Inventaire d'archives : Fonds Etienne Lamy (XVIIe siècle-1919)

Institution de conservation :

Archives nationales

Contenu :

INTRODUCTION
Dans le testament qu'il rédigea durant les premières semaines de la guerre de 1914, Etienne Lamy s'excuse d'avoir trop parlé et pas assez écrit pour laisser une oeuvre durable et utile à la postérité. On peut s'en étonner en abordant le répertoire numérique des quelques 80 cartons qui, après tri et éliminations, subsistent et permettent à l'historien d'aborder l'existence du député, de l'écrivain - à la fois historien, sociologue et moraliste - et de l'actif secrétaire perpétuel de l'Académie française.
A vrai dire, les hommes de notre temps recommencent à peine à découvrire le rôle discret mais efficace que joua Lamy dans la vie politique entre le moment où, rejeté par le suffrage universel, il abandonna le Parlement, et celui où, huit ans seulement après son élection sous la Coupole, il devint Secrétaire perpétuel après avoir été, six ans durant, le Directeur duCorrespondantet le chroniqueur écouté de laRevue des Deux-Mondes, fonctions qui suffiraient à le classer, pour nos contemporains, parmi les écrivains catholiques oubliés du début du siècle, aux côtés des Lavedan et des René Bazin.
Cependant, dans leur richesse et dans leur variété, les papiers Etienne Lamy sont beaucoup moins ce qu'il est convenu d'appeler des "archives personnelles" que des archives de fonction. Plus que les papiers d'une personne, ces archives constituent en effet la documentation qu'Etienne Lamy a rassemblé au cours de son passage de dix ans à la Commission de la Marine de l'Assemblée nationale, à laquelle se sont ajoutés des manuscrits originaux et une riche correspondance académique.
Quant à la famille, si l'on excepte l'ombre toujours présente de Madame Lamy Mère, disparue en 1907, elle est absente des papiers qui nous intéressent ici. Lamy, en dépit de son intérêt pour la condition féminine et pour la natalité, mourut célibataire, faisant de sa gouvernante et d'un cousin éloigné les héritiers de son mobilier tandis qu'il léguait son château au diocèse de Saint-Claude.
Des travaux récents, faits à partir de ces mêmes archives avant leur versement, permettent toutefois de connaître un peu mieux ce que fut Lamy pour ses contemporains. Les études des abbés Molette et Marchasson sur le ralliement et les origines de la Démocratie chrétienne, les travaux de John B. Woodall et d'Adrien Dansette sur les débuts de la IIIe République, ont montré le parti que les historiens pouvaient tirer des notes et de la nombreuse correspondance laissées par celui qui, pour beaucoup d'entre nous était l'auteur respectable de livres sur l'Apostolat ou laFemme de Demain et le fondateur d'un prix destiné aux familles nombreuses vivant à la campagne.
Derrière ces activités de la fin de la vie se cachait, en fait, une évolution politique sous-tendue par une remarquable continuité spirituelle qui fit de Lamy, républicain sincère attaché au souvenir de Gambetta, l'un des fondateurs de la démocratie chrétienne pour qui l'action sociale en faveur des familles ouvrières restait inséparable du combat pour la Justice et pour la Liberté sous toutes leurs formes.
Né en 1845, avocat à vingt ans, Lamy défendit sous l'Empire les idées libérales et prépara dès 1868 les dossiers de la future République.
Ce n'est donc pas un hasard si les documents les plus anciens de ces archives, si l'on excepte des correspondances et des copies de Mémoires historiques du XVIIIe siècle, sont des lettres du Père Lacordaire à Madame Lamy, écrites de 1851 à 1858, alors qu'Etienne était élève des dominicains dont l'influence marquera toute son existence.
Catholique, Lamy restera républicain à l'image de son premier maître, créant en quelque sorte un lien vivant entre deux courants de pensée que les événements allaient éloigner l'un de l'autre, le libéralisme de 1848 et le catholicisme social de la fin du XIXe siècle.
Devenu disciple de Gambetta, aux côtés de qui il siégea jusqu'en 1881, Lamy ne se sépara de ses amis de gauche que quand, sous la pression de Jules Ferry les premières lois laïques l'obligèrent à refuser de condamner ceux qui l'avaient formé, ses maîtres de Sorèze et d'Arcueil, parmi lesquels il comptait son ami de toujours, le Père, devenu Mgr, Charles Mourey, auditeur de Rote pour la France, dont il nous reste une importante correspondance qui semble n'avoir été étudiée qu'en partie.
De 1871 à 1881, l'activité d'Etienne Lamy se dépensa sur plusieurs terrains. Sans oublier pour autant l'arrondissement de Saint-Claude, il prit une part active aux grands débats parlementaires et se signala par l'intérêt que, bien que montagnard, il portait aux questions maritimes.
Le quart, au moins, des papiers qu'il nous a laissés concerne la Marine et plus particulièrement la réforme de l'Administration maritime qu'il entreprit dans le cadre d'une enquête plus vaste lancée dès 1871.
C'est en tant que rapporteur, en 1877, du Budget de la Marine, que Lamy devait donner sa pleine mesure, secondé avec discrétion par Henri Garreau spécialiste des questions maritimes et coloniales qui resta en rapport avec lui jusqu'en 1893 et dont les papiers personnels viennent compléter ceux du Maître (333 AP 44 à 46).
Ecarté du pouvoir, Lamy entreprit de rédiger la chronique des débuts de la République et rassembla, pour les ajouter à ses souvenirs personnels, les témoignages de plusieurs de ses amis dont les manuscrits, certains inédits semble-t-il, sont eux aussi restés dans ses archives. Tels sont les Mémoires du marquis de Béranger, le Journal de Charles de Lacombe et les extraits de correspondance de Georges Picot, de Jules Simon et du duc d'Audiffret-Pasquier.
D'autres témoignages, également inédits, complétés par une active correspondance avec divers témoins et acteurs, devaient lui permettre d'écrire une histoire de la Commune et du 4 septembre en province.
Tout en essayant en vain de reconquérir son siège et en aidant ses amis politiques lors de chacune des consultations électorales qui eurent lieu entre 1882 et 1914, Etienne Lamy, en congé du pouvoir, ne se désintéressait pas du mouvement des idées. Il prit la part que l'on sait à la préparation du ralliement des catholiques à la République et joua peut-être un rôle déterminant dans la préparation de la condamnation de l'Action Française - envisagée dès 1912 -, tenta à plusieurs reprises de participer à la fondation d'un journal et d'un parti républicain-catholique que la marche des événements et l'évolution personnelle de Lamy situent de plus en plus, à partir de 1906 et de la Séparation, au centre-droit.
En même temps qu'il menait à bien ses études historiques Lamy donnait des conférences et de nombreux articles dans laRevue des Deux-Mondeset dans leCorrespondantdont il devait, de 1905 à 1910, assurer la direction.
Quelques manuscrits littéraires, la plupart non acceptés, restent de cette période qui, en revanche, nous a laissé une correspondance qui prépare et annonce l'élection académique et l'activité du futur Secrétaire perpétuel. Les grandes questions religieuses posées par l'exil des Congrégations, les Missions et la présence française outre-mer, la Séparation des Eglises et de l'Etat et les questions sociales se partagent alors les préoccupations de Lamy qui à ses diverses activités charitables ajoute un grand intérêt pour la condition féminine et, à partir de 1892 environ, pour les familles nombreuses. Action qui aboutira à la fondation en 1916 du prix Etienne Lamy qui fut cause du rassemblement d'une importante documentation et d'un échange de correspondances révélatrices des besoins et des mentalités d'une époque écartelée entre le culte du progrès et les conséquences dramatiques de la guerre.
A l'Académie, Lamy se posa essentiellement en représentant officiel du catholicisme, préparant les élections de prélats, tels Mgr Duchesne ou le cardinal de Cabrières à qui il opposa Mgr Mignot, ou prenant une part active aux manifestations qui marquèrent, en 1917, la réception du maréchal Lyautey.
Secrétaire perpétuel il fut chargé de l'administration des biens de l'Institut, de la répartition des prix littérairs et de vertu, de la préparation des candidatures, toutes fonctions dont témoignent d'actives correspondances avec son prédecesseur Thureau-Dangin et son futur successeur, Fréderic Masson, correspondances où la littérature le cède souvent aux préoccupations matérielles.
La guerre ne devait pas surprendre Etienne Lamy, à plus de 70 ans il s'engagea et participa comme commandant de la "territoriale" au ravitaillement du camp retranché de Paris avant de mettre, à la demande du Gouvernement "sa plume au service de la Patrie" en contribuant à maintenir le moral des troupes et surtout des populations civiles par ses écrits, puis en fondant, en pleine hécatombe, le prix qui devait porter son nom.
C'est alors qu'il envisageait l'après-guerre et songeait déjà aux élections de 1919 que la mort vint surprendre Etienne Lamy dans son appartement de la place d'Iéna, au milieu de ses livres et de ses manuscrits, rangés dans des classeurs reliés de toile dans lesquels certains dossiers nous sont parvenus, témoignant du désordre de plusieurs déménagements.
Le légataire universel et exécuteur testamentaire de Lamy, son cousin Michel Colombier, transmit plus tard ses papiers à M. Dominique Audollent qui les transporta à Clermont-Ferrand où plusieurs érudits purent les consulter avant qu'ils ne soient répartis en 19 caisses, déposés aux Archives du Puy-de-Dôme qui les acheminèrent en février 1973 aux Archives nationales où ils ont été classés par nos soins sous la cote 333 AP.
Michel GUILLOT

Identifiant de l'unité documentaire :

333AP/1-333AP/76

Identifiant de l'inventaire d'archives :

FRAN_IR_005211

Type :

inventory

Mises à jour :

  • Converted_apeEAD_version_2015-06-SNAPSHOT
  • Publication :

    Archives nationales
    1978

    Origine :

    Lamy, Etienne

    Lieu de conservation :

    Pierrefitte

    Personne :