Léon Bourgeois

Paris, 29 mai 1851 - Château d'Oger (Marne), 29 septembre 1927

Avocat républicain, préfet, député de la Marne, ministre dès son entrée en politique, président du Conseil en 1895-1896, co-président du congrès de fondation du parti radical en 1901, Léon Bourgeois est l'archétype de ces radicaux de gouvernement de la fin du XIXe siècle qui vont tenter de mettre en œuvre et de théoriser un réformisme graduel permettant de transformer la société sans la bouleverser et d'étendre la civilisation aux comportements sociaux et internationaux.

Léon Bourgeois a donné au radicalisme sa doctrine sociale en publiant, en 1896, Solidarité, dans lequel il propose une voie médiane entre le collectivisme et l'individualisme, le " solidarisme ". Il y expose l'idée selon laquelle, chaque individu, totalement libre, est cependant lié à la chaîne des générations qui le précèdent comme à la société dans laquelle il vit, qui lui ont apporté le progrès accumulé au cours des siècles et lui permettent de bénéficier du travail de ses contemporains. En contre-partie, il doit acquitter sa part de ce " quasi-contrat " en acceptant de remplir le " devoir social " que l'État est en droit d'exiger de lui, au nom de la société, par exemple sous la forme du paiement de l'impôt, qui permettra d'aider les plus démunis.

Au début du XXe siècle, Léon Bourgeois se consacre à la défense de la paix par l'arbitrage et l'entente entre nations. Délégué aux conférences internationales de La Haye, il y défend l'idée d'un droit international, appliqué par un tribunal souverain et préconise dans un ouvrage de 1906 (Pour une société des nations), la formation d'une organisation des nations civilisées du globe. À ce titre, il deviendra le premier président de la Société des nations (SDN), en dépit des doutes qu'il exprime sur la faiblesse de ses moyens d'action, alors qu'il aurait souhaité qu'elle soit dotée d'une véritable force armée.

Oublié par l'histoire, souvent plus sensible aux porteurs d'un grand dessein, fût-il utopique, Léon Bourgeois reste un des honnêtes artisans de l'effort des Républicains de gouvernement pour faire passer dans la pratique les promesses de progrès de la culture républicaine.

 

Serge Berstein
professeur à l'Institut d'études politiques de Paris