Création de la Coupe de France de football

15 janvier 1917

En 1967, on célébra la Coupe de France de football à l’occasion du cinquantenaire de sa création. Dix ans plus tard, un timbre commémoratif illustra son soixantième anniversaire, rappelant ses débuts modestes avec seulement quarante-huit clubs engagés ! Aujourd’hui, le centenaire de sa création s’inscrit dans l’activité mémorielle de la Grande Guerre, qui éclaire davantage le lien direct et fort qui existe entre cette compétition nationale et le conflit mondial. Car ce n’est pas un hasard si cette coupe voit le jour en 1917, vingt-­cinq ans après la fondation du premier club français au Havre. C’est ce que souligne notamment la revue Les Lectures pour tous, propriété de la société Hachette, chargée de sou­tenir cette compétition et qui titrait en février 1917 : « Ce que la guerre a fait pour le sport ». Dans un État en guerre, l’instruction physique s’impose à plus d’un titre, pour former les conscrits mais aussi pour permettre aux blessés de retrouver une auto­nomie fonctionnelle, comme le montrent les nouvelles missions de l’école de Joinville. Publié en 1917, le Guide pratique d’éducation physique recommande de développer le goût et la pratique des jeux sportifs. Ainsi, le sport offre le double avantage de procurer un dérivatif avant de rejoindre le front, tout en s’y préparant. Facilitée par la guerre de position, la pratique du ballon rond s’est démocra­tisée au contact des initiés et des alliés, notamment des Tommies. Le football a été le sport-­roi des Poilus, une arme au service de la victoire lors du « Grand Match », selon la métaphore guerrière consacrée. L’invention de la Coupe de France est à la fois liée à la Grande Guerre et à la petite guerre des associations. Divisé avant le conflit et partagé entre plusieurs fédérations omnisports concurrentes, le football français s’est unifié autour de cette compétition en autonomisant ses instances nationales. La Coupe de France de football est créée en hommage à Charles Simon, président fondateur du Comité français interfédéral, « mort pour la France » le 15 juin 1915. Dénommée dans un premier temps « Coupe Charles­ Simon » en raison de l’occupation des départements du Nord, elle prend son titre national après la libération de tout le territoire. Sur le modèle de la Coupe d’Angleterre, créée en 1871, il s’agit d’une com­pétition à élimination directe, qui n’est pas réservée aux seuls professionnels et offre à des équipes de divisions moindres la possibilité d’accéder à la gloire. Ainsi, ces vingt-­cinq dernières années, près de vingt clubs ont réussi à se hisser au moins jusqu’en quart de finale, tel Granville, « petit poucet » de la saison 2015-­2016. En brandissant le trophée au­-dessus de leurs têtes, les vainqueurs successifs de la Coupe de France contribuent à leur manière et sans doute inconsciemment à l’hommage aux Poilus.

Sandrine Heiser

conservatrice du patrimoine

 

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