Jean Gabin

Paris, 17 mai 1904 - Neuilly-sur-Seine, 15 novembre 1976
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En avril 1954, deux ans après la Minute de vérité de Jean Delannoy où Jean Gabin et moi étions une dernière fois un couple au cinéma, j’étais présente à la cérémonie rendant hommage aux vingt-cinq ans de carrière de mon partenaire. J’applaudis alors de bon cœur Jacques Prévert qui le remerciait d’avoir aidé le cinéma parlant « à dire ses pauvres rêves fastueux et vivants ».

 

Les anthologies en témoignent : en 46 ans et près de 100 rôles du légionnaire au capitaine Maréchal, Jean Gabin – voyou ou commissaire Maigret, banquier ou président du Conseil des Ministres –, a su devenir l’acteur français le plus célèbre de son époque.

 

Né à Paris, fils d’une chanteuse de caf’conc et d’un chanteur d’opérettes, AlexisJean Gabin Moncorgé connaît son premier succès dans une revue du Moulin Rouge avec Mistinguett. De 1931 à 1935, il tourne vingt films de Chacun sa chance à La Bandera. Devenu vedette, en cinq ans et onze films, il tourne neuf succès devenus des classiques : La belle équipe et Pépé le Moko avec Julien Duvivier ; Quai des Brumes et Le jour se lève avec Marcel Carné ; Gueule d’amour et Remorques avec Jean Grémillon ; les Bas Fonds, la Grande Illusion, la Bête Humaine avec Jean Renoir.

 

En 1943, son engagement dans les Forces françaises libres en fait le plus vieux chef de char de la 2e D.B. mais une éclipse suit l’échec de son film avec Marlène Dietrich en 1946. Il investit dans des activités d’éleveur en 1952 avant de retrouver la faveur du public en 1954 avec Touchez pas au grisbi de Jacques Becker et French Cancan de Jean Renoir. Ensuite, souvent servi par des dialogues de Michel Audiard et des réalisations de Gilles Grangier ou Henri Verneuil, il est la vedette de quarante-sept films.


Malgré la « nouvelle vague », il est très admiré pour ses interprétations dans La traversée de Paris et Les Misérables avec Bourvil, Un singe en hiver avec Belmondo, Le chat avec Simone Signoret – un des dix films qu’il co-produit. En 1976, année de sa disparition, il rencontre toujours le succès dans L’année sainte aux côtés de Jean-Claude Brialy et de Danièle Darrieux.

 

Jean et moi avons formé un couple bourgeois de cinéma en 1952, sur des dialogues d’Henri Jeanson ; mais le public s’est attaché surtout aux destins que nous avons incarnés en 1938 sur le Quai des Brumes puis sur Le récif de corail de Maurice Gleize et, en 1939, dans Remorques. Malgré nos personnages tragiques, des générations de spectateurs ont de nous deux une vision de lumière. De Jean Gabin, être tout d’une pièce, facilement bourru mais toujours juste, je garde le souvenir d’un sentimental gai et tendre. À côté des répliques « atmosphériques » Arletty-Jouvet, notre dialogue continue de résonner avec l’intensité qui fut captée en 1938 :

 

« – t’as de beaux yeux tu sais !
– Embrassez moi…
»

 

Michèle Morgan
artiste dramatique