Contenu éditorial simple : Carré de vie

Une publication des Archives municipales de Dunkerque, 2003, 80 pages

 

« On est arrivé, on était tout jeune. Maintenant, on est tout vieux. C'est notre vie ». De la génération baraquements à l'histoire du temps présent, le Carré-de-la-Vieille s'est bâti avec l'histoire de ses habitants. Et chacun a une histoire – grande ou petite – à partager. Une histoire de famille ou d'amitié, une histoire de guerre, une histoire de docker, une histoire de marin, une histoire de chagrin, une histoire tragique, une histoire épique, une histoire de carnaval, une histoire banale ou de canal, une histoire de péniche ou d'écluse, une histoire gaie, une histoire triste, une histoire de bancs ou de clans, une histoire de vie, l'histoire de sa vie.

Chacun est témoin d'un moment, d'une époque, d'une période et chacun par sa parole, son parler, ses mots, ses idées, ses sentiments, ses ressentiments, ses impressions, ses hésitations, ses silences, ses soupirs, ses rires ou ses pleurs peut transmettre ses malheurs, ses bonheurs, l'ambiance d'un événement, le poids d'une coutume ou encore l'effervescence d'une tradition.

Les archives écrites – certes – sont riches et foisonnantes mais insuffisantes ; les archives orales sont une source complémentaire nécessaire et indispensable à la connaissance historique, et c'est pourquoi les Archives de Dunkerque ont fait le choix de se lancer dans une campagne raisonnée et ordonnée de recueil de témoignages oraux.

Mais recueillir la parole des habitants n'est pas chose anodine : c'est prendre un peu de leur intimité. Pour nouer le contact avec eux, l'investissement personnel d'un habitant relais a été essentiel. Celui-ci nous a permis de rencontrer des gens déjà préparés à la démarche. Pour recevoir un témoignage riche, il est indispensable de gagner la confiance de la personne et pour cela il faut du temps. Trois années de réflexion, de rencontres et d'immersion dans le quartier n'ont pas été de trop. Il a fallu rappeler le sens de la démarche et souligner combien l'histoire personnelle de chacun peut apporter à un travail collectif de mémoire. « Heu moi je n'ai pas grand chose à dire vous savez... » et puis au final, c'est 45 minutes d'enregistrement !

Le matériel d'enregistrement, miniaturisé, permet une prise de son discrète, très vite le témoin oublie le micro. Chez lui, il se livre plus facilement que dans un lieu anonyme, mais la prise de son est toujours tributaire du retentissement du téléphone ou de la sonnette. Le chien qui aboie, la machine à laver qui tourne, tout est là pour nous rappeler que nous sommes entrés dans la sphère de l'intime, de l'autre côté de la porte, dans le domaine privé. Ces témoignages oraux sont, à part entière, des archives privées déposées entre les mains de l'archiviste. A ce dernier de les conserver pour pouvoir les transmettre aux chercheurs de demain qui reconstitueront notre histoire collective.