Contenu éditorial simple : Introduction au guide des recherches sur les spoliations d'œuvres d'art pendant la Seconde Guerre mondiale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les spoliations d’œuvres d’art pendant la Seconde Guerre mondiale et leur restitution

Pendant la Seconde Guerre mondiale, un pillage du patrimoine artistique détenu par les Juifs (œuvres d’art, mais aussi bibliothèques et manuscrits, pianos, droits d’auteur, etc.) est organisé en France par l’occupant allemand et par le gouvernement de Vichy.

Ces spoliations débutent dès l’été 1940, sous l’égide de l’ambassade d’Allemagne à Paris. Puis, à partir de septembre 1940, elles sont principalement orchestrées par l’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (ERR), chargé de la confiscation des biens culturels juifs et francs-maçons dans les territoires occupés par le Reich. Parallèlement, dès 1942, un pillage des appartements laissés vacants par les internements, les arrestations ou la fuite de leurs occupants est mis en œuvre par la Dienststelle Westen dans le cadre de la Möbel-Aktion. Le Devisenschutzkommando est quant à lui chargé de vider les coffres bancaires. On estime le bilan des saisies de l’ERR à l’encontre des collectionneurs et marchands d’art juifs à environ 20 000 œuvres, pillées chez plus de 200 personnes ou familles.

Le gouvernement de Vichy participe également à cette spoliation en mettant en œuvre une politique d’aryanisation visant à exclure les Juifs de tous les secteurs de l’économie et de la société. Le Commissariat général aux questions juives (CGQJ), institué par la loi du 29 mars 1941, nomme des administrateurs provisoires chargés de la gestion et de la vente des biens juifs. Les marchands d’art et d’antiquités et les collectionneurs privés sont bien sûr touchés par cette aryanisation.

 



Salle dite « des martyrs », œuvres exposées au Jeu de Paume par l’ERR (vers 1942). Arch. diplomatiques, 209SUP/991

 

La question de la restitution de ces biens confisqués se pose très tôt. Dès le 12 novembre 1943, le Comité français de libération nationale signe une ordonnance qui déclare la nullité des actes de spoliation accomplis par l’ennemi ou sous son contrôle. Le Gouvernement provisoire de la République française, constitué le 2 juin 1944, s’engage pour que la restitution des biens spoliés fasse partie intégrante des réparations dues par l’Allemagne.

En mai 1945, les dépôts d’œuvres de l’ERR sont découverts par les armées américaines, notamment grâce aux informations fournies par Rose Valland. Les œuvres retrouvées sont rassemblées dans des collecting points, avec des pièces acquises par les Allemands sur le marché de l’art parisien, avant leur rapatriement dans leur pays d’origine. En France, la Commission de récupération artistique (CRA), créée en novembre 1944, est chargée de procéder aux recherches relatives à la récupération des œuvres d’art, objets précieux, fonds d’archives, livres et manuscrits spoliés. Jusqu’à sa disparition en 1949, elle permet le retour en France de 61 233 objets. Les procédures de restitution sont ouvertes sur la base d’une déclaration faite par les propriétaires ou leurs ayants-droit à l’Office des biens et intérêts privés (OBIP). En quelques années, plus de 45 000 objets ont été restitués à leurs propriétaires légitimes ou à leurs ayants droit. En septembre 1949, deux commissions de choix sont chargées de sélectionner, parmi les œuvres et livres non réclamés, ceux dont l’importance justifie qu’ils ne soient pas vendus par l’administration des Domaines. Environ 2 000 œuvres d’art sont ainsi retenues et enregistrées sur un inventaire dit des MNR (« Musées nationaux Récupération »). Ces œuvres sont déposées dans les musées nationaux dans l’attente de leur éventuelle restitution ; l’État n’en est que le détenteur provisoire.

Toutefois, seuls quelques MNR sont restitués dans les années 1950. Il faut attendre les années 1990 pour que la question de la restitution des œuvres d’art pillées soit publiquement reposée. Le 5 février 1997, le Premier ministre Alain Juppé met en place la Mission d’étude sur la spoliation des Juifs de France, présidée par Jean Mattéoli, dont l’un des chantiers porte sur le pillage des biens culturels. En 1999 est créée la Commission d’indemnisation des victimes de spoliations (CIVS). Le processus de restitution reprend : entre 1994 et 2013, 67 œuvres supplémentaires sont restituées. 

 

Pour approfondir :

- LE MASNE DE CHERMONT (Isabelle), SCHULMANN (Didier), Le pillage de l'art en France pendant l'Occupation et la situation des 2 000 œuvres confiées aux musées nationaux, rapport de la Mission Mattéoli. Paris : La Documentation française, 2000.
- Site Rose Valland, aperçu historique
- Rapport du groupe de travail sur les provenances d'œuvres récupérées après la Seconde Guerre mondiale, juin 2014.

Consultez également notre bibliographie sélective.



Pourquoi ce guide des recherches ?

En 2013, le ministère de la Culture et de la Communication s’engage dans une nouvelle démarche proactive visant à restituer les MNR. Un « groupe de travail sur les provenances d’œuvres récupérées après la Seconde Guerre mondiale » est mis en place. Dans un rapport remis à la Ministre le 27 novembre 2014, il plaide notamment pour la mise au point d’un guide des recherches dans les archives des spoliations et des restitutions, l’objectif de ce guide étant d’actualiser l’ouvrage publié en 2000 sous la direction de Caroline Piketty dans le cadre de la Mission Mattéoli. Après concertation des Archives de France et la direction des archives du ministère des Affaires étrangères avec les membres du groupe de travail, le principe est arrêté de lancer une enquête recensant et décrivant les différents fonds conservés en France et susceptibles de fournir des informations liées à la spoliation et à la récupération des biens culturels.

Le guide des recherches qui en découle est composé de fiches descriptives de fonds d’archives, rédigées par les institutions qui les conservent conformément à la grille d’enquête établie par les Archives de France. Chacune contient en particulier un historique du producteur des archives, des informations sur le contenu du fonds et son intérêt dans le cadre de recherches sur les spoliations et restitutions, des précisions sur les conditions d’accès aux archives, ainsi que la mention de sources complémentaires et des références bibliographiques.

Ce guide des recherches doit permettre de mettre en valeur de nouveaux fonds d’archives méconnus. Il recense aussi bien des fonds publics que des fonds privés, émanant des services qui ont procédé aux spoliations, des juridictions ayant condamné les acteurs des spoliations après la Libération, des instances qui ont œuvré à la récupération artistique, aux restitutions et aux indemnisations, mais aussi de galeries ou encore de chercheurs dont les travaux permettent de documenter les transactions et la provenance d’œuvres d’art. Son périmètre s’étend à l’ensemble des biens culturels spoliés, œuvres d’art mais aussi bibliothèques et manuscrits.

L’intérêt de cet outil réside également dans les liens hypertextes qu’il contient. À partir d’une fiche descriptive, il est en effet possible de naviguer au sein du guide, mais aussi d’accéder à des instruments de recherche en ligne ou à diverses ressources telles que des sites externes, des documents à télécharger ou encore des notices d’autorité. À l’heure actuelle, le guide des recherches dans les archives sur les spoliations et restitutions d’œuvres d’art contient près de 400 liens, parmi lesquels plus de 200 pointent vers des inventaires détaillés en ligne.

Ce guide a vocation à évoluer au fur et à mesure de la découverte de nouveaux fonds et de la rédaction de nouvelles fiches. Il doit permettre de faciliter les recherches de provenance ainsi que d’encourager les recherches scientifiques sur les spoliations de biens culturels pendant la Seconde Guerre mondiale.