Contenu éditorial simple : Notre-Dame de Paris à travers les archives

La cathédrale Notre-Dame de Paris est bâtie sur l’île de la Cité, berceau antique de Paris et décrite au XIIe siècle par le chroniqueur Gui de Bazoches comme « la tête, le cœur, la moelle de la ville entière ». Son emplacement est sacré depuis l’Antiquité : des fouilles ont mis au jour les vestiges d’un temple et des autels dédiés à des divinités romaines. En 313, l’Édit de Milan reconnaît le christianisme : les chrétiens peuvent maintenant construire des lieux de culte librement. Sur le site actuel de Notre-Dame est élevée une église dédiée à la Vierge, puis un groupe épiscopal constitué de plusieurs églises et d'une grande basilique, Saint-Étienne, car Paris, capitale du royaume des Francs, est également un évêché. Au XIIe siècle, Saint-Étienne, malgré ses dimensions imposantes, ne suffit plus à la ferveur des Parisiens et aux  ambitions du nouvel évêque Maurice de Sully face au rayonnement intellectuel de la ville et à son essor démographique et économique. La construction d'un nouvel édifice, qui s'inscrit dans un gigantesque projet de réaménagement urbain, débute et le chantier dure plusieurs siècles. De multiples acteurs y sont intervenus et ont laissé de nombreuses traces dans les archives. Une présentation succincte de ces sources, diverses et riches, est proposée pour une première approche de neuf siècles d'histoire.

Vue de Notre-Dame vers 1652 d'après une gravure d'Israël Sylvestre.

Archives nationales, CP/F19/7807 plan 1. (c) Archives nationales.

Un chantier de plusieurs siècles

En 1163 est posée la première pierre de Notre-Dame en présence du Pape Alexandre III. Elle est emblématique de l'art ogival, aussi appelé art gothique : système de voûtes en croisées d’ogives, hauteur sous voûte élevée (32,50 mètres), élévation à quatre étages étayés par des tribunes. Le système de la voûte en croisée d'ogive permet d'ouvrir largement les murs et d'installer des vitraux, laissant passer la lumière. Les arcs-boutants sont mis en place pour contrebuter la poussée des voûtes de grande hauteur. En 1196, le nécrologe  indique que Maurice de Sully fait un legs de 100 livres pour la couverture de la cathédrale en plomb.

Des chantiers qui représentent ce nouvel art de construire, ont précédé la cathédrale Notre-Dame de Paris, tels celui de la basilique de Saint-Denis édifiée par l’abbé Suger et consacrée en 1140, ceux des cathédrales de Noyon en 1150, de Senlis en 1153, de Laon et de Sens en 1160.

Différentes campagnes de travaux se succèdent à l'instigation des évêques et sous la direction des chanoines du chapitre cathédral :

– 1163-1225 : construction du chœur et de son double déambulatoire, de la nef, des bas-côtés et des tribunes, façade élevée jusqu'à la galerie des rois - la cathédrale se déploie sur cinq vaisseaux ;

– 1225-1250 : galerie haute et les deux tours sur la façade, modification et agrandissements des fenêtres hautes et aménagement des chapelles latérales de la nef.

Vers 1220, suite à un incendie des combles selon Viollet-le-Duc, une rénovation complète des niveaux supérieurs, des toits et des arcs-boutants est entreprise. Le nouveau toit est surmonté d’une flèche. Les tours du massif occidental sont construites entre la fin des années 1230 et le début des années 1240. Elles abritent les cloches. Guillaume d'Auvergne, évêque de 1228 à 1249, offre celle de la tour Nord. La cathédrale est terminée, mais le chantier continue encore pendant plus d'un siècle pour remplacer les parties romanes subsistantes.


La Main droite de Dieu protégeant les fidèles des démons, v. 1452–1460, Livre d’heures d’Étienne Chevalier, Jean Fouquet

(c) Metropolitan museum of art, New-York

La fabrique est le service chargé de la gestion des sommes destinées à la construction et à l’entretien de la cathédrale. Elle fait partie d’un des principaux offices du chapitre de Notre-Dame et gère des biens. Figurent donc dans les archives des fabriques tous les actes civils à l'origine de ces biens (testaments, donations, fondations de messes et de services récapitulés dans les martyrologes et obituaires), les titres de propriété et de rentes et les papiers de gestion de ce temporel. Les marguilliers rendent des comptes qui, avec les procès-verbaux de délibérations, constituent l'essentiel des archives de la fabrique.

Il y a peu de documents concernant la construction de la cathédrale aux XIIe, XIIIe et XIVe siècles. Les comptes de fabrique sont conservés à partir de 1333.  D'autres sources comme les obituaires peuvent être utiles. L’obituaire du chapitre conserve la trace de donations individuelles de ses membres en faveur de la cathédrale, par exemple, celle du chanoine Raymond de Clermont de plus de 1000 livres pour la réfection de la châsse de Saint-Marcel dans les années 1260.

Les Archives nationales conservent des obituaires et des registres capitulaires du chapitre de Notre-Dame de Paris à partir de 1326, les archives du temporel du chapitre de Notre-Dame de Paris et de ses filles (XIIe-XVIIIe siècles), des archives des Monuments écclésiastiques, cartons. L//408-599B.- Archevêché et église cathédrale de Paris (IXe-XVIIIe siècles) dont des fragments de comptes de 1392 à 1523 du chapitre cathédral de Paris et des archives des Monuments écclésiastiques, registres. LL//7-444.- Archevêché et église cathédrale de Paris (VIe-XVIIIe siècles).

Les comptes des chambreries de Notre-Dame de Paris et de Saint-Jean-le-Rond permettent de suivre la vie du chapitre et de la cathédrale des années 1356 à 1792.

 

Sceau de l'évêque Maurice de Sully

Archives nationales, S 2142 n°14. (c) Archives nationales.

A propos du chantier de la cathédrale, les pierres proviennent de carrières proches (Charenton, Saint-Maurice) et le bois de forêts appartenant à l’évêque et à son chapitre. A Paris, le transport de matériaux est soumis à de lourdes taxes. Des actes de 1119 et 1222 octroient une exemption exceptionnelle à ceux qui conduisent des charrois pour l’évêque et son chapitre.

Plusieurs corps de métiers interviennent dans la cathédrale au fil des siècles : maçons, charpentiers, menuisiers, plâtriers, tailleurs de pierre,  sculpteurs, construction d'une balustrade autour d'une chapelle au XVIIe siècle, peintres, maîtres-tombiers et graveurs (sur les tombes), ferronniers, maîtres-verriers, pour le décor, tapissiers (tapisserie de la suite La Vie de la Vierge pour le choeur en 1503). Le personnel du chantier disposait d’une loge pour conserver les outils. Elle est pour la première fois mentionnée en 1283, à l’occasion d’un conflit entre le chapitre et les officiers de l’évêque.

Le premier architecte est peut-être Ricardus cementarius maçon, mentionné dans les archives du chapitre en 1164.

Les noms des maîtres d’œuvre de la fin du XIIIe – début XIVe siècle sont connus : Jean de Chelles, Pierre de Montreuil, Pierre de Chelles, Jean Ravy, Jean Le Bouteillier. Ils élargissent les bras des transepts et construisent les rosaces,  aménagent des chapelles du chœur et du chevet entre les contreforts, mettent en place les grands arcs-boutants du chœur et du chevet. Un jubé est construit ainsi qu'une clôture de pierre historiée autour du chœur et du sanctuaire.

Des comptes de la seconde moitié du XIVe siècle nous donnent quelques renseignements sur Jean Le Bouteillier. Dès le mois de juin 1359, on adjoint à Jean Le Bouteillier, Raymond du Temple, comme le prouve une note ajoutée au bas de la délibération capitulaire du 28 juin 1359 (Archives nationales, LL//106 A, f. 153). Raymond du Temple est nommé architecte de la cathédrale (juillet 1363).

Dans les comptes du chapitre et dans les registres capitulaires, de nombreuses mentions signalent la présence de Raymond du Temple comme maître d'œuvre (Archives nationales, LL//270, f. 10 et 11, LL//210, f. 271 et 272).

En 1415, Henry Bricet est nommé maître des oeuvres du roi, le texte de cette nomination est conservé sous la cote LL//294, f. 82 aux Archives nationales.

A la fin du Moyen Age, les documents conservés en plus grand nombre permettent d’avoir une idée plus précise du fonctionnement du chantier.

Jean Carado, fondeur de cloches, réalise en 1483 deux cloches pour la cathédrale (Archives nationales, LL//123-124, f. 231).

En 1503, est réalisé un devis pour la réalisation d’une tombe de cuivre à poser sur la sépulture de Jean Simon, évêque de Paris, établi entre noble Marie Simon, dame de Meudon, héritière du défunt, et Jacques Brochet, marchand chaudronnier et fondeur, bourgeois de Paris (Archives nationales, MC/ET/XIX/20).

Les Archives nationales conservent un dessin technique pour la réparation de la voûte de la croisée au début du XVIe siècle. Il pourrait être l’oeuvre de Jean Guitart maître des oeuvres de charpenterie de la cathédrale (Archives nationales, L//466 pièce 14).

Au XVIe siècle, des enquêtes et expertises sur l'état de la cathédrale sont organisées, comme par exemple, celle commandée par le chapitre au maître des oeuvres de la cathédrale, Jean Moireau, en 1510 (Archives nationales LL// 132, f. 23, 26, 48 et 85). Il était assisté du maître-charpentier de la cathédrale , Jean Guitart (Archives nationales L//466, n°13), de Noël Bizeau et de Michel Blérie, maçon tailleur de pierre (Archives nationales, L//515, n°72)

En 1526, trois expertises sur la cathédrale sont menées par Jean Asselin, accompagné du maître d’oeuvre Jean Lagrippe (Archives nationales, L//466 n°29).  Elle est menée par des maîtres maçons dont Louis Poireau et des maîtres charpentiers, dont Jean Montinier, Clément Favereau , le bachelier Gervais Drouart  accompagné du conseiller Christophe Hennequin  (Archives nationales, L//466 n°30) Cette enquête établit que les dalles des chapelles et des bas-côtés sont en mauvais état, les risques de chute de bas-côtés élevés ; le beffroi de la tour nord et la rose du bras sud du transept doivent être remplacés. Une ordonnance royale du 31 octobre 1526 impose que les salaires des experts soient prélevés sur les fonds de la fabrique.

Le rapport d’une nouvelle enquête en 1567 montre que peu de choses ont été faites suite à ces enquêtes. Une somme de 20 940 livres tournois est nécessaire pour les réparations à faire (Archives nationales, L//538 n°6).

Les transformations des XVIIe et XVIIIe siècle

L'évêché de Paris est érigé en archevêché en 1622. La cathédrale Notre-Dame affirme son rôle d'église du roi et de la nation. Elle sert de modèle à beaucoup d'autres églises françaises. Par son voeu de 1638 consacrant la France à Notre-Dame, Louis XIII institue les processions du 15 août, mais promet aussi d'ériger un nouvel autel dans la cathédrale.

Louis XIV décide d'accomplir le voeu de son père en 1698. Pour ouvrir le choeur et donner aux fidèles plus de visibilité lors des célébrations, plusieurs projet d'autels novateurs sont présentés, mais le chapitre impose un parti conservateur par l'entremise d'un des leurs, Antoine La Porte qui offre un financement et le soleil placé au-dessus de l'autel. Entre 1708 et 1725, le choeur est redécoré à grands frais sous la direction de l'architecte Robert de Cotte et du duc d'Antin, directeur des bâtiments du roi, arts et manufactures, qui passe les contrats avec les artistes.

Le maître-autel comportant un bas-relief du voeu de Louis XIII est surmonté d'une Pietà commandée à Nicolas Coustou. Il est entouré des statues de Louis XIII et Louis XIV réalisées par Guillaume Coustou et Antoine Coysevox. La suspension eucharistique est portée par deux anges. La partie centrale du jubé est remplacée par une grille pour ouvrir l'espace. L'archevêque, Mgr de Noailles transforme la croisée du transept pour en faire le lieu des dévotions parisiennes.

Les travaux continuent durant tout le XVIIIe siècle. Les frères Le Vieil remplacent les vitraux médiévaux par des vitres blanches dans la nef. La sacristie, le Trésor et la salle des Suisses sont réaménagés par Jacques-Germain Soufflot, tandis que des chapelles sont dotées de grilles.

 

Travaux sur les arcs-boutants, photographie par Henri Le Secq (1818-1882).

Médiathèque de l'Architecture et du patrimoine.

(c) Ministère de la Culture -Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Dist. RMN-Grand Palais / Henri Le Secq

La cathédrale presque abandonnée

Sous la Révolution, la cathédrale devient propriété de l'État, comme tous les édifices religieux. Symbole de l'Ancien Régime et du catholicisme, elle est malmenée et endommagée : une partie de son Trésor, « des objets et monuments en bronze qui rappellent la féodalité, des ustensiles en or et en argent », le mobilier et les tableaux disparaissent, la flèche, considérée comme « contraire à l'égalité », est abattue, les statues des rois de Judée de la façade occidentale sont déposées et détruites - 21 d'entre elles seront découvertes en 1977.

En 1793, la « ci-devant église métropolitaine » est érigée en Temple de la Raison et on y célèbre le 20 brumaire un culte à la Liberté et à la déesse de la Raison : les artistes du Théâtre des Arts – l'Opéra - chantent L'Offrande à la Liberté, composé par François-Joseph Gossec, musicien officiel de la Révolution, puis l'Hymne des Marseillais tandis qu'une des leurs, installée sur un trône à l'entrée du choeur et vêtue de bleu-blanc-rouge,  figure la déesse républicaine. Après la fermeture des églises de la capitale, elle sert d'entrepôt pour le mobilier et les vins de l'État avant que l'abbé Grégoire, qui a signé la Constitution civile du clergé et s'élève contre la destruction des monuments hérités de l'Ancien Régime, forme une « Société catholique de Notre-Dame » et se fasse remettre l'édifice le 11 août 1795 par la Convention : il y trouve ce jour-là un stock d'environ 1500 bouteilles de vin entreposées dans la nef et les bas-côtés, que des tonneliers chargent et expédient journellement vers les armées révolutionnaires.

La cathédrale est réouverte aux fidèles, malgré « les verrières brisées, les pavements défoncés[,] le sol encombré de gravats » et « les portes latérales du  choeur inutilisables à cause des tas de gravats et des décombres accumulés devant elles ». Il n'y a plus d'autels, les boiseries ont été arrachées et les grilles enlevées ; à l'extérieur, les niches sont vides, les sculptures sont mutilées, les fenêtres bouchées par du plâtre ou du bois. La paroisse est si pauvre qu'elle ne peut même pas acheter un balai et doit recourir aux dons ; aussi lui est-il impossible d'entreprendre des travaux de restauration, bien que l'Église constitutionnelle y réunissent deux de ses conciles, en 1797 et en 1801.

Rendue au culte catholique romain en 1802 à la suite du Concordat, Notre-Dame est réhabilitée par Napoléon qui choisit de s'y faire sacrer empereur et célébrer par des Te Deum les grandes victoires de son règne, comme celle de Friedland en 1807. Pour camoufler le pire, les murs sont blanchis à la chaux et recouverts d'étoffes, des lustres et des tapisseries des Gobelins prêtés par le Garde-Meuble, et Percier et Fontaine, les deux architectes favoris de l'Empereur, y créent un décor antique de style romain. Elle est prise de nouveau pour cible lors des émeutes de 1830 et 1831 : le Trésor est pillé, l'intérieur saccagé et les vitraux sont brisés.

Malgré les interventions des architectes, François Debret, Alexandre-Théodore Brongniart et Étienne Godde, elle continue à se détériorer.  La publication de Notre-Dame de Paris la sauve de la ruine définitive : elle devient grâce à Victor Hugo un joyau du patrimoine national, notion autour de laquelle une réflexion, engagée depuis la Révolution, aboutit en 1830 à la nomination d’un inspecteur général des Monuments historiques.

Journal de l'inspecteur des travaux de la cathédrale, 1844.

Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine.

Les grandes restaurations du XIXe siècle

Une pétition en faveur de la cathédrale, soulignant "son extrême dénuement", est lancée en 1842, en même temps qu'une commission désignée par le Comité des arts et monuments, qui a relevé la même année "son déplorable état d'abandon", est chargée d'étudier et de préparer sa restauration, enfin décrétée en 1844. Le chantier est confié aux deux architectes lauréats du concours ouvert pour la circonstance, Eugène Viollet-le-Duc et  Jean-Baptiste Lassus. Le premier, protégé de Mérimée qui l'a recommandé à la Commission des Monuments historiques,  dirige la restauration de la basilique de Vézelay depuis 1840  ; le second a commencé sa carrière comme inspecteur du chantier de la restauration de la Sainte-Chapelle, puis architecte chargé de ceux de Saint-Séverin et de Saint-Germain l'Auxerrois.

Une maquette de l’édifice, aujourd’hui conservée à la Cité de l’architecture et du patrimoine, est préalablement fabriquée et les travaux sont étroitement encadrés : le journal du chantier est tenu quotidiennement de 1844 à 1865 et les membres de la Commission, chargés d'assister l'Inspecteur général des Monuments historiques font des recommandations, notées dans les procès-verbaux de leurs réunions , comme lorsqu’ils demandent en 1850 à ce que les deux architectes « soient invités à prendre des mesures pour protéger contre la pluie et la poussière les tableaux qui décorent l'église de Notre-Dame et qui, par suite des travaux qui s'exécutent, ont considérablement souffert ».
Les deux architectes partagent la même conception de la restauration, définie par Viollet-le-Duc dans son Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle : « Restaurer un édifice, ce n'est pas l'en­tretenir, le réparer ou le refaire, c'est le rétablir dans un état complet qui peut n'avoir jamais existé à un moment donné ». Viollet-le-Duc, plus compétent, éclipse cependant rapidement Lassus, qui disparaît en 1857. Il reconstitue une partie du Trésor et du mobilier, rétablit la flèche abattue en 1792, imagine les chimères de la galerie des tours et réinvente les statues des portails et de la galerie des rois de Judée ; il élève une nouvelle sacristie, met en place une nouvelle vitrerie, intervient sur le portail central, les peintures murales des chapelles latérales et le grand orgue.

Signe de son renouveau,  la cathédrale est aménagée et décorée pour le baptème du Prince impérial célébré en juin 1856, malgré les travaux qui se poursuivent jusqu’en 1864, date de la consécration de de l’édifice en présence de l'archêque de Paris. Y participent de nombreux corps de métiers, des maîtres-verriers, comme Alfred Gérente et Louis Steinhel, des sculpteurs, Michel-Pascal, Jean-Louis Chenillion et Victor Geoffroy-Dechaume, l'orfèvre Placide Poussièlgue-Ruisand, le photographe Charles Nègre ou le charpentier Auguste Bellu, qui réalise la flèche. Le chantier se termine officiellement le 3 janvier 1865 : l'équivalent de 14 millions d'euros ont été dépensés, la cathédrale a retrouvé sa splendeur passée, mais l'interprétation très personnelle de Viollet-le-Duc de l'architecture médiévale, les anachronismes et les mutilations qui en découlent, sont critiqués au sein-même de la Commission des Monuments historiques et remises en cause dès les années 1870 : ses restaurations deviennent synonymes de mauvais goût et d’inauthentique. A Notre-Dame, dont les abords ont été aménagés par le baron Haussman dans les années 1860, les travaux se ralentissent et visent surtout à moderniser les équipements, comme l'électrification de l'orgue ou la pose d'un calorifère en 1889.

Flèche de Notre-Dame de Paris par Charles Marville (1813-1879).

Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine.

Ministère de la Culture -Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Dist. RMN-Grand Palais / Charles Marville

Une cathédrale en chantier perpétuel

Notre-Dame subit quelques dégâts mineurs pendant la guerre de 1870 et la Commune de Paris en 1871, mais contrairement à de nombreuses autres cathédrales françaises, elle est épargnée par les deux guerres mondiales. L'usure du temps et la pollution dégradent cependant l'édifice. En 1935, l'archevêque de Paris, le cardinal Verdier, envisage de remplacer un ensemble de verrières blanches dans les fenêtres hautes de l'édifice, installées là par Viollet-le-Duc. Il fait appel à 12 artistes, dont le maître-verrier Jacques Le Chevallier : leurs réalisations sont présentées dans la cathédrale, puis au bâtiment du Vatican à l'Exposition de 1937 avant d'être installées en 1938 et restituées à leurs auteurs au moment de la déclaration de guerre. Jacques Le Chevallier est de nouveau sollicité en 1961 et doit réfléchir à un ensemble de vitreries colorées pour toutes les fenêtres hautes de la nef, du mur occidental du transept et des tribunes, qu'il installe en 1966.

L'aménagement intérieur de l'église est remanié plusieurs fois pour s'adapter aux directives du concile de Vatican II : des travaux facilitent la circulation entre les deux transepts ainsi qu'entre le choeur et la nef. Le grand-orgue du XVe siècle, qui compte encore quelques tuyaux de l'époque médiévale et a survécu aux  tourmentes révolutionnaires grâce à l'habileté de son instrumentiste, Claude Balbastre, subit deux campagnes de travaux de grande envergure, en 1990-1992 et 2013-2014, rendues obligatoires par la fréquentation touristique et la pollution, poussière et humidité, qui en découle. En l'an 2000, s'achève une grande campagne de nettoyage de la façade occidentale qui a duré plus de dix ans.

 

POUR EN SAVOIR PLUS

Fonds d'archives (liste non exhaustive)

Archives nationales

 

Archives historiques du diocèse de Paris

Cité de l’architecture et du patrimoine

  • Les fonds des architectes ayant travaillé sur Notre-Dame sont accessibles par la base Archiwebture
  • Oeuvres graphiques issues du fonds Geoffroy-Dechaume, le proche collaborateur de Viollet-le-Duc sur le chantier : dessins, photographies, estampes et pièces d’archives renseignent sur la restauration de la cathédrale et documentent les travaux effectués sur les portails, la flèche ou la sacristie
  • Maquettes de la cathédrale exécutées avant les travaux de Lassus et Viollet-le-Duc :
      • Maquette en pierre de l'édifice par le sculpteur Louis-Télesphore Galouzeau de Villepin en 1843
      • Maquette en bois de la charpente de la flèche par Auguste Bellu en 1859
      • Maquette en bois et plâtre de la charpente du choeur par l'architecte Henri Deneux entre 1907 et 1917
      • Maquette en bois et plâtre de la charpente de la nef par Deneux en 1916

 

Médiathèque de l’architecture et du patrimoine

  • Les archives des architectes en chef des Monuments historiques (ACMH) et celles relatives aux monuments historiques (dossiers de restauration, plans, études, correspondance, dessins et gravures, photographies) sont accessibles par la base Médiathek
  • La base Mémoire permet d'accéder à plus de 3000 photographies de différents auteurs, dont les frères Bisson (1814-1900), Édouard Baldus (1813-1889), Séeberger (atelier : 1909-1939), Noël Le Boyer (1883-1967), Marcel Bovis (1904-1997), Roger Parry (1905-1977), François Kollar (1904-1979) et Jean Gourbeix (1932-2004)
  • Les notices biographiques des ACMH sont accessibles par la base Autor
  • 0082/075. - Plans d'édifices de Paris (1830-2000)
  • 1996/083. - Fonds Viollet-le-Duc (1830-1972)
  • 2012/024. - Fonds famille Viollet-le-Duc :
      • 2012/024/028 : Album Notre-Dame de Paris, relevés et dessins pour la restauration (1840-1900)
      • 2012/024/106 : peintures des chapelles (1870)
  • 080/101. Documentation provenant des Viollet-le-Duc père et fils :
      • 080/101/4 : Documentation graphique sur Notre-Dame (gravures, tirages photographiques, extraits d’ouvrages) (1840-1900)
  • 0081/075-Restauration d'édifices de Paris, série générale (1807-1999)
      • 0081/075-23/1 à 36 : Documentation graphique sur Notre-Dame (gravures, tirages photographiques, extraits d’ouvrages) (1840-1900)
  • Travaux du XIXe sur les grands édifices classés (1820-1966)
  • Procès-verbaux de la Commission des Monuments historiques
  • Journal des travaux de la restauration de 1844 à 1865
  • 1995/022.- Fonds Alfred Gérente : maquettes de vitraux [1845-1865]
  • 0080/332.- Fonds Louis Grodecki : maquettes de vitraux par Alfred Gérente et Louis Steinhel (1855-1865)
  • 1996/084.- Fonds de dessins de la maison d'orfèvrerie Poussièlgue-Ruisand (1854-1869)
  • 1998/034.- Agence Notre-Dame : photographies
  • 1998/035.- Agence Notre-Dame : devis, mémoires, comptes (1845-1984)
  • 1996/088. - Relevés mis au net par le Centre de recherche sur les monuments historiques : relevés de la charpente, de fenestrages, d'arc et de tympan (1915-1970)
  • Un double de la maquette en bois de la charpente de la flèche par Auguste Bellu (1859)

 

Webographie

 

L’École nationale des chartes propose un Répertoire des architectes diocésains du XIXe siècle et la liste de ceux qui ont été affectés à Notre-Dame

L’Institut national d’histoire de l’art propose d’effectuer des recherches dans la base de données Conbavil, dépouillement analytique des procès-verbaux des séances du Conseil des Bâtiments civils (1795-1840), dont a dépendu Notre-Dame.

La compagnie des Architectes en chef des Monuments historiques propose une liste complète des ACMH et leur notice biographique

 

Bibliographie

AUBERT, Marcel, Les architectes de Notre-Dame de Paris du XIIIe au XIXe siècle, Bulletin monumental, 1908.

HAMON, Etienne, Art et architecture avant 1515, Paris, Archives nationales, 2008 (Documents du Minutier central des notaires de Paris)

ERLANDE-BRANDENBOURG, Alain, Notre-Dame de Paris, Paris, 1995.

GUÉRARD, M., Collection des cartulaires de France ; 4-7. Cartulaire de l'église Notre-Dame de Paris. Tome 4, 1850

LOURS, Mathieu, L'autre temps des cathédrales. Du concile de Trente à la Révolution française, Paris, Picard, 2010.

MORTET, Victor, Recueil de textes relatifs à l'histoire de l'architecture et à la condition des architectes en France, au moyen-âge, XIe-XIIe siècles, Paris, Librairie Alphonse Picard, 1911 (Collection de textes pour servir à l'étude et à l'enseignement de l'histoire ; 44)

Notre-Dame de Paris : 1163-1963, exposition du 8e centenaire, organisée par la Direction des Archives de France à la Sainte-Chapelle, juin-octobre 1963 / [Catalogue par Yves-Marie Bercé ; Préface par André Chamson ; Introduction par Bernard Mahieu]

Percier, C., Fontaine, P., Description des cérémonies et des fêtes qui ont eu lieu pour le couronnement de leurs Majestés Napoléon, empereur des Français... et Joséphine. Recueil de décorations exécutées dans l'église Notre-Dame de Paris et au Champ de Mars... sous la conduite de C. Percier et P. F. L. Fontaine... Paris, Leblanc, 1807, 28 p., fig. et pl.

VINGT-TROIS, Cardinal André (dir.), Notre-Dame de Paris. Strasbourg : la Nuée bleue, 2012 (La grâce d'une cathédrale ; 6)