Paul-Emile Victor

Genève, 18 juin 1907 - Bora-Bora, 7 mars 1995

en Terre Adélie au début des années 1960
© coll. part./dr. rés.

Né en 1907, il y a un siècle, PEV - comme l’appellent toujours ceux qui l’ont côtoyé sur le terrain -a pris place dans la courte liste des grands noms français de l’exploration polaire, après Dumont d’Urville et Jean- Baptiste Charcot qui l’embarqua, à 27 ans, pour sa première mission dans l’Arctique.

C’est d’abord l’ethnologue qui vivra en symbiose avec les Eskimos sur la côte est du Groënland, partageant leur mode de vie et s’imprégnant de leur culture. Puis il traversera avec trois compagnons la calotte glaciaire d’Ouest en Est en traîneaux à chiens. Ses activités se poursuivront sous d’autres aspects pendant la Deuxième Guerre mondiale puisqu’il sera chargé par les Américains du sauvetage des pilotes perdus dans l’Arctique.

Conscient de l’importance d’étudier l’inlandsis du Groënland et auréolé par son image d’explorateur auprès du grand public, il va trouver l’appui des milieux politiques pour fonder, en 1947, les Expéditions polaires françaises (EPF). Il en assurera la direction pendant près de trente ans, mettant en place de nouveaux moyens logistiques. Entrepreneur et meneur d’hommes de talent, il saura rassembler les équipes et les fonds qui lui permettront de réaliser ses objectifs.

Tout d’abord au Groënland avec l’organisation de raids, entre 1948 et 1953, et d’une station d’hivernage au centre de la calotte glaciaire. Dès 1957 et pendant plus d’une dizaine d’années, les EPF ont la responsabilité de l’Expédition glaciologique internationale regroupant cinq pays européens.

Au début des années 50, les EPF se tournent aussi vers le grand Sud et implantent une base côtière en terre Adélie. Dans les milieux scientifiques s’organise l’Année géophysique internationale (1957/1958) axée sur l’Antarctique ; les EPF servent de support aux opérations définies par l’Académie des sciences.

En 1976, PEV quitte la direction des EPF mais son action a permis de donner un statut pérenne aux recherches polaires avec la création, en 1992, d’une structure devenue maintenant l’Institut Paul-Émile Victor. Il a ainsi joué un rôle essentiel en ouvrant la voie pour les chercheurs français en quête de découvertes.

PEV a beaucoup écrit et dessiné. Sa renommée lui a valu de nombreuses distinctions. De 1977 jusqu’à sa mort en 1995, il va vivre en Polynésie française, sur le Motu Tane, « l’ îlot de l’Homme », dans le lagon de Bora-Bora, réalisant son second rêve d’adolescent, après celui des « terres glacées ».

 

Claude Lorius
membre de l’Académie des sciences

 

Pour aller plus loin

Le Groenland de Paul-Emile Victor... par l'INA