Contenu éditorial simple : Clichés barbares. Mes récits de Ravensbrück

Une publication des Archives départementales du Maine-et-Loire, 2005, 103 pages

 

Le témoignage des hommes et des femmes qui ont vécu dans leur chair l'horreur de la déportation est irremplaçable. Ce qu'ils nous décrivent de la cruauté des bourreaux nous glace, ce qu'ils nous révèlent de la dignité des victimes s'impose à notre conscience. Le 8 mai 1945, à l'heure où en Europe les vainqueurs prononçaient le mot paix après que les libérateurs eurent ouvert les portes des camps et que les survivants, marqués à jamais, eurent peu à peu regagné leur pays, plus des deux tiers des déportés manquaient à l'appel. La joie de retrouver les vivants ne pouvait éclipser le silence des morts.

C'est pour cela sans doute, pour tenter d'associer ceux qu'ils laissaient derrière eux à la vie renaissante, pour mettre des mots sur l'atrocité de ce qu'ils venaient de vivre, qu'un certain nombre d'entre eux ont voulu témoigner, tout de suite.

Jeanne Letourneau (1895-1979) est de ceux-là : cette femme discrète, qui toute sa vie s'est consacrée à l'enseignement du dessin avec passion et désintéressement (elle était professeur de dessin au collège Joachim Du Bellay d'Angers et enseignait également à l'Ecole des Beaux-Arts de cette ville), a quarante-huit ans lorsqu'elle est arrêtée le 11 mars 1943 avec cinq de ses collègues. Commencent alors deux ans de calvaire, de la prison d'Angers à Romainville, puis à Compiègne, et enfin après 51 heures d'un voyage inhumain, au camp de Ravensbrück où elle retrouve ses compagnes de malheur.

Jeanne Letourneau a raconté. Elle a eu ce dernier voyage, qui consiste à ne pas tourner la page, à accepter de rouvrir la blessure pour rendre aux disparus son ultime devoir. Elle l'a fait en professeur, sobrement, sans mots inutiles, et son récit nous touche par sa précise simplicité. Elle l'a fait en artiste qu'elle était, accompagnant les textes de dessins au trait sûr, qui parlent mieux encore que les mots.

Récits et dessins étaient restés jusqu'alors inédits. Les Archives de Maine-et-Loire les ont réservés et, à l'occasion de ce soixantième anniversaire de son retour de déportation, rendent hommage à l'auteur en permettant que son message soit porté à la connaissance de tous dans une publication destinée au public le plus large.

 

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