Mademoiselle George

Bayeux (Calvados), 24 février 1787 – Passy, 12 janvier 1867

Née dans le monde du théâtre, Marguerite Weimer, dite Mademoiselle George, Georgina pour les intimes, connaît très jeune les planches. Remarquée par la Raucourt, tragédienne qui assure sa formation, elle débute à la Comédie-Française en 1802 dans Iphigénie en Aulide de Racine. Grande, visage marmoréen, voix profonde et bien timbrée, Georgina incarne avec superbe les reines et les princesses, passe de Racine à Voltaire, de Crébillon à Corneille. Parallèlement, elle séduit Lucien Bonaparte puis Bonaparte alors Premier consul, intermède qui fera beaucoup pour sa gloire. « Il m’a quittée pour devenir empereur », jettera-t-elle. Passionnée, air impérieux, geste fier, sur scène elle éblouit son public tandis qu’auprès d’elle s’empressent Talleyrand, Murat et le financier Ouvrard, avant qu’elle ne cède au charme russe. En 1808 elle abandonne la France, signe un somptueux contrat avec le théâtre de Saint-Pétersbourg. Admirée, toujours courtisée, elle s’entretient avec Alexandre Ier . La guerre franco-russe, en 1813, met fin à l’idyllique séjour. Georgina, au retour, rencontre Bernadotte en Suède, Jérôme Bonaparte en Westphalie, Napoléon à Dresde, réintègre grâce à lui la Comédie-Française. Mais les années fastes ne sont plus. Elle a pris de l’embonpoint, certains commentateurs voient en elle « une nourrice bien étoffée du pays de Caux ». Souvent applaudie mais parfois sifflée, intransigeante, elle démissionne de la Comédie-Française en 1817. À trente ans, celle qui a eu protecteurs et amants célèbres affronte les difficultés et commence un parcours chaotique : spectacles en province, contrats avec divers théâtres, création de sa propre troupe. Le tout avec des succès inégaux. Vers 1840, devenue obèse, elle subit la concurrence d’étoiles montantes, Rachel et Marie Dorval, mais, tenace, tente d’imposer de jeunes auteurs, Dumas et Hugo, y parvient parfois. Les dernières années sont tragiques. Georgina, ruinée, se débat dans des tournées de moins en moins prestigieuses. Mais, de sa grandeur passée, subsistent de beaux restes. Théodore de Banville écrit : « Sa maîtrise de l’espace et du geste, son jeu et sa voix magique font qu’elle se transfigure littéralement dès qu’elle monte sur les planches » et, lors de sa soirée d’adieu, en 1849 salle Ventadour, Hugo s’exclame : « Ce soir nous avons vu la statuette – Mlle Félix (Rachel) – et la statue – Mlle George. »

Michèle Friang

historienne

 

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