Carlo Goldoni

Venise, 25 février 1707 - Paris, 6 février 1793

Goldoni a vécu un peu plus de trente ans à Paris. Il y a écrit en français deux pièces pour la Comédie-Française ainsi que ses Mémoires (1787). Il est donc en partie un auteur français.

Mais c’est à son théâtre italien qu’il doit sa célébrité. Dans la préface des Mémoires, il se définit lui-même comme l’« homme singulier qui a visé à la réforme du théâtre de son pays ». De fait, par ses 120 comédies, il a substitué à la commedia dell’arte, ou farce improvisée sur canevas, un théâtre qui n’a pas fini de nous surprendre, et il a su créer une véritable « dramaturgie de Venise ».

C’est en effet dans cette Cité-État qu’il a tenté de réconcilier le théâtre et le monde (ou la réalité dans ses diverses composantes individuelles et sociales) comme il le dit dans sa comédie Le Théâtre comique (1750). Il a conduit sa réforme comme poète salarié de trois théâtres vénitiens successifs (San Samuele, 1734-1743 ; Sant’Angelo, 1748-1753 ; San Luca, 1753-1762), et subi, saison après saison, les assauts polémiques des théâtres concurrents. À Carlo Gozzi qui l’accusait de manquer de culture littéraire et d’inciter la population à se rebeller contre le « joug nécessaire de la subordination », il répondit en 1758 : « La source véritable en images féconde/ Ce sont les vérités que nous livre le monde ».

Pour cette poétique du monde vrai, on l’a appelé le « Molière de l’Italie » à cause de ses nombreux personnages nouveaux, aussi exceptionnels dans leurs contradictions que la Mirandoline de La Locandiera ou la Coraline de La Serva amorosa. On l’a aussi appelé le « Térence de l’Adriatique » à cause de ses comédies de voisinage qui, comme la Trilogie de la villégiature, Le Campiello ou Baroufe à Chioggia, analysent les rapports des hommes entre eux dans leur plaisante et grave singularité.

Les pièces citées, mises en scène par Visconti, Ronconi et Strehler, ont transformé en France l’idée qu’on se faisait de leur auteur, avec le risque pourtant que l’éblouissant Arlequin serviteur de deux maîtres, dû aussi à Strehler, n’identifie durablement Goldoni à une commedia dell’arte ressuscitée.

Pour le bicentenaire de sa mort, l’association Goldoni européen avait cherché, par cinq colloques, cinq numéros spéciaux de revues et la traduction de quarante comédies nouvelles publiées chez quatre éditeurs et présentées en lecture-spectacle, à élargir et à approfondir la connaissance de ce poète de la scène. Sa singularité et sa modernité devraient pouvoir se confirmer à l’occasion du tricentenaire de sa naissance.

 

Ginette Herry
universitaire en retraite
traductrice et essayiste