Gabriel Bonnot de Mably

Grenoble, 14 mars 1709 - Paris, 2 avril 1785

Gabriel Bonnot de Mably
estampe anonyme, XVIIIe siècle
Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon
© RMN/Gérard Blot

De Mably, issu d’une famille de noblesse parlementaire et frère de l’abbé Condillac, Jules Isaac écrivait que « l’on a pu dire qu’il fut le prophète et le conseiller de la Révolution ». La lecture des Droits et devoirs du citoyen, écrits en 1758, plaide en faveur d’un tel jugement. Presque seul parmi les Philosophes du xviiie siècle, Mably envisage la révolution comme une nécessité s’il y a oppression du corps politique. Il revendique le droit à l’insurrection comme droit de résistance à l’oppression, soutenant que c’est bien davantage pour n’avoir pas voulu changer une constitution vicieuse que pour avoir tenté l’aventure de la révolution que des peuples oublieux de leur liberté originelle sont tombés en décadence.

Il développe, par la suite, les éléments d’un républicanisme entendu comme gouvernement tempéré, garant de la liberté des citoyens, opposé à la fois aux excès du despotisme et aux vertiges de l’anarchie. Une anarchie qui toutefois, lorsqu’elle s’écrit « gouvernement féodal », échappe à l’opprobre en ce qu’elle porte en elle les prémices du gouvernement représentatif et de la souveraineté de la nation. Aussi Mably louera-t-il en Charlemagne, dans ses Observations sur l’histoire de France de 1764, le régulateur royal de cette anarchie, mais seulement parce qu’il a su respecter les libertés franques dans la tenue régulière des « champs de mai ». Ce républicanisme inspire en partie Billaud-Varenne lorsqu’il rédige son pamphlet anti-monarchique de 1791, L’Acéphocratie, et qu’il reprend l’idée d’un républicanisme primitif du royaume de France énoncée déjà dans les Observations de 1764. Mably donnera une tournure concrète à ses réflexions, en réponse aux sollicitations des confédérés de Bar, lorsqu’il publiera Du gouvernement et des lois de la Pologne en 1771, cherchant, avec Rousseau, les solutions de la survie de cette monarchie républicaine et anarchique.

Il s’attache, enfin, à étendre ses conceptions égalitaires à l’ordre économique et social. Ses Doutes proposés aux économistes sur l’ordre naturel et essentiel des sociétés politiques (1768) exposent un libéralisme égalitaire contestant le caractère « naturel » du droit de propriété matérielle, affirmé par les physiocrates, au contraire du droit de propriété de soi qui est la liberté du droit naturel moderne. Une leçon que Robespierre et les Montagnards n’oublieront pas en 1793.

Jules Isaac n’avait sans doute pas tort de souligner que « l’on trouvait même dans Mably des conseils précis sur la manière de passer de la théorie à la pratique ». Une manière de rappeler que la philosophie politique du XVIIIe siècle n’était pas pure spéculation, métaphysique sociale indifférente à toute considération pragmatique.

 

Marc Deleplace
EA 2616-CERHIC
université de Reims Champagne-Ardenne
IUFM Champagne-Ardenne