Contenu éditorial simple : La Résistance telle que l'a vécue... Bernard-Henri Bonnafous : octobre 1941-septembre 1944

Une publication des Archives départementales de l'Aude, 2013, 115 pages

 

Bernard-Henri Bonnafous, récemment disparu, est dûment mentionné dans les nombreux ouvrages consacrés à la Résistance languedocienne comme un des chefs de l'Armée secrète sous divers pseudos (Robin, Richard). Il n'en souffre pas moins d'un énorme déficit de notoriété que ses souvenirs rédigés sur le tard auraient pu contribuer à combler de son vivant. L'explication de ce semi-oubli réside probablement dans le fait que son action résistante, qui débuta à Lyon, s'est déployée alternativement dans au moins trois départements (Hérault, Aude et Aveyron), sans doute aussi dans sa propre volonté de se tenir à l'écart des pouvoirs mis en place à la Libération, puis des compétitions politiques, et encore dans son éloignement du Midi lors d'un vie active essentiellement parisienne.

Bernard-Henri Bonnafous a évidemment joué un rôle statégique dans la structuration de la Résistance languedocienne mais il ne s'attarde pas sur le sujet, soit qu'il le suppose suffisamment éclairé par les historiens, soit par modestie. Il préfère relater avec précision les moments cruciaux où il a pu échapper aux traques policières, les sabotages, qu'il a réalisés lui-même, les contacts avec de hauts résistants tels les Aubrac, Degliame-Fouché, Torcatis-Bouloc, Gilbert de Chambrun, Chevance-Bertin, Michel Cailhau-Charrette et bien d'autres. Dans ces pages rédigées sobrement, on sent palpiter l'esprit résistant, fait de prudence permanente, d'audace calculée et parfois de cruauté envers d'implacables adversaires. De ce récit au jour le jour émergent pourtant plusieurs révélations. Bernard-Henri Bonnafous relate ainsi une réunion clandestine décisive avec des banquiers aveyronnais, qui a débouché sur un financement régulier des maquis.

Mais c'est dans le récit des semaines décisives d'août 1944 que ses souvenirs surprennent le plus : un responsable de son niveau, arrêté lors d'une tractation avortée d'échange de prisonniers, était en mesure d'instaurer un rapport de forces suffisant avec les militaires allemands pour se faire libérer lui-même, organiser des obsèques de ses camarades abattus avant de repartir au maquis ! A cette occasion, Bernard-Henri Bonnafous analyse avec lucidité le développement, au sein d'une armée allemande qui n'était pas uniment nazie, de divergences dont les résistants ont pu tirer parti pour préserver leurs réseaux ou préparer leurs actions.

La publication de cet émouvant témoignage, fruit d'une mémoire sûre et d'un vrai talent de conteur, présage bien du soixante-dixième anniversaire de la Libération. Les derniers acteurs de cette épopée, au soir de leur vie, auront su transmettre sereinement aux jeunes générations, au-delà de la vérité des faits, le souffle de leur héroïsme tranquille.

 

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