Eugène, Émile, Paul Grindel, dit Paul Éluard

Saint-Denis, 14 décembre 1895 - Paris, 18 novembre 1952

Paul Éluard chez lui
Anonyme Saint-Denis
Musée d'art et d'histoire
© Saint-Denis / Irène Andréani

Un lyrique de l'Amour, de la Nature et de la Révolte. Issu d'une double lignée de misère - des laboureurs du Perche, des ouvriers de Normandie -, Éluard fut toute sa vie un homme de compassion, tourmenté d'une fureur impuissante devant le scandale d'une société qui voue la majorité des hommes à l'indigence et au silence des exploités. Son père, lotisseur enrichi, le destinait à une carrière bourgeoise. A seize ans, la tuberculose condamna l'adolescent à deux ans de sanatorium en Suisse. Il y rencontra une adolescente russe, Gala, troublante, exaltée, cultivée. La passion ne tarde pas. Une boulimie de lectures d'autodidacte confirme Paul dans sa vocation : il sera poète, et rien d'autre. Il fera danser et chanter la parole limpide, il sera la voix de ceux qui n'ont pas de voix. En 1914, il fut affecté au service auxiliaire, puis envoyé sur le front comme infirmier et confronté à ses terribles hécatombes. Gala, de Russie, le rejoint, l'épouse. Démobilisé, Éluard se lie à d'autres jeunes rebelles traumatisés par la guerre : Breton, Aragon, Tzara… Le dadaïsme démonétise par la dérision le langage périmé des dominants, le surréalisme révolutionne le langage par le recours à l'inconscient et aux rêves. Il trouve un modèle dans la liberté des peintres, en particulier Max Ernst, frère d'adoption. Dali lui prendra Gala, mais l'amour renaîtra avec l'adorable Nusch.

Scindé entre un pessimisme mélancolique récurrent qui le pousse à l'alcool, aux fugues, aux tentations suicidaires, et une rage d'agir pour changer la vie, il écrit des poèmes accablés ou aériens, qui oscillent entre la désespérance noire et la beauté des choses, la lumière de l'utopie collective (le communisme à partir de 1935) ou personnelle (Gala idéalisée en déesse salvatrice, une petite communauté fraternelle qui abolit la monogamie et préfigure l'Eden futur).

Militant antifasciste pendant la guerre d'Espagne, il rejoint la résistance intellectuelle sous l'Occupation. Ses poèmes clandestins le rendent célèbre. Après l'euphorie de la Libération, il milite au P.C.F. La mort brutale de Nusch en 1946 le plonge dans un deuil suicidaire. Les camarades du parti le veillent, et une fidélité naïve aux martyrs idéalistes occulte à ses yeux les monstruosités flagrantes du stalinisme. Une angine de poitrine l'emporte à l'heure où ses contradictions devenaient insoutenables.

 

Jean-Charles Gateau
Professeur émérite à l'université Stendhal de Grenoble

Source : Recueil des commémorations 2002