Contenu éditorial simple : Les enfants de confession juive recueillis par l'Assistance publique (1940-1944)

Une publication du service des archives de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, 2016, 60 pages

 

Paris, 17 juin 1942. Un agent de police se présente au 74 rue Denfert-Rochereau. Là se situe l'hospice des Enfants assistés du département de la Seine, où les indigents et les filles-mères peuvent confier leurs enfants à l'Assistance publique. L'adresse ne lui est sans doute pas inconnue : les gardiens de la paix ont l'habitude de venir y déposer les enfants perdus, errants ou abandonnés dans la rue. Cette fois, il est accompagné d'un enfant de quatre ans et demi, Joseph Nadanowska. A l'employé qui les reçoit, il expose la situation : « la mère [est] disparue de son domicile depuis le 15 juin 1942 », et personne, à l'hôtel misérable où elle logeait près de la porte Villiers, ne peut s'occuper de son fils. L'entretien se poursuit quelques minutes ; dans le bulletin d'admission, première pièce constitutive du dossier individuel des enfants assistés, l'employé transcrit les informations que lui donne le gardien de la paix – la mère s'appelle Szajndla, elle est juive, polonaise, âgée de 28 ans – puis enregistre le dépôt et emmène l'enfant.

Algérie, 4 janvier 1959. Joseph Nadanowska a grandi. Il est à l'armée désormais. N'ayant jamais été repris par sa mère, dont on ignore toujours ce qu'elle est devenue, il est resté à l'Assistance publique, passant de la catégorie des « Recueillis temporaires » à celle des pupilles de l'Etat, dans laquelle il a été immatriculé comme enfant « Abandonné ». Aujourd'hui, il a décidé d'écrire au directeur de l'agence de Moulins, où il a été envoyé après son admission à l'Assistance publique, pour y être placé dans une famille d'agriculteurs, et où il a passé toute son enfance et une partie de sa jeunesse. Au lieu des platitudes habituelles sur la vie de garnison ou les paysages d'Afrique du Nord, il a décidé cette fois d'aborder dans sa lettre un sujet grave, même s'il sait que l'Assistance publique n'apprécie pas tellement que l'on en parle : « je viens vous demander, écrit-il, s'il serait possible qu'à mes 21 ans révolus, je puisse savoir mon origine et ma situation de famille ». Même si la réponse était prévisible, elle est sans doute douloureusement ressentie : « en ce qui concerne tes parents, lui écrit son directeur d'agence, je ne connais absolument rien sur eux, et même si j'avais su quelque chose je ne pourrais te le dire ».

Ce secret autour de cet abandon, Joseph Nadanowska décède en 2004, sans jamais l'avoir percé. C'est sa femme qui, à force de patientes recherches, aidée notamment par Serge Klarsfeld, parvient à en venir à bout. Si Szajndla Nadanowska a disparu, si elle n'est jamais revenue chercher son fils, c'est parce qu'elle a été arrêtée par la police, internée à Drancy, puis déportée le 22 juin 1942 à Auschwitz, d'où elle n'est pas revenue.

Combien sont-ils les enfants juifs, comme Joseph Nadanowska, ont été recueillis par l'Assistance publique de Paris à la suite de l'arrestation et de la déportation de leurs parents. Que sont-ils devenus ? Ont-ils survécu aux persécutions orchestrées par la police de Vichy et la police allemande ? Sont-ils restés cachés à l'hospice de la rue Denfert-Rochereau, ou bien ont-ils passé la guerre dans une famille nourricière, à la campagne, où, conformément à sa pratique habituelle, l'administration parisienne les aurait envoyés ? Et après la guerre, ont-ils eux aussi grandi dans l'ignorance des conditions de leur abandon, dans l'ignorance du destin de leurs parents, de leur histoire personnelle et de leurs origines ? Ont-ils été remis à leurs père et mère quand ceux-ci avaient survécu ? Telles sont les questions qui sont à l'origine de la présente étude historique, que « Martin Hirsch, directeur général de l'AP-HP, s'est engagé, auprès de l'association des Fils et Filles des Déportés Juifs de France, présidée par Maître Klarsfeld, à faire réaliser [...] sur l'ensemble des enfants recueillis lors de la Seconde Guerre mondiale (pour les années 1940-1944) par l'Assistance publique ».

 

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