communication