Alain Poher

Ablon-sur-Seine, 17 avril 1909 - Paris, 2 décembre 1996

Alain Poher, nouveau président du Sénat et futur candidat à l’élection
présidentielle de 1969, dans son bureau du Luxembourg à Paris, le 7 octobre 1968
© Rue des Archives/AGIP

Le 2 octobre 1968, le renouvellement des instances du Sénat se déroule dans un contexte particulièrement délicat ; tous les sénateurs, dont la majorité est d’opposition, savent que le général de Gaulle, président de la République, prépare un référendum visant, notamment, à réformer en profondeur la haute Assemblée et craignent que le « oui » l’emporte.

Inconnu du grand public, Alain Poher, d’origine bretonne, devient avec une très large confiance de ses collègues le deuxième personnage de la République.

Chef du cabinet de Robert Schuman, il avait été élu conseiller de la République en 1946. Licencié en droit, diplômé de l’École libre des sciences politiques, ingénieur civil des mines, il était entré au ministère des Finances en qualité de rédacteur. Résistant dès 1941, il avait participé au réseau Libération-Nord et présidé en 1944 le comité de Libération du ministère des Finances. Élu maire d’Ablon en 1945, il le restera jusqu’en 1983.

De 1946 à 1948, il est rapporteur général du budget au Conseil de la République. En 1948, il est nommé secrétaire d’État aux Finances puis au Budget dans les gouvernements Schuman et Queuille. Commissaire général aux affaires allemandes et autrichiennes de 1948 à 1950, il devient délégué de la France et président de l’Autorité internationale de la Ruhr de 1950 à 1952. En 1952, il est réélu sénateur du Mouvement républicain populaire et siège sans interruption au Conseil de la République et au Sénat pendant plus de 40 ans. En 1957-1958, il est secrétaire d’État à la Marine dans le gouvernement de Félix Gaillard, puis devient membre de l’Assemblée parlementaire européenne de 1958 à 1977 ; il y préside le groupe démocrate chrétien de 1959 à 1966, puis l’Assemblée elle-même de 1966 à 1969.

Le 27 avril 1969, le général de Gaulle, qui avait échoué dans la réforme du Sénat, annonce qu’il quitte sa fonction. Le président Alain Poher devient, en application de la constitution, président de la République par intérim. C’est la première alternance politique de la Ve République. Quelques jours plus tard, poussé par plusieurs dirigeants de l’opposition et des sondages encourageants, il accepte de présenter sa candidature à l’élection présidentielle. Au deuxième tour, Georges Pompidou l’emporte.

En 1974, à la mort du président Georges Pompidou, Alain Poher doit revenir à l’Élysée exercer une seconde fois la présidence par intérim. Valéry Giscard d’Estaing est élu président. Alain Poher retourne au Sénat. Président jusqu’en octobre 1992, il reste sénateur du Val-de-Marne jusqu’à la fin de son mandat, en septembre 1995.

Le président Alain Poher qui décède le 9 décembre 1996 aura été successivement conseiller de la République, ministre de la IVe République, président du Parlement européen, président de l’Association des maires de France, sénateur pendant 37 ans, deux fois président de la République par intérim. Reconduit à sept reprises, il aura assuré la présidence du Sénat pendant 24 ans, durée inégalée, à ce jour, à la tête d’une assemblée parlementaire française.

 

Pierre Bordry
conseiller d’État honoraire