Événement : Trois siècles d'aventure industrielle dans le Territoire de Belfort

Exposition présentée par les archives départementales du Territoire-de-Belfort, à l'hôtel du département, du 8 au 29 septembre 2017.

« Belfort est la ville des transformations ; à chaque voyage, je trouve des quartiers nouveaux surgis comme par enchantement autour des grandes usines qui font naitre ici une nouvelle Mulhouse. Même la vieille ville forte, si longtemps à l’écart dans l’enceinte de Vauban, va entrer dans le courant transformateur. Le front de la porte de France, incommode barrière entre la minuscule forteresse et son grand faubourg de la gare, est livrée au démolisseur, les jardins de la contrescarpe sont rasés ; adieu les beaux ombrages des bords de la Savoureuse ; sur leur emplacement, on va édifier de grandes maisons à quatre ou cinq étages. 

En dépit de ces vastes quartiers neufs, des immenses usines, des tramways électriques parcourant les longues artères de cette ville dégingandée, le site de Belfort reste profondément guerrier. » 

Ardouin-Dumazet, Voyage en France, 23e série, Plaine comtoise et Jura, 1901.

Dès le XVIIIe siècle, les ducs de Mazarin s’appuyant sur les forêts et les droits d’eau encouragent, dans le pays sous-vosgien, une proto-industrie fondée sur l’exploitation et la transformation du plomb argentifère. À la veille de la Révolution française, on relève dans le département plus de cent moulins, ainsi que plusieurs forges et tréfileries. Au XIXe siècle, la Révolution industrielle se traduit par l’émergence de nouveaux foyers d’activité (textile, horlogerie, métallurgie) s’appuyant sur des dynasties d’entrepreneurs (à l’exemple des familles Boigeol, Japy ou Viellard). L’industrialisation du Territoire de Belfort repose toutefois sur une temporalité propre en raison de la création, à l’issue de la guerre de 1870-1871, de vastes établissements industriels liés au patronat alsacien : la Société alsacienne de constructions mécaniques, à l’origine d’Alstom, devient alors la locomotive économique du département, contribuant au développement inédit de l’agglomération belfortaine à la Belle Époque. L’installation de succursales des établissements textiles mulhousiens (DMC, Koechlin) vient appuyer cette poussée industrielle. Un siècle plus tard, le bassin belfortain connait une reconversion vers la micro-informatique et les technologies de pointe.

L’exposition présentée par les Archives départementales cherche à rendre compte de l’importance du fait industriel dans le département à travers trois approches complémentaires : l’histoire, l’architecture, et enfin la dimension culturelle et sociale attachée au monde du travail. Car au-delà des usines et de la production, l’histoire économique et sociale est d’abord l’histoire d’hommes : entrepreneurs soucieux de moderniser leur outil de travail et d’assurer le bien-être de leurs employés, travailleurs engagés dans de nombreuses structures gravitant autour de l’usine (coopératives, syndicats, comités d’établissement, sociétés musicales ou sportives). 

Trois siècles d’aventure industrielle, traités à travers cette exposition, ont légué à ce territoire un héritage culturel particulièrement riche : patrimoine architectural (à travers usines, cités ouvrières ou demeures patronales), patrimoine archivistique (conservé par les Archives départementales ou demeuré en mains privées), patrimoine immatériel incarné dans une culture du travail au cœur de l’identité terrifortaine. Une histoire toujours bien vivante !

Voir le catalogue de l'exposition