Autres anniversaires signalés

Autres anniversaires signalés

Proposer, chaque année, une liste de "célébrations nationales" oblige à faire des choix, souvent difficiles, afin de mettre l'accent sur les faits majeurs propres à éclairer la réflexion contemporaine et sur des personnalités, des œuvres, des événements, qui paraissent devoir être mis particulièrement en valeur comme les repères d'une mémoire nationale. Mais d'autres anniversaires, dont la notoriété n'est pas forcément moindre, ont aussi, pour certains d'entre nous une valeur affective, pour tous une portée éducative. Cette rubrique en signale quelques-uns, qui font incontestablement partie de notre culture, de notre histoire et de notre patrimoine.Sont également évoqués dans cette rubrique, pour mémoire, de grands noms (l'abbé Grégoire, Balzac), qui ont fait l'objet de célébrations récentes.

 

Les notices de cette rubrique ont pour auteur Jean-Paul Sêtre, chargé de mission à la Délégation aux célébrations nationales (direction des archives de France).

Vie politique et institutions

L'abbé de Rancé
Paris, 1626 - Soligny, près de Mortagne (Orne), 1700

Fils d'un secrétaire de Marie de Médicis et filleul de Richelieu, Armand Jean Le Bouthillier de Rancé, ordonné prêtre en 1651, mena une vie brillante et mondaine jusqu'à la mort de Gaston d'Orléans (1660) dont il était l'aumônier. Il se démit alors de tous ses bénéfices, à l'exception de l'abbaye cistercienne de Notre-Dame de la Trappe, à Soligny, dont il avait hérité à la mort de son frère aîné qui en était abbé commendataire. Il s'y retira, en 1663, en devint l'abbé, en 1664, et y introduisit la même année une réforme particulièrement rigoureuse, adoptée ensuite par tous les moines cisterciens de la stricte observance, dits "trappistes".
Allongement de la prière liturgique, pénitence, travail manuel, austérité, silence absolu, conjugués au rayonnement personnel de Rancé, firent bientôt de Soligny un centre spirituel d'une telle renommée que Bossuet lui-même s'y rendit. Rancé a trouvé en Chateaubriand un biographe de génie.


Maurice, comte de Saxe, dit le maréchal de Saxe
Goslar (Basse-Saxe), 1696 Chambord, 1750

Le nom de ce grand soldat est associé à la période la plus glorieuse du règne de Louis XV. Bâtard de l'électeur de Saxe Auguste II, futur roi de Pologne, il guerroya pour le prince Eugène, pour Pierre Le Grand, pour son père, qui l'avait reconnu en 1711, et pour le roi de France, dont il gagna la confiance pendant la Guerre de Succession d'Autriche (1740-1748). Après la campagne des Pays-Bas (1744-1746), qui révèla à la France ses qualités militaires, Louis XV le nomma maréchal de France, puis, après Fontenoy (1745) où il se conduisit en héros, maréchal de toutes ses armées. Usé par la vie des camps et par les plaisirs, il se retira au château de Chambord, que le roi avait mis à sa disposition.

 

L'abbé Grégoire
Vého, près de Lunéville, 1750 Paris, 1831

Personnalité majeure de l'époque révolutionnaire, l'abbé Grégoire a reçu l'hommage de la Nation quand ses cendres furent transférées au Panthéon en 1989.

 

Louis Charles des Aix, chevalier de Veygoux, dit Desaix
Saint-Hilaire d'Ayat, près de Riom (Puy-de-Dôme), 1768 Marengo (Italie), 1800

Issu de la noblesse, mais loyal à la Révolution, Desaix connut une irrésistible ascension dans la hiérarchie militaire ; à 25 ans, il était général de division. Exerçant son commandement à la tête de l'avant-garde de l'armée du Rhin, il s'illustra lors de la prise de Kehl, en 1796, et à l'occasion des victoires de Rastadt et d'Ettlingen. En juillet 1797, sa rencontre avec Bonaparte fut l'événement de sa vie. Il partit avec lui pour l'Égypte, en 1798, et fut chargé de conquérir la Haute-Égypte, où son équité lui valut, auprès des vaincus, le surnom de Sultan juste. Lorsqu'il décida, en août 1799, de regagner la France, Bonaparte demanda à Desaix de rester sur place, afin, surtout, de surveiller les menées de Kléber. Ce n'est qu'en juin 1800 qu'il obtint l'autorisation de rejoindre le Premier consul à l'armée d'Italie. Le 14 juin, marchant au canon avec ses deux divisions, il contribuait à transformer la bataille de Marengo en victoire, mais il fut tué dès le début des combats.

 

Jean Baptiste Kléber
Strasbourg, 1753 - Le Caire, 1800

Le 20 mars 1800, à Héliopolis, le général Kléber, commandant en chef de l'armée d'Orient depuis le départ d'Égypte de Bonaparte, battait 80 000 Turcs et Anglais et reconquérait la Haute-Égypte. Le 14 juin de la même année, s'étant fait, bon gré mal gré, à l'idée de rester dans ce pays et de l'administrer, il était assassiné dans le jardin du quartier général par un jeune fanatique musulman venu d'Alep. Ainsi prenait fin l'aventure d'un grand soldat, un temps architecte, dont le nom reste attaché à quelques batailles de la Révolution (Mayence, où il fut nommé général, Fleurus et Charleroi) et à la campagne d'Égypte. Après bien des vicissitudes, le cercueil de Kléber était ramené le 16 septembre 1945 à Strasbourg, place Kléber, avec les honneurs militaires et sa statue - démontée et entreposée au Musée historique lors de l'occupation allemande de juin 1940 - solennellement réinaugurée le 23 novembre suivant, en présence du général Leclerc.

 

Théophile Malo Corret de La Tour d'Auvergne
Carhaix, 1743 - Oberhausen, 1800

Capitaine dans l'armée royale en 1784, ce fils d'un bâtard de la maison de La Tour d'Auvergne servit dans les armées de la Révolution après avoir refusé d'émigrer en 1789. Commandant, en 1793-1794, la division d'avant-garde de l'armée des Pyrénées-Orientales, formée de 8 000 grenadiers, qui entrèrent en action contre des Espagnols, il attacha son nom à cette troupe, devenue, pour l'histoire, la "colonne infernale" (sans référence aucune avec les colonnes infernales du général Turreau qui sévirent en Vendée à la même époque). Retiré en Bretagne après le traité de Bâle (1795), il reprit du service en 1799, comme simple volontaire, pour épargner la conscription au fils d'un de ses amis. Deux mois après avoir reçu de Bonaparte le titre de "premier grenadier de la République", il était tué à l'armée du Rhin. Ses restes ont été transférés au Panthéon en 1889. Son cœur est aux Invalides.

 

Emmanuel d'Astier de La Vigerie
Paris, 1900 - 1969

Haute figure de la Résistance, personnalité atypique et flamboyante de la vie politique française, cet aristocrate patriote, qui fut officier de marine jusqu'en 1926 puis journaliste, fondait, dès 1940, le Mouvement de résistance Libération Sud et contribuait, avec Henri Frenay (Combat) et Jean-Pierre Lévy (Franc-Tireur), à l'unification de ces trois principaux mouvements de la Résistance non communiste de l'ancienne zone sud dans une organisation unie, les MUR (1943). Compagnon de la Libération, "d'Astier" mena de front, à partir de 1944, une vie intense d'homme politique (ministre et député) et de journaliste engagé dans son temps. Il fut le fondateur et le président de Libération (1941 à 1964) et le directeur du mensuel L'Événement à partir de février 1966.

Littérature et sciences humaines

Gabriel Naudé
Paris, 1600 - Abbeville, 1653

Humaniste, lié à La Mothe Le Vayer, Diodati et Gassendi au sein de la Tétrade, "grand foyer (secret) du libertinage érudit" qui fut, en quelque sorte, un relais entre le monde de la Renaissance et le siècle des Lumières, Naudé, après un long séjour à Rome, fut appelé par Mazarin, en 1642, pour constituer sa bibliothèque. Son expérience en la matière était reconnue. Il avait occupé des fonctions de bibliothécaire auprès du président de Mesmes et du cardinal de Bagni et rédigé, dès 1627, un Advis pour dresser une bibliothèque, considéré comme le premier traité moderne de bibliothéconomie. Naudé rassembla en quelques années près de 40 000 volumes, noyau de l'actuelle bibliothèque Mazarine. Cette collection, demembrée lors des troubles de la Fronde, put être reconstituée par le cardinal, mais Naudé était mort lors de son voyage de retour de Suède où il s'était rendu à la demande de la reine Christine pour organiser sa bibliothèque.

 

Claude Favre de Vaugelas
Meximieux, en Bresse, 1585 Paris, 1650

Né dans une famille attachée à la Maison de Savoie, protégé par François de Sales qui veilla sur son éducation, Vaugelas, apprécié très tôt pour ses qualités de linguiste et de grammairien, vint, comme chambellan de Gaston d'Orléans, à Paris où il rencontra notamment Malherbe, Conrart, Guez de Balzac. Reçu à l'Académie française dès sa fondation (1634), il devait devenir une manière "d'oracle de la langue" et fut chargé, en 1639, de travailler au Dictionnaire de l'Académie, tâche ingrate pour laquelle il déploya une extraordinaire activité. En 1647, il publiait, ses Remarques sur la langue françoise, résultat d'observations qu'il devait poursuivre toute sa vie. Pour chaque sujet abordé, Vaugelas définissait non pas des règles, mais le "bon usage", qu'il rechercha, en témoin, dans la langue parlée par la noblesse parisienne, en particulier à la cour.

 

Philippe François Nazaire Fabre, dit Fabre d'Églantine
Carcassonne, 1750 - Paris, 1794

Poète, auteur dramatique et homme politique, Fabre d'Églantine demeure, au regard de la postérité, l'auteur de la chanson fameuse "Il pleut, il pleut bergère" et l'inventeur des noms des mois du calendrier républicain institué par décret de la Convention en octobre 1793, appliqué jusqu'en décembre 1805 et aboli par Napoléon, qui restaura le calendrier grégorien le 1er janvier 1806. Affairiste et jouisseur, Fabre d'Églantine laisse aussi l'image sombre d'un révolutionnaire intransigeant mais opportuniste, auquel on attribue une lourde responsabilité dans les massacres de Septembre (1792). Proche de Danton, dont il était devenu l'homme de plume, il en subit le destin tragique.

 

Louis Hachette
Rethel, 1800 - château du Plessis - Piquet, auj. Le Plessis-Robinson, 1864

Pur produit de l'élitisme républicain, ce normalien, issu d'une famille catholique pauvre de Rethel, est l'un des "pères fondateurs" de l'édition moderne et le créateur d'un véritable empire. Homme d'affaires hardi, il allait en fin stratège et homme de réseaux, après avoir fait, en 1826, l'acquisition de la librairie Brédif au cœur du Quartier latin, bouleverser et professionnaliser le monde de l'édition scolaire et universitaire et y prendre une position dominante. En 1852, la librairie Hachette devenait le concessionnaire de la vente des livres, journaux et publications dans les bibliothèques des gares.

 

Honoré de Balzac
Tours, 1799 - Paris, 1850

Un article de Madeleine Ambrière a été publié dans la brochure Célébrations nationales 1999 pour le bicentenaire de la naissance de l'écrivain.

 

Frédéric Bastiat
Bayonne, 1801 - Rome, 1850

Influencé par l'industriel et économiste anglais Richard Cobden (1804-1865), qui fut l'apôtre du libre-échange et contribua à l'abolition des lois protectionnistes en Grande-Bretagne (1848-1851), l'économiste Frédéric Bastiat s'insurgea, par son action (fondation d'une association pour la liberté des échanges, 1846) et par ses principales publications (Sophismes économiques, 1845, Les Harmonies économiques, 1850, son ouvrage fondamental, resté inachevé) contre la législation douanière de son temps. Hostile au protectionnisme, partisan d'un libéralisme "optimiste", il s'opposa au socialisme de Proudhon, à propos de l'intérêt du capital. Il milita aussi en précurseur, et non sans hardiesse, pour le non cumul des mandats électoraux.

 

Albert Samain
Lille, 1858 - Magny-les-Hameaux (Yvelines), 1900

Cet homme modeste, sensible à la musique des mots, fut un grand admirateur de Baudelaire, de Verlaine et des symbolistes. La sensualité de sa poésie, ses décors, les visages qu'on y rencontre rappellent les tableaux de Gustave Moreau ou d'Odilon Redon. Au jardin de l'infante (1893), son premier recueil lyrique, lui valut en son temps une vraie célébrité. Il fut aussi l'un des fondateurs du Mercure de France.

 

André Chamson
Nîmes, 1900 - Paris, 1983

Profondément marqué par ses origines cévenoles et ses racines calvinistes, cet écrivain, ancien élève de l'École nationale des chartes, élu à l'Académie française en 1956, a su mener, parallèlement à son travail de création, une carrière de haut fonctionnaire consacrée à l'administration de grandes institutions culturelles. Homme sensible et passionné, il participa à la lutte antifasciste dans l'entre-deux-guerres et prit part aux combats de la Résistance, en organisant, aux côtés d'André Malraux, la prestigieuse brigade Alsace - Lorraine, avant de rejoindre l'armée de Lattre. L'œuvre de cet intellectuel engagé témoigne d'un goût profond pour sa terre, ingrate et rude, où il est de tradition, pour paraphraser le titre d'un de ses essais, que l'homme se situe "contre l'Histoire". Son souvenir est toujours vivant aux Archives de France dont il fut le directeur général de 1959 à 1971.

 

René Crevel
Paris, 1900 - 1935

Délaissant, après son service militaire, des études en Sorbonne et un projet de thèse sur "Diderot romancier", René Crevel rejoignit, dès 1921, l'avant-garde dadaïste. Il adhéra ensuite passionnément au surréalisme naissant dont il devint l'un des théoriciens et des pamphlétaires les plus vigoureux. Vivant de l'intérieur toutes les convulsions du groupe, il resta toujours attaché aux thèses du mouvement, bien que persuadé de la nécessité d'une action révolutionnaire. Miné par la tuberculose, l'anxiété et les tourments existentiels, il mit fin à ses jours après avoir vainement tenté de rapprocher surréalistes et communistes la veille du Congrès international des écrivains pour la défense de la culture. Il laissait une œuvre majeure, encore trop méconnue aujourd'hui.

 

André Dhôtel
Attigny (Ardennes), 1900 Paris, 1991

Entré en littérature sous les auspices d'Arthur Rimbaud, auteur d'une œuvre abondante - quelque trente romans parmi une cinquantaine de titres -, cet écrivain et poète, profondément attaché aux Ardennes et à la Champagne et qui fut aussi un vrai connaisseur des sciences de la nature, a su mettre au service de sa longue aventure créatrice les outils qui furent ceux des romantiques allemands. La critique contemporaine voit désormais en lui le meilleur, et le plus prolixe, représentant, dans nos lettres, du réalisme magique. Il reçut le prix Fémina, en 1955, pour Le Pays où l'on n'arrive jamais, un ouvrage qui n'est pas sans évoquer l'atmosphère du Grand Meaulnes, d'Alain-Fournier.

 

Marcel Duhamel
Paris, 1900 - Saint-Laurent-du-Var, 1977

Marcel Duhamel, encouragé par Gaston Gallimard, fonda, en 1945, la célèbre "Série noire", qui doit son titre à Jacques Prévert. En trente-deux ans, 1716 volumes (832 l'ont été depuis sa mort) furent publiés sous sa direction par les plus grands auteurs de romans policiers : Peter Cheyney, avec lequel il signa un contrat dès 1945, James Hadley Chase, Chester Himes, Raymond Chandler, Horace McCoy, Dashiell Hammet, Albert Simonin... Mais Duhamel fut aussi très proche de Jacques Prévert, qui demeura son ami le plus fidèle, d'Yves Tanguy, de Robert Desnos et des principaux membres de la nébuleuse surréaliste. Adaptateur pour le théâtre de plusieurs pièces américaines, de Steinbeck ou de Caldwell, il traduisit également Poe, Hemingway, Henry Miller, ainsi que l'ouvrage "coup de poing" du clarinettiste de jazz Milton "Mezz" Mezzrow.

 

André Dupont-Sommer
Marnes-la-Coquette (Hauts-de-Seine), 1900 - Paris, 1983

Orientaliste éminent, spécialiste en philologie hébraïque et araméenne et en histoire ancienne de l'Orient, André Dupont-Sommer laissa, à l'issue d'une vie consacrée à la recherche des sources bibliques, une œuvre considérable et pionnière. Professeur au Collège de France, où il enseigna l'hébreu et l'araméen, secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, on lui doit, notamment, le Livre des hymnes découverts près de la mer Morte (1957), les Écrits esséniens découverts près de la mer Morte (1959, 1996). Il a aussi dirigé, avec Marc Philonenko, l'édition de La Bible. Écrits intertestamentaires (Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1987).

 

Julien Green
Paris, 1900 - 1998

Ce grand écrivain français d'origine américaine a été élu à l'Académie française en 1971 et publié, de son vivant, dans la Bibliothèque de la Pléiade. Converti au catholicisme, cet homme discret, tourmenté par la chair, le désir et la mort, sut domestiquer le conflit intérieur d'où procède toute sa production littéraire, aspirant, à la fois, à la chute et au salut. Parmi ses ouvrages les plus célèbres : Mont-Cinère (1926), Moïra (1950), Chaque homme dans sa nuit (1960) et son monumental Journal, entrepris en 1919 et publié à partir de 1938.

 

Création de L'Aiglon, d'Edmond Rostand
15 mars 1900

Le 15 mars 1900, au Théâtre de la Ville devant une salle comble, Sarah Bernhardt est acclamée dans L'Aiglon, qu'elle vient de créer, dans le rôle-titre, avec pour partenaire Lucien Guitry qui joue Flambeau. En dépit de ce triomphe, la critique souligna les faiblesses, réelles, de l'ouvrage d'Edmond Rostand. Mais peu importait, le public fit le succès de ce drame de six actes en vers, exaltant la figure romantique du duc de Reichstadt, fils de Napoléon Ier et victime de l'implacable Metternich.

 

Joë Bousquet
Narbonne, 1897 Carcassonne, 1950

Revenu mutilé de la Grande guerre il vécut paralysé à jamais, de la taille jusqu'aux pieds -, Joë Bousquet choisit de se consacrer à la littérature, emmuré derrière les volets clos de sa chambre de Carcassonne. Il y bâtit une œuvre, unique et exemplaire, dans le recueillement et la contemplation que seuls de grands créateurs du temps, peintres et écrivains - Aragon, Michaux, Benda, Gide et Paulhan - venus partager la parole de ce veilleur immobile, ont rompus. La critique et un nombre croissant de lecteurs ont su redécouvrir l'œuvre de ce grand créateur.
Un article de Georges-Emmanuel Clancier a été publié dans la brochure Célébrations nationales 1997 pour le centenaire de la naissance de l'écrivain.

 

Yvan Goll
Saint-Dié, 1891 - Paris, 1950

Ce poète lorrain d'origine juive, qui écrivit en français et en allemand, laisse une œuvre abondante qui mérite aujourd'hui d'être remise en valeur. Classé tout d'abord parmi les expressionnistes allemands (avec G. Benn, G. Trakl, etc.), ce pacifiste lyrique, dont la vie et le cœur se partagèrent, autant que les circonstances de l'époque le lui permirent, entre Paris et Berlin, adhérait au surréalisme dans les années vingt, jusqu'à donner son propre manifeste, assez différent au demeurant de celui de Breton. En 1939, il émigrait à New York avec Claire, sa femme, qui fut aussi sa traductrice, pour ne revenir à Paris qu'en 1947. Parmi ses œuvres les plus importantes : Chansons lorraines (Lothringische Volkslieder, 1912), Élégie internationale (1915), Le Cœur de l'ennemi, texte bilingue écrit avec Claire (1920), Mathusalem (1922).

Arts

Jacques Blanchard
Paris, 1600 - 1638

On ne conserve de Blanchard, mort à 38 ans, que vingt-trois peintures et trois dessins qui puissent lui être attribués de façon certaine. Une cinquantaine d'autres œuvres nous sont connues par la gravure. De son voyage en Italie, il revint marqué par l'influence du Tintoret et des Vénitiens - il séjourna deux années à Venise à partir de 1626 -. Son goût et sa recherche de la couleur le firent surnommer par ses contemporains "le Titien français". Ses sujets sont d'inspiration religieuse ou, surtout, mythologique. En 1634, c'est lui qui peignit, pour la confrérie des orfèvres, le "présent de mai" offert chaque année à Notre-Dame de Paris. Cimon surprenant Ephigène, tableau conservé au Louvre, montre une expression du nu et une sensualité picturale rares au XVIIe siècle.

 

Juste Aurèle Meissonnier
Turin (Italie), 1695 - Paris, 1750

Fils d'un orfèvre d'origine provençale installé en Italie, cet orfèvre et ornemaniste, qui s'essaya aussi à l'architecture, vint s'installer à Paris et fut nommé, en 1726, dessinateur du Cabinet du roi, chargé notamment des décors des fêtes royales. Son œuvre, constituée surtout de dessins (projets allant de pièces d'orfèvrerie à de grands décors) témoigne de son goût pour l'exubérance jusqu'à une certaine outrance qui lui valut d'être critiqué par les élites rationalistes des Lumières. Il est considéré comme l'un des fondateurs du style rocaille (Livre d'ornemens inventez et dessinez par Meissonnier, 1734).

 

Pierre Henri de Valenciennes
Toulouse, 1750 - Paris, 1819

C'est en 1769 que ce peintre toulousain, formé à Paris par Doyen, découvre l'Italie, ses paysages et sa lumière, avant d'y séjourner, à partir de 1777, pendant cinq années au cours desquelles il étudia les œuvres de Claude Gellée et de Poussin et réalisa un nombre important de croquis représentant des sites de Rome et de ses environs. De retour à Paris, il fonda une école de paysage classique où il enseignait la perspective et devint titulaire en 1812 du poste de professeur de perspective à l'École des beaux-arts. Il avait publié, en 1800, des Éléments de perspective pratique à l'usage des artistes où il énonce des principes que l'on pourrait attribuer à Monet. L'œuvre de cet artiste néo-classique, surnommé en son temps le "David du paysage", est annonciatrice des vues d'Italie de Corot et témoigne du goût pour les compositions simples et équilibrées et aussi d'une sensibilité nouvelle dans le traitement du paysage historique.

 

Achille Devéria
Paris, 1800 - 1857

Frère aîné du peintre d'histoire Eugène Devéria, ce graveur, dessinateur et peintre, élève de Laffitte et Girodet, fut surtout un grand lithographe. On lui doit une série de portraits qui constitue l'un des plus précieux témoignages sur les grands écrivains et autres personnalités de la société romantique (Hugo, Dumas, Lamartine, Liszt, Vigny, Rachel, Marie Dorval, la Malibran), et sur les scènes de la vie mondaine de la première moitié du XIXe siècle.

 

Jean Baptiste Odiot
Paris, 1763 - 1850

Odiot, qui appartient à une dynastie d'orfèvres parisiens, est, avec Auguste et Biennais, l'un des grands noms de l'orfèvrerie du Premier Empire. Il bénéficia d'ailleurs de la protection de Madame Mère. Sa production est surtout faite de vaisselle d'argent et de vermeil, mais il s'est particulièrement rendu célèbre en réalisant le mobilier de toilette de Marie-Louise et le berceau d'apparat du Roi de Rome, œuvres pour lesquelles il collabora avec le peintre Prudhon et le bronzier Thomire.

 

Victor Laloux
Tours, 1850 - Paris, 1937

Cet architecte d'origine tourangelle a surtout attaché son nom à la gare d'Orsay qu'il acheva, en 1900, pour l'Exposition universelle. Prié par la Compagnie des chemins de fer d'Orléans de concevoir une enveloppe architecturale ambitieuse, en adéquation avec son environnement et l'image de marque de la Compagnie, il sut, derrière le monumentalisme classicisant d'une façade qu'on a pu dire "réactionnaire", concevoir une des gares les plus modernes de son temps, sans s'aliéner les adeptes du style "métallurgique flamboyant". Il a par ailleurs construit d'autres édifices publics tels les hôtels de villes de Tours et de Roubaix, la gare et la basilique Saint-Martin à Tours.

 

Alexandre Falguière
Toulouse, 1831 - Paris, 1900

Après des études dans sa ville natale, ce sculpteur, d'origine modeste, vint à Paris où il fréquenta l'école des beaux-arts et travailla notamment dans l'atelier de Carrier-Belleuse. Grand prix de Rome en 1859, il participa régulièrement aux salons où il triompha en 1868 avec Tarcisius, martyr chrétien (acquis par l'État). Il sut adapter son talent vigoureux aux goûts du public et des élites de son temps, ce qui lui valut de nombreuses commandes de figures historiques : Gambetta à Cahors, l'amiral Courbet à Abbeville, Armand Barbès à Carcassonne, Charcot à la Salpétrière... des œuvres qui rappellent la manière de David d'Angers. C'est vers lui que se tourna la Société des gens de lettres, mécontente du Balzac qu'elle avait commandé à Rodin. Falguière représenta l'écrivain assis ; la sculpture fut exposée au Salon de 1899. Dans un autre registre, il exécuta de gracieuses figures féminines qui lui valurent le surnom de "poète du déshabillé".

 

Marc Allégret
Bâle (Suisse), 1900 - Paris, 1973

L'amitié qui le liait à André Gide permit à ce fils d'un pasteur suisse d'entrer dans le monde du cinéma en réalisant le documentaire Voyage au Congo (1927). Son nom reste attaché à des œuvres telles que Lac aux Dames (1934), Gribouille (1937), Félicie Nanteuil (1945), Le Bal du Comte d'Orgel (1970). Il demeure dans l'esprit de beaucoup celui qui a su révéler nombre de futures vedettes (Jean-Pierre Aumont, Michèle Morgan, Brigitte Bardot, etc.), un talent que symbolise Entrée des artistes, son film sans doute la plus populaire. Son frère, Yves Allégret (1907-1987) fut aussi cinéaste (Dédée d'Anvers, Une si jolie petite plage, Les Orgueilleux).

 

Maurice Jaubert
Nice, 1900 - près de Baccarat (Meurthe-et-Moselle), 1940

Mobilisé, en 1939, comme capitaine de réserve, Jaubert composait, en première ligne, Trois Psaumes pour le temps de guerre et terminait "aux armées" Saisir, sur des poèmes de Jules Supervielle, devenu l'un de ses amis les plus proches. Blessé le 19 juin 1940, il devait mourir pendant son transport à l'hôpital de Baccarat. Sa disparition mettait fin prématurément à une œuvre marquée, dès 1929, par la rencontre avec le cinéma quand il devint directeur musical de Pathé-Cinéma. De 1930 à 1939, Maurice Jaubert composa la musique de quelques-uns des plus grands films français de l'époque : L'Atalante et Zéro de conduite, de Jean Vigo, 14 juillet, de René Clair, L'Affaire est dans le sac, des frères Prévert, Carnet de Bal et La Fin du jour, de Julien Duvivier, Drôle de drame, Le Quai des brumes, Hôtel du Nord et Le jour se lève, de Marcel Carné. Il laisse aussi des œuvres symphoniques importantes, créées sous sa direction ou par des chefs tels que Pierre Monteux, Manuel Rosenthal ou Charles Münch. Il collabora à la revue Esprit dès sa fondation.

 

Madeleine Renaud
Paris, 1900 - Neuilly-sur-Seine, 1994

Pensionnaire de la Comédie-Française de 1921 à 1947, fondatrice, avec son mari, en 1947, de la Compagnie Renaud-Barrault, elle interpréta, notamment, les œuvres de Marivaux, Montherlant, Molière (Amphitryon), Feydeau (Occupe-toi d'Amélie), Anouilh, Claudel (Le Soulier de satin), Giraudoux (Judith) et Tchekhov, et dans un registre plus contemporain, L'Amante anglaise, de Marguerite Duras ou Harold et Maud, de Collin Higins. Elle a particulièrement marqué le rôle de Winnie (Oh ! Les beaux jours !, de Samuel Beckett), qu'elle créa en 1963 dans une mise en scène de Roger Blin et qu'elle reprit tout au long de sa carrière.

 

Première représentation de Louise, de Gustave Charpentier
1900

Après avoir remporté un immense succès à Paris en 1891 avec sa suite pour orchestre Les Impressions d'Italie, Charpentier (1860-1956), élève de Massenet, grand prix de Rome 1887, connaissait un second triomphe lors de la création à l'Opéra-Comique de Louise, son "roman musical". La veine mélodique facile, le naturalisme "social" du livret, imprégné de sentimentalisme, expliquent sans doute la ferveur avec laquelle cette œuvre fut reçue par le public parisien, en total décalage avec le jugement de Claude Debussy qui ne voyait dans cet opéra des "midinettes" parisiennes que "cantilènes chlorotiques".

 

Charles Kœchlin
Paris, 1867 - Canadel (Var), 1950

Entré à vingt-deux ans au conservatoire de Paris où il eut pour maîtres Massenet et Fauré, cet ancien élève de Polytechnique, issu d'une famille d'industriels protestants libéraux, fait partie des grands oubliés de la musique française de la première moitié du XXe siècle. Considéré par la critique à l'égal d'un Albert Roussel, ce grand pédagogue, qui eut pour élèves Francis Poulenc et Henri Sauguet, a laissé le souvenir d'un homme sage, indulgent, érudit et désintéressé. Il était soucieux de tout comprendre et de s'essayer à tous les genres : il fut, par exemple, le seul musicien français à faire usage, avant 1946, du dodécaphonisme sériel. Sa production est considérable (plus de deux cents numéros d'opus), mais l'essentiel n'a malheureusement pas été édité. Son Traité d'harmonie fut, entre les deux guerres, un des livres de chevet de la plupart des musiciens français.

Sciences et techniques

Louis Jean Marie d'Aubenton dit Daubenton
Montbard, 1716 - Paris, 1800

Appelé à Paris par son compatriote Buffon qui recherchait un anatomiste pour l'aider dans la rédaction de son Histoire naturelle, cet ancien étudiant en théologie, docteur en médecine passionné par l'histoire naturelle, commença sa carrière, en 1742, comme démonstrateur d'anatomie au Jardin du roi. En 1756, il devint conservateur du Cabinet d'histoire naturelle, dont il devait enrichir les collections jusqu'à sa mort. En 1778, il est le premier titulaire de la chaire d'histoire naturelle au Collège de France et enseigne aussi l'économie rurale à l'École vétérinaire d'Alfort (1783). Il s'employa également à améliorer la laine des moutons en acclimatant à Montbard des merinos espagnols. Cet homme des Lumières, qui avait collaboré à l'Encyclopédie, traversa sans encombre la Révolution. Professeur de minéralogie au Muséum d'histoire naturelle nouvellement créé (1793), en même temps que son premier directeur, il enseigna aussi à l'École normale supérieure (1795). Nommé sénateur en 1799, il mourut d'apoplexie, lors de la première séance à laquelle il assistait.

 

Marc René, marquis de Montalembert
Angoulême, 1714 - Paris, 1800

L'art français de la fortification, resté presque stationnaire depuis la mort de Vauban (1707), retrouva une nouvelle vigueur à partir du règne de Louis XV grâce aux travaux de ce général et ingénieur qui inventa "le système perpendiculaire" (La Fortification perpendiculaire ou l'Art défensif supérieur à l'offensif (publié à partir de 1776)), système des forts détachés qui devait s'imposer au XIXe siècle. Il fortifia les îles d'Aix et d'Oléron et fut aussi maître de forges et fondeur de canons pour la marine. Partisan de la Révolution, il n'émigra pas et fut consulté par Carnot pour ses compétences.

 

Henri Milne-Edwards
Bruges, 1800 - Paris, 1885

Docteur en médecine, professeur, puis doyen de la faculté des sciences de Paris, directeur du Muséum national d'histoire naturelle, ce savant d'origine belge est considéré comme l'un des fondateurs de la physiologie française. Ses travaux portèrent sur les mollusques et les crustacés. Élu à l'Académie des sciences en 1838, il a publié des Leçons d'anatomie et de physiologie (1855-1881).

 

Alphonse Milne-Edwards
Paris, 1835-1900

Fils du précédent, il fut professeur de zoologie à l'École de pharmacie et au Muséum qu'il dirigea de 1892 à sa mort. Ses travaux, consacrés notamment aux oiseaux fossiles et à la vie des faunes abyssales, lui valurent d'entrer à l'Académie des sciences en 1879.

 

Henry Le Chatelier
Paris, 1850 - Miribel-les-Échelles (Isère), 1936

Ancien élève de Polytechnique et de l'École des mines, ce chimiste conduisit des recherches dans le domaine de la métallurgie, des ciments, des verres, des combustibles et des explosifs, avant de se consacrer à l'étude des phénomènes thermiques. Créateur de l'analyse thermique et de la métallographie microscopique, on lui doit l'énoncé de la loi générale de déplacement des équilibres physico-chimiques (principe de Le Chatelier). Professeur à l'École des mines, il obtint, en 1898, une chaire de chimie minérale au Collège de France. Il fut élu à l'Académie des sciences en 1907.

 

Charles Richet
Paris, 1850 - 1935

Professeur de physiologie à la faculté de médecine de Paris, Richet conduisit des recherches sur la chaleur animale, les serums, et découvrit, en 1802, avec Paul Portier, le phénomène de l'anaphylaxie - on dit aujourd'hui "allergie" -, ce qui lui valut le prix Nobel de médecine en 1913. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, a dirigé la publication du Dictionnaire de physiologie et de la Revue scientifique et présidé la Société de biologie. Il fut membre de l'Académie de médecine (1898) et de l'Académie des sciences (1914). Mais Charles Richet avait d'autres centres d'intérêt. Apôtre du pacifisme, il se passionna aussi pour les débuts de l'aviation - construisant en 1890 un aéroplane et encourageant ses pupilles Louis et Jacques Bréguet - et s'attacha à l'étude des phénomènes occultes ou supranormaux (métapsychique).

 

Ferdinand Carré
Moislains (Somme), 1824 - Pommeuse (Seine-et-Marne), 1900

De tous les scientifiques évoqués dans ces notices, Carré est sans doute celui qui a le plus contribué au confort de notre vie quotidienne. C'est lui en effet qui réalisa la première machine frigorifique à compression (1857), rendit possible la production de la glace à partir d'appareils frigorifiques (1862) et proposa l'application du froid au traitement des denrées alimentaires. On doit ainsi à cet ingénieur le transport à longue distance des viandes à l'état congelé (1875). Ses travaux sur le froid sont complémentaires de ceux que mena son contemporain Charles Tellier (1828-1913).

 

Laurent Schwartz, lauréat de la médaille Fields
6 septembre 1950

Aussi prestigieuse que le prix Nobel, la médaille Fields - du nom du mathématicien canadien qui en proposa la création en 1924 et fit à sa mort un legs permettant de réaliser ce projet - est attribuée tous les quatre ans, lors du congrés international des mathématiciens, à deux spécialistes de la discipline âgés de moins de 40 ans, pour récompenser des travaux de qualité exceptionnelle. Le premier lauréat français fut, en 1950, Laurent Schwartz (né en 1915) pour ses recherches sur la théorie des fonctions et sur les équations aux dérivées partielles (Théorie des distributions, établie en 1945).