Retour légal du repos hebdomadaire

13 juillet 1906

Travailler six jours, se reposer le septième « le jour du Seigneur » (tel est bien le sens de dominica, d’où vient dimanche), c’est un commandement divin, donc d’Église. Cela allait de soi avant 1789. La domination religieuse fut rapidement secouée pendant la Révolution et même l’Empire, et maladroitement rétablie par la Restauration : la charte de 1814 (qui déclare le catholicisme religion d’État), l’interdiction du divorce, et la loi du 18 novembre 1814 qui rend expressément obligatoire le repos du dimanche.

On comprend que le XIXe siècle libéral et laïque ait voulu changer tout cela et, au temps de Jules Ferry, c’est la victoire : consolidation du régime républicain, école laïque gratuite et obligatoire, rétablissement du divorce… et loi de 1880 qui supprime le caractère obligatoire du repos hebdomadaire. Victoires de principe incontestables.

En fait beaucoup de travailleurs avaient continué à se reposer le dimanche, par coutume multiséculaire. Mais il pouvait exister dans certaines entreprises issues de la révolution industrielle des patrons impérieux, tout puissants, pour qui un jour de travail (ouvrier) de plus par semaine accroissait les profits, et cela arrivait parfois…

La revanche sur le cléricalisme de 1814 pouvait donc servir de prétexte à une aide au patronat industriel ? La République bien républicaine pouvait donc aussi être quelque peu antisociale ? C’est ce dont l’accusaient d’ailleurs, depuis l’origine, anarchistes et socialistes. C’est cette contradiction morale qui va se résoudre, au moins partiellement.

Après 1905 et la séparation spectaculaire de l’Église et de l’État, on ne pouvait plus accuser les républicains au pouvoir (les radicaux Sarrien et Clemenceau) de docilité pour Rome ! Ils purent donc instaurer (ou rétablir, ou commencer à rétablir) le repos hebdomadaire obligatoire pour donner une satisfaction partielle aux mouvements grandissants de la classe ouvrière organisée (SFIO, CGT).

Utile rappel de cette interférence entre luttes sociales et luttes idéologiques qui est si caractéristique de la France d’hier.

 

Maurice Agulhon
professeur honoraire au Collège de France
membre du Haut comité des célébrations nationales