Création de la Société centrale d'éducation et d'assistance pour les sourds-muets

10 janvier 1850

Lorsque naît la Société centrale d'éducation et d'assistance pour les sourds-muets en France, l'abbé de L'Épée est mort depuis cinquante ans. Il en est pourtant le père, car c'est lui qui, le premier, a voulu "donner la parole" aux sourds-muets. Et Ferdinand Berthier (1803-1886), sourd lui-même, l'a pris au mot. Élève, puis professeur dans l'Institution fondée par l'abbé de L'Épée, il voue à celui-ci un véritable culte, organisant à partir de 1834 des banquets annuels en son honneur. Pour assurer leur tenue se crée un comité de sourds qui devient en 1838 la Société centrale des sourds-muets de Paris. Elle milite pour la défense de la langue des signes et l'égalité entre sourds et entendants.

 

Elle suspend ses activités au moment même (10 janvier 1850) où est fondée la Société centrale d'éducation et d'assistance pour les sourds-muets en France. On retrouve dans ses rangs presque tous les membres de la première mais, à l'inverse de celle-ci, elle rassemble des sourds et des entendants et devient le lieu de recours des sourds indigents. Ses tâches essentielles sont "le patronage et l'éducation des enfants, le travail et les secours matériels pour les adultes" et sa préoccupation constante la vulgarisation de l'information sur la surdité, l'ignorance de ce qu'elle implique pour les sourds eux-mêmes contribuant à leur marginalisation.

 

Reconnue d'utilité publique le 16 mars 1870, pluraliste dès sa fondation, l'association a conservé son originalité : une collaboration entre les sourds et ceux qui ont avec eux des rapports professionnels, familiaux ou de sympathie. Plus ancienne association encore existante en ce domaine, elle a su s'adapter aux idées nouvelles en restant fidèle à sa vocation initiale : le mieux vivre des sourds dans le respect du droit à la différence.

 

Maryse Bézagu
secrétaire de la Société centrale d'éducation et d'assistance pour les sourds-muets en France