Fondation de l'Académie de marine

30 juillet 1752

Bigot de Morogues, un des fondateurs de l'Académie
© Musée national de la Marine

© Musée national de la Marine

Au cours du deuxième tiers du XVIIIe siècle, la marine royale se lança, sous l'impulsion de son secrétaire d'État, le comte de Maurepas, dans la recherche scientifique touchant à tous les domaines des sciences liées à la navigation. Ce mouvement fut à l'origine de la création de l'Académie de marine, laquelle, comme l'Académie française, fut le fait d'une initiative privée. Vers 1750, un groupe d'officiers de marine animé par le capitaine de vaisseau Bigot de Morogues, prit l'initiative d'organiser à Brest des réunions au cours desquelles seraient étudiées les questions les plus diverses intéressant la navigation. Par lettres patentes du 30 juillet 1752, Louis XV reconnut l'utilité de cette initiative et créa l'Académie de marine en lui donnant un règlement. Après un début encourageant, la guerre de Sept ans, en dispersant ses membres, interrompit les travaux qui ne reprirent qu'après la paix de 1763. Le 24 avril 1769, de nouvelles lettres patentes confirmaient l'existence de cette Académie royale de marine en lui donnant une nouvelle constitution.

Jusqu'à sa suppression par la Convention le 8 août 1793, cette compagnie groupa l'élite pensante de la marine. 178 personnes y furent admises à titre de membres ordinaires, associés, correspondants, adjoints ou honoraires. On y vit siéger des officiers de vaisseau et d'administration, des ingénieurs, des hydrographes, des mathématiciens, des astronomes, des médecins qui se réunissaient régulièrement à Brest pour entendre des communications de nature uniquement scientifique de sorte que le cénacle brestois passa quelquefois pour une antichambre de l'Académie des sciences. Parmi ses membres les plus notables, on peut citer Bougainville, Borda, Fleurieu, l'abbé Rochon, les ingénieurs Groignard, Sané, les hydrographes Chabert, Bory, Verdun de la Crenne, le dessinateur et peintre Ozanne.

Supprimée, comme toutes les académies en 1793, l'Académie de marine subit un sort différent de celui des autres sociétés savantes, promptement reconstituées pour former l'Institut de France. La loi du 25 juin 1795 créa sous le nom de Bureau des longitudes une sorte de substitut à l'Académie défunte mais sa mission se bornait à étudier les questions d'astronomie nautique et de magnétisme. De nombreux officiers de marine y siégèrent au XIXe siècle. Deux tentatives de reconstitution d'une véritable Académie de marine, sous le Consulat, puis au début de la Restauration, n'aboutirent pas.

Il fallut attendre 1921 pour que, sous l'impulsion des ministres de la Marine Georges Leygues et Adolphe Landry, une nouvelle Académie fut enfin recréée dans un esprit beaucoup plus large que son ancienne puisque toutes les activités maritimes y étaient représentées. Reconnue établissement public d'État par la loi du 19 décembre 1926, l'Académie de marine comprend aujourd'hui six sections réunissant 11 membres titulaires et 4 membres correspondants : marine militaire, marine marchande et plaisance, sciences et techniques, navigation et océanologie, histoire, lettres et arts, droits et économie. Elle accueille également des membres associés étrangers.

 

Étienne Taillemite
inspecteur général des archives de France (E.R.)
membre de l'Académie de marine

Source : Recueil des commémorations 2002