Alexandre Millerand

Paris, 10 février 1859 - Versailles, 6 avril 1943

Alexandre Millerand, portrait
© Abecasis/Leemage

Député de la Seine de 1885 à 1920, sénateur du même département de l925 à 1927, puis de l’Orne de 1927 à la fin de la IIIe République, ministre du Commerce de 1899 à 1902, des Travaux publics de 1909 à 1910, de la Guerre de 1912 à 1913 et du 26 août 1914 au 29 octobre 1915, commissaire général de la République en Alsace-Lorraine (22 mars 1919-janvier 1920), président du Conseil et ministre des Affaires étrangères du 20 janvier au 23 septembre 1920, président de la République du 24 septembre 1920 au 11 juin 1924, on aurait envie de dire, quelle belle carrière pour cet avocat parisien tenté très tôt par la politique, et pourtant on constate qu’il n’a été ministre que de façon épisodique, qu’appelé au ministère de la Guerre dès la fin du mois d’août 1914, il ne s’y maintient qu’un peu plus d’un an, que président de la République son mandat ne dure qu’un peu moins de quatre ans au lieu de sept, interrompu non par la mort ou par un accident de santé, mais par la démission, ce qui ne s’était jamais vu depuis Mac-Mahon en 1879, qu’il achève son parcours comme sénateur de l’Orne parce que son mandat ne lui a pas été renouvelé dans la Seine en 1927…

Pourquoi en fut-il ainsi ? On peut l’expliquer par une sorte de complexité dans les comportements, par une transgression constante des habitudes. Il débute dans le sillage d’un Clemenceau qui se situe à l’extrême gauche des Républicains, mais rejette le socialisme, et c’est pourtant vers le socialisme qu’il va évoluer. Socialiste convaincu, il repousse les méthodes révolutionnaires, définit à Saint-Mandé en 1896 un programme « réformiste », accepte d’entrer en 1899 dans le gouvernement Waldeck-Rousseau où il voisine avec le général Gallifet « assassin de la Commune ». Et c’est sur cette question de la participation ou non à des gouvernements « bourgeois » qu’il finit par être exclu du mouvement socialiste en 1904.

Homme de gauche, il appartient à la veille de la guerre à la Fédération des Gauches dont le principal objectif est, en opposition violente avec la gauche radicale et socialiste, de maintenir les trois ans de service militaire votés en 1913. Ministre de la Guerre en 1914-1915, il réalise le « tour de force » de réussir la mobilisation industrielle indispensable, mais en couvrant systématiquement les excès de pouvoir du G. Q. G., donc du général Joffre, il provoque contre lui une hostilité très forte à la fois du Parlement et d’autres ministres, qui entraîne son départ du gouvernement. Une fois la guerre terminée, devenu le chef de la droite, il dirige le Bloc national qui gagne les élections de 1919 et le conduit à la présidence de la République mais, contrairement à la tradition républicaine, il s’engage à ce point dans la campagne électorale de 1924 qu’il est obligé de démissionner après la victoire du Cartel des Gauches. Il ne devait plus jouer grand rôle par la suite et était absent lors du vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain en juillet 1940.

Alexandre Millerand fut une des grandes figures de la période médiane de la IIIe République, et il est bien justifié de le rappeler à l’occasion du 150e anniversaire de sa naissance, mais l’ambivalence permanente de ses comportements explique aussi l’absence de filiations.

 

Jean-Jacques Becker
historien,
président du centre de recherche de l’Historial de la Grande Guerre, Péronne