Page d'histoire : Ignace, Henri, Jean-Théodore Fantin-Latour Grenoble, 14 janvier 1836 - Buré (Orne), 25 août 1904

Portrait extrait de l’album de portraits
de Fantin-Latour et de sa famille
© cliché Bibliothèque nationale de France

Coin de table (de gauche à droite : P. Verlaine, A. Rimbaud, E. Bonnier, L. Valade, E. Blémont,
J. Aicart, E. d’Hervilly, C. Pelletan)
Henri Fantin-Latour, huile sur toile - 1872
Musée d’Orsay - © RMN / H. Lewandowski

Habitué des discussions du café Guerbois, familier des cercles impressionnistes, Henri Fantin-Latour ne s’inscrit pas dans l’histoire de ce mouvement en dépit d’une volonté de rénovation esthétique partagée et de son admiration pour Manet, rencontré au Louvre en 1857.

L’ambition d’être reconnu au Salon marque la carrière du peintre ; après divers échecs qui le contraignent à exposer avec les refusés en 1863, il présente en 1864 une grande composition, Hommage à Delacroix (Paris, musée d’Orsay). Le sujet est d’actualité : à la mort du maître, l’absence d’hommage officiel avait choqué nombre d’artistes et Fantin traduit à travers ce tableau la vénération que voue la jeune génération au peintre, mais aussi au penseur théoricien. Depuis le début des années 1860, Fantin avait pris ses distances avec le réalisme de Courbet, décisif dans ses années de formation, tout en poursuivant l’idéal de peindre d’après nature mais la critique contemporaine a vu et conspué dans cette œuvre un manifeste de la jeune école réaliste. Pourtant, comme dans les grands portraits collectifs qui sont les jalons de sa carrière – Un atelier aux Batignolles (Salon de 1870, Paris, musée d’Orsay) et Le coin de table (Salon de 1872, Paris, musée d’Orsay), évocation d’un dîner des « Vilains ou Affreux Bonshommes » c’est ici aux maîtres flamands et hollandais que se réfère le peintre, à la tradition du grand portrait de groupe et de corporation de Rembrandt et de Hals. Depuis les années 1860, Fantin peint aussi des natures mortes mais sans obtenir la reconnaissance des amateurs et de la critique -française, qu’il trouvera dans les cercles de la bourgeoisie anglaise. Autour du piano (Salon de 1885, musée d’Orsay) clôt la série des ambitieux portraits de groupe – portraits d’histoire contemporaine. Hommage de Fantin à la musique et à Wagner, dont il avait été parmi les premiers admirateurs en France, ce tableau lui vaut enfin le succès, si longtemps espéré, au Salon et c’est en tant que rénovateur du genre du portrait – portraits intimes ou portraits collectifs – que Fantin a pris sa place dans l’histoire de l’art de la seconde moitié du XIXe siècle.

 

Marie-Pierre Salé
conservateur au musée d’Orsay

Source: Commemorations Collection 2004

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