Contenu éditorial simple : Sarthe, terre de pionniers. Centenaire des vols de Wilbur Wright au Mans (1908-2008)

Une publication des Archives départementales de la Sarthe, 2008, 48 pages

 

À toutes époques, les yeux levés vers le ciel, l’humanité s’est interrogé sur les moyens de s’affranchir de la pesanteur et de voler. Avec l’avancée des sciences et des techniques, le possible rejoint le réel : s’élever dans les airs, qu’on soit plus léger ou plus lourd que l’air, en ballon, en planeur ou en aéroplane, devient une aventure, un hobby, un sport, une épopée.

Après les tentatives innombrables des ballons Montgolfier en 1783, Giffard ou Renard, des « planeurs » Lilienthal, Chanute ou Ader, l’aventure européenne de l’aéroplane va connaître dans les premières années du XXe siècle un essor prodigieux, où s’illustrent plus particulièrement, aux côtés de Santos-Dumont, de nombreux pionniers français : les frères Gabriel et Charles Voisin, Ferdinand Ferber, Blériot, Henri Farman ou Léon Delagrange.

S’inspirant des Européens, les Américains se lancent aussi dans la grande aventure du vol motorisé avec Pierpont Langley, Manley et Balzer. Mais ce sont deux frères, venus de l’Ohio, Wilbur et Orville Wright, qui réalisent le premier vol aux Etats-Unis, le 17 décembre 1903, sur les plages de Caroline du Sud, à Kitty Hawk, vol renouvelé à Dayton (Ohio) en 1905.

La rencontre de ces deux mondes de pionniers a lieu en France, dans la Sarthe, en 1908, lorsque Wilbur Wright, financé par de puissants industriels et invité par Léon Bollée, découvre au Mans un terrain privilégié pour ses premiers vols d’essais en Europe. Du 8 août 1908 au 2 janvier 1909, presque chaque jour, Wright va faire voler son aéroplane, baptisé Flyer, sur le terrain de courses des Hunaudières puis, devant l'ampleur du succès, au camp d’Auvours, sous le regard ahuri d’une foule toujours plus nombreuse.

Cent ans après, le Conseil général de la Sarthe a souhaité solenniser cet événement exceptionnel en organisant une vaste exposition à la mémoire des pionniers de l’aviation. Car 1908 n’est pas seulement la rencontre improbable au Mans de Wright avec le monde de l’aviation en Europe, c’est aussi une histoire d’amitié franco-américaine entre les familles Bollée et Wright, coopé­ration exceptionnelle entre le monde frémissant de l’automobile et celui d’une aviation balbutiante qui prend son essor. En août 1909, la Semaine de Champagne organisée à Bétheny, près de Reims, rassemble un demi-million de personnes venus assister aux exploits de Wright, Blériot, Curtiss, Farman, Delagrange ou Bréguet. Du 25 septembre au 17 octobre 1909 est organisée au Grand-Palais la Première Exposition internationale de locomotion aérienne, où dix-sept sociétés exposent leurs modèles d'aéroplane et accueillent 10 000 visiteurs, et dont l'une des éditions ultérieures attirera Constantin Brancusi.

Désormais, la frénésie d’autres rencontres, d’autres records va inscrire très vite et à jamais dans l’histoire les noms d’un autre Français, Louis Blériot, et d’un autre Américain, Charles Lindbergh