Contenu éditorial simple : Barbey d'Aurevilly contre son temps. Un écrivain dans la tourmente du XIXe siècle

Une publication des Archives départementales de la Manche, 2008, 170 pages

 

Jules Barbey d'Aurevilly (1808-1889) avance masqué. Il aime à se doter de divers surnoms « Lord Anxious », « le Sagittaire », « le Titan de la Normandie », « le Chevalier de Malte de l'Amour », « le Roi des Ribauds », le « Prince des Ténèbres » ou « le solitaire de la rue Rousselet ». Ses contemporains ajoutent encore la confusion en multipliant les qualificatifs : quand ses contempteurs raillent « Barbemada de Tocquevilly », ses admirateurs saluent en lui « le Connétable des Lettres », « le duc de Guise des lettres françaises » ou encore « le dernier mousquetaire de la littérature ». Plus tard, critiques et biographes tenteront à leur tour de caractériser l'écrivain en voyant en lui un « attardé du romantisme » ou un « vieux paradoxe ambulant ».

La variété de ces expressions montre que Barbey, être masqué, est surtout un être multiple, caractère qu'il revendique en se décrivant comme un « bouchon de cristal » aux nombreuses facettes. A l'unicité et à la « spécialité » que son siècle prône comme des qualités supérieures, il oppose la diversité de l'esprit : romancier, nouvelliste, critique prolifique, poète parfois, polémiste toujours, il passe constamment d'un domaine à l'autre. Du roman historique à la réflexion sur la mode, du débat politique à la critique littéraire, aucun champ ne semble avoir été négligé. Ses haines et ses amitiés, ses mépris et ses engouements surprennent dans la société policée de son temps. Il étonne – détonne – dans ce qu'il dénonce comme « le siècle du septicisme absolu, du touche-à-tout philosophique, et de l'écroulement de tou sous ses mains toucheuses ». Cest là le revers de son caractère multiple : Barbey, qui est partout à la fois, semble pourtant n'être nulle part à sa place. Aristocrate en siècle bourgeois, catholique en butte à la montée de l'athéïsme, monarchiste en ère démocratique, écartelé en son Cotentin natal et Paris, entre le patois normand de son enfance et la brillante conversation des salons du faubourg Saint-Germain, il incarne la mauvaise conscience du XIXe siècle.

Pour rendre compte de la complexité du personnage, les auteurs se sont fié à l'une de ses fameuses formules à l'emporte-pièce. « Je me soucie peu des biographies. La mienne est dans l'obscurité de ma vie. Qu'on devine l'homme à travers les oeuvres, si on peut ».  Faire fi de la biographie et laisser deviner l'homme, telle est l'ambition de cet ouvrage qui rassemble des extraits des récits intimes, des romans et de l'oeuvre critique de Barbey.

 

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