Daniel Mayer

Paris, 29 avril 1909 - Orsay, 29 décembre 1996

Daniel Mayer, secrétaire général du parti socialiste, et Léon Blum, chef du gouvernement, lors du congrès de la SFIO (section française de l’internationale ouvrière), le 3 décembre 1946
© Rue des Archives/AGIP

L’âge ne l’avait pas affecté. Le regard était demeuré brillant de malice et de bonté chez le haut dignitaire de la République. En lui survivait le gamin de Paris, le petit gavroche juif du XXe arrondissement. De sa jeunesse dans ce quartier populaire, Daniel Mayer avait toujours conservé la nostalgie. Là, au contact des ateliers et des artisans, souvent d’origine étrangère, il avait mesuré la dure condition ouvrière de l’époque. À 18 ans, il avait rejoint les jeunesses socialistes. Le socialisme pour lui n’était pas qu’un choix politique. Il se nourrissait d’une passion de la justice ou, plus précisément, du refus de toutes les injustices, qu’elles soient sociales, économiques, ou judiciaires.

Comme son maître Léon Blum qu’il n’a cessé de révérer, Daniel Mayer servit avec la même conviction la cause du socialisme et celle de la liberté. Il avait combattu les accords de Munich et dénoncé ceux qui avaient voté en juillet 40 à Vichy les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Courageux comme peu d’hommes le furent dans les années noires de l’Occupation, Daniel Mayer, avec son épouse, joua un grand rôle dans la Résistance. Il anima les réseaux clandestins socialistes et les représenta au Conseil national de la Résistance. Il fut membre de l’Assemblée consultative et constituante. Après la Libération, il fut le premier artisan de la reconstruction de la SFIO.

Sous la IVe République, constamment élu député socialiste de la Seine, ministre du Travail de 1946 à 1949, il contribua grandement à l’implantation de la Sécurité sociale. Il dénonça les excès odieux de la guerre en Algérie, refusant les pleins pouvoirs au gouvernement auquel son parti collaborait. Comme Pierre Mendès France, sa carrière politique s’acheva avec la IVe République.

Ce combattant inlassable des libertés consacra dès lors son énergie et son talent à défendre la cause des droits de l’homme. Il assuma la présidence de la Ligue des droits de l’homme jusqu’en 1975, puis de la Fédération internationale des droits de l’homme. Le président Mitterrand l’appela à siéger au Conseil supérieur de la magistrature en 1981 et, en février 1983, le nomma à la présidence du Conseil constitutionnel. En février 1986, à la demande de François Mitterrand, il accepta de renoncer à la présidence de cette institution en ma faveur. Je lui garde de cette marque rare d’amitié et d’estime une profonde reconnaissance.

J’ai vécu à ses côtés au Conseil constitutionnel pendant six ans. Tous les membres appréciaient la force de ses convictions républicaines, sa passion de la liberté et, aussi, son humour et sa délicatesse. Il était un modèle et un ami. Et pour tous ceux qui l’ont connu et aimé, Daniel Mayer demeure au Panthéon de leur mémoire.

 

Robert Badinter
ancien ministre de la Justice,
ancien président du Conseil constitutionnel