Contenu éditorial simple : La Martinique de Pierre Verger

Une publication des Archives départementales de la Martinique, 2010, 64 pages

 

Photographe, Pierre Verger l’a été pleinement, avec une grande humilité, comme il a pratiqué l’ethnographie. Les quelque 61 000 photographies prises principalement entre 1932 et 1960 et aujourd’hui conservées, dans la maison même qu’il a choisi d’habiter jusqu’à la fin de sa vie sont pourtant des archives formidables.

Photographe, Verger ne prétendait pas l’être au sens de ces reporters qui forcent le présent à la gorge. Pas au sens non plus de la pratique de l’art pour l’art. Pour lui la photo révèle. « La photographie permet de voir ce qu’on n’a pas le temps de voir, car elle fixe. De plus, elle mémorise, elle est mémoire », une mémoire qui rend compte d’un moment concret et d’une expérience personnelle. Ainsi peut-on tracer une continuité entre son activité de photographe et celle d’ethnographe : il enregistrait et transmettait ce que son œil et son oreille percevaient.

Mais dans un cas comme dans l’autre, il est resté lucide sur le ressort puissant qu’était sa subjectivité. En essayant d’être passif, il voulait être en sorte une caisse de résonance, dans laquelle vibrerait l’émotion ressentie. « L’image pure provoque un émoi plus spontané que celui résultant d’un exposé soigneusement structuré s’adressant la compréhension ». Son refus de l’intellectualisme froid de la communauté scientifique, il l’a forgé au cours de ses voyages dans l’expérience à la fois directe et médiatisée par l’appareil photo. Le photographe est témoin, mais la photographie n’est pas une pièce à conviction au sens où, par exemple, ses amis du musée de l’Homme, Marcel Griaule et les autres, l’ont entendu pour désigner le rôle des objets dans la collecte ethnographique.

 

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