Création du corps préfectoral

Loi du 28 pluviôse an VIII (17 février 1800)

La Constituante s'est illustrée par les réformes de structures qu'elle a engagées. La création des départements compte parmi ses réussites les plus éminentes. Au désordre de l'organisation administrative de l'Ancien Régime, succédait, par la loi du 22 décembre 1789, un découpage administratif clair et rationnel. Avec le département, la France comptait désormais une circonscription de base bien adaptée aux besoins de l'administration locale.

Il restait à en assurer la direction et l'animation. La loi du 28 pluviôse an VIII, en instituant dans chaque département un préfet "seul chargé de l'administration", fixa le paysage administratif de la France contemporaine. Les instructions de Napoléon Bonaparte et de son frère Lucien qui s'ensuivirent précisèrent leurs pensées : "Il était temps d'appeler à la défense et au maintien de la République tous les courages ; à son Administration toutes les lumières ; à sa décoration tous les talents" (circulaire de Lucien Bonaparte, ministre de l'Intérieur, du 7 nivôse an VIII). L'institution préfectorale était un élément essentiel de cette fonction publique dont ils voulaient "dater le bonheur des Français".

Depuis deux siècles, l'institution préfectorale a profondément marqué l'administration de la France et conquis l'estime des Français. De grands noms se sont illustrés au service du pays dans les périodes fastes comme dans les heures sombres de l'histoire nationale. On peut citer à cet égard, sans être limitatif, Claude Barthelot de Rambuteau, Georges Eugène Haussmann, Paul et Jules Cambon, Eugène Poubelle, Louis Lépine, Jean Moulin, Paul Delouvrier.

Parmi ceux qui occupèrent des fonctions préfectorales, plusieurs furent ministres tels Jules Ferry, Émile Ollivier, Charles-Louis Freycinet, Paul Bert, Léon Say, Charles Floquet, Léon Bourgeois, Abraham Schrameck, Émile Pelletier. L'un deux, Sadi Carnot, devint président de la République.

Tous ces noms évoquent la grandeur et la noblesse de l'exercice des fonctions préfectorales au service de l'État, illustrées jusqu'au sacrifice de sa vie, par le préfet de Corse, Claude Érignac, assassiné en 1998.

En deux cents ans, alors que se succédaient les régimes politiques, le corps préfectoral a fait la preuve de son efficacité dans l'administration de notre pays en sachant épouser ses évolutions. C'est ainsi qu'il a été capable d'accompagner l'émergence des libertés locales lors de la grande réforme de décentralisation de 1982 et de redéfinir le rôle du représentant de l'État dans les départements et les régions.

Le corps préfectoral reste, aujourd'hui, par son impartialité et son professionnalisme, une institution adaptée aux besoins et aux préoccupations des Français. C'est résolument tourné vers l'avenir qu'il célébrera son bicentenaire en cherchant à définir l'administration territoriale du XXIe siècle, dans une France décentralisée, intégrée à l'Europe, à un moment où les techniques bouleversent profondément la vie et le travail administratifs.Il témoignera ainsi de sa vitalité et de son efficacité au service du pays et de nos concitoyens.

 

Christian Frémont
préfet, directeur général de l'administration au ministère de l'Intérieur