Félicité de La Mennais, ou Lamennais

Saint-Malo, 19 juillet 1782 - Paris, 27 février 1854

Singulier destin que celui de ce petit prêtre breton qui se fit le défenseur le plus ardent du pouvoir du Pape et dont deux encycliques condamnèrent les écrits et les idées, qui, sans détenir de position du pouvoir ni de statut officiel, eut sur son temps une influence exceptionnelle et qui, après avoir été admiré des plus illustres de ses contemporains, mourut dans le dénuement et la solitude.

Trois dates jalonnent son itinéraire philosophique et religieux :

1817 : publication de son Essai sur l’indifférence en matière religieuse, qui le rendit célèbre d’un jour à l’autre ; c’est le manifeste de l’ultramontanisme et de l’intransigeantisme catholique.

1830 : La Mennais lance le journal l’Avenir, dont la devise Dieu et liberté affirme en manchette l’espoir de refonder la société sur l’alliance de l’Église et du peuple.

1834 : avec les Paroles d’un croyant qui rencontrent un immense succès, il rompt avec Rome et reporte ses espérances sur la République et la démocratie.

Trois engagements successifs, précurseurs de mouvements d’idées philosophiques et politiques appelés à traverser le siècle.

Trois systèmes de pensée fort dissemblables et qui expriment pourtant une même recherche anxieuse d’un principe d’unité. Cette exigence inspire aussi bien sa philosophie du sens commun qui oppose à Descartes et aux méfaits de l’individualisme les certitudes du consentement universel, que sa philosophie sociale qui croit avoir trouvé le fondement de la société tour à tour dans la référence au Pontife romain, à la liberté et à la souveraineté du peuple.

Le rayonnement de sa pensée a été grandement servi par une écriture ardente, une argumentation pressante, une passion polémique, qui lui ont valu, avec une très vaste audience, l’admiration des écrivains ses contemporains et qui lui assignent une place éminente dans la littérature romantique. Si La Mennais n’est plus lu aujourd’hui, sauf peut-être pour sa correspondance, les idées qu’il a semées à profusion lui ont survécu : certaines continuent d’inspirer la politique et son nom reste une référence.

 

René Rémond
de l’Académie française
président de la Fondation nationale des sciences politiques
président du Conseil supérieur des archives

 

1. En 1835, il substitue à la graphie nobiliaire de son patronyme une transcription routière pour manifester sa conversion à la démocratie