Wanda Landowska

Varsovie (Pologne), 5 juillet 1879 - Lakeville (Connecticut), 16 août 1959

Wanda Landowska au clavecin, à Paris, 1938
© The Granger Collection NYC/Rue des Archives

À la fin du XIXe siècle, quel avenir pouvait avoir, à Varsovie, une petite fille musicienne douée pour le piano ? Elle deviendrait pianiste jouant le répertoire romantique dans la tradition de Chopin. Wanda Landowska allait être cela mais aussi beaucoup plus. Au cours de ses études musicales, elle avait étudié Jean-Sébastien Bach, joué Mozart et effleuré Rameau. Lorsqu’elle arrive à Paris, en 1900, elle est très intéressée par le travail qui se fait à la Schola Cantorum en direction des compositeurs des XVIIe et XVIIIe siècles. Bientôt la nécessité d’avoir à sa disposition un clavecin s’impose pour mieux servir cette musique ancienne dont elle découvre les trésors. C’est la maison Pleyel qui lui fournit l’instrument dont une des qualités est la robustesse, permettant la réalisation d’une véritable croisade à travers l’Europe pour commencer.

Le talent d’interprète de Wanda Landowska va porter ses fruits. Dès 1903 à Paris elle donne un récital au piano dans lequel elle introduit quelques pièces jouées au clavecin. Il ne fallait pas effaroucher les auditeurs avec un programme entièrement consacré à l’instrument à cordes pincées ! Si Paris est enthousiasmé par cette nouveauté, l’étranger la réclame et l’acclame. L’Italie, l’Espagne, l’Allemagne accueillent cette artiste originale si convaincante. Au cours d’une tournée en Russie, Wanda Landowska rend visite à Léon Tolstoï dans sa maison de lasnaïa Poliana. À son retour en France, elle publie dans une revue un long article relatant l’intérêt que le vieil écrivain avait porté à cette musique. Cet article n’est pas le premier qu’elle écrit car son talent d’écrivain est réel. Il lui sera utile tout au long de sa vie pour présenter les œuvres de son répertoire. En 1909, son livre Musique ancienne est pour beaucoup une révélation et l’objet de polémique, pour quelques rares réfractaires.

Le talent de pédagogue enrichissait encore sa personnalité. Son premier pas dans ce domaine est la création, en 1913 à la Hochschule für Musik de Berlin, d’une classe de clavecin. Après la Première Guerre mondiale, elle donne une série de classes de maître à l’École normale de musique de Paris. Ce genre de manifestation où le public est admis est, à l’époque, une nouveauté.

Sa notoriété la conduit aux États-Unis en 1923. Elle y réalise ses premiers enregistrements, joue avec des chefs d’orchestre prestigieux : Stokowski, Monteux, Rodzinski, Furtwangler. L’aisance financière que lui procure son travail acharné va lui permettre de réaliser son rêve le plus profond : créer un lieu consacré à la musique où concerts, cours publics et même enregistrements cohabiteraient harmonieusement. Une grande propriété située à Saint-Leu-la-Forêt va abriter l’École de musique ancienne. En 1927 est construite dans le jardin une salle de musique dont tous les témoignages vantent le charme, le recueillement autour des concerts, et la qualité du public mêlant écrivains, compositeurs, interprètes, mélomanes, peintres et journalistes. En 1933, l’exécution des Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach est un événement considérable que va couronner l’enregistrement intégral par souscription. La presse unanime loue l’interprète, le cadre et la ferveur des auditeurs qui suivent l’aria et les trente variations sans lassitude, goûtant la clarté du jeu de Wanda Landowska et son enthousiasme.

L’année suivante, la claveciniste propose un florilège de vingt-cinq sonates de Domenico Scarlatti. Là encore l’originalité du programme enchante l’auditoire. La déclaration de guerre en 1939 va interrompre ces activités enchanteresses, et l’invasion des troupes allemandes contraindre la musicienne à se réfugier à Banyuls-sur-Mer, près de son ami Aristide Maillol. Le danger se rapprochant, l’année suivante elle embarque à Lisbonne pour l’Amérique, abandonnant sa maison, sa collection d’instruments anciens, sa bibliothèque. Elle ne reviendra jamais en Europe. Heureusement, elle avait pu partir avec un clavecin ce qui lui permit de se produire à Town Hall en février 1942 avec les Variations Goldberg et de reprendre une activité à New York. L’âge venant, elle préfère dès 1950 profiter de la campagne qu’elle a toujours aimée, en se fixant à Lakeville dans le Connecticut. La firme de disques Victor viendra y faire de nombreux enregistrements que la mort interrompra le 16 août 1959.

Si Wanda Landowska a vécu dans et pour la musique ancienne, elle n’a pas négligé ses contemporains. Georges Auric, Arthur Honegger, Henri Sauguet vinrent à Saint-Leu. Francis Poulenc aussi. Il y trouva même l’inspiration du Concert champêtre, œuvre pour clavecin et orchestre. Manuel de Falla l’avait précédé en dédiant son concerto pour clavecin à Madame Landowska.

 

Daniel Marty
président de l’Association des amis de Wanda Landowska