Élisée Reclus, la terre et les hommes

Sainte-Foy-la Grande, 15 mars 1830 - Thourout (Belgique), 4 juillet 1905

La vie d’Élisée Reclus est un roman : l’école pestalozzienne tenue par sa mère à Orthez, le pensionnat des Frères Moraves à Neuwied près de Cologne, puis l’université de Berlin, Paris brièvement ; l’exil après le coup d’État du 2 décembre : l’Angleterre, les États-Unis, puis la Cordillère de Santa Marta, en Colombie, où il passe deux ans comme colon ; Paris, où, employé aux Guides Joanne qu’éditait alors Hachette, il apprend son métier d’écrivain et de géographe ; la Commune et à nouveau l’exil, cette fois en Suisse ; Paris ; l’installation à Bruxelles en 1894, où il enseigne à l’université nouvelle. Il s’y éteint le 5 juillet 1905.

La célébrité de Reclus tient à cette existence hors du commun et à la manière dont il vit sa foi dans l’Humanité et son engagement anarchiste. C’est cependant à sa production géographique qu’il doit l’essentiel de sa renommée.

L’inspiration lui vient de Carl Ritter, dont il a suivi les cours à Berlin, et de l’Américain George Perkins Marsh, dont il a beaucoup aimé Man and Nature (1864) : en décrivant l’insertion de l’homme sur la Terre, le géographe comprend comment l’Humanité s’est différenciée au contact des milieux dont elle a pris possession ; le progrès rapproche aujourd’hui ses différents rameaux ; les traits de la société de fraternité et de coopération du futur se dessinent.

De son œuvre immense se détachent de merveilleux ouvrages d’initiation, l’Histoire d’un ruisseau (1869), lHistoire d’une montagne (1880), et deux grandes synthèses : La Nouvelle Géographie Universelle (1876-1894, 19 volumes) et L’Homme et la Terre (1905-1908, 6 volumes). La Nouvelle Géographie Universelle offre un panorama accessible au plus grand nombre de la Terre, de la diversité de ses populations et des aménagements qu’elles y ont réalisés.

Certains aspects de l’ouvrage ont vieilli : les longues descriptions de bassins fluviaux et la place faite aux données des recensements appartiennent aux genres alors dominants. Mais Reclus saisit la mutation que les rapports de l’homme à la nature sont en train de subir. « Les voies ferrées changent les attractions », écrit-il : l’Humanité s’affranchit des contraintes que la nature lui a longtemps imposées. Elle doit tirer parti de cette libération pour mieux comprendre l’environnement et le protéger. C’est ce qui fait la modernité de Reclus.

 

Paul Clava
professeur émérite de géographie
université de Paris-Sorbonne