L'Origine des espèces, de Charles Darwin (1809-1882)

1859

Portrait de Charles Darwin
par George Richmond
Kent, Down House
© Bridgeman-Giraudon

Charles Robert Darwin est né dans le Shropshire (Angleterre) le 12 février 1809 et mort le 19 avril 1882 dans sa maison de Downe. Son père, Robert Darwin, était lui-même le fils d’Erasmus Darwin, médecin, naturaliste et homme de lettres souvent cité pour avoir soutenu dès 1796 que les espèces vivantes se transforment et dérivent les unes des autres.

Après deux ans d’études de médecine à Édimbourg, Darwin renonce, ne supportant pas la vue du sang. Son père l’envoie alors à Cambridge en vue de devenir pasteur. Ce sont cependant les plantes et les animaux qui intéressent le jeune homme. En 1831, il s’embarque sur le Beagle, navire d’exploration sur lequel il voyagera pendant cinq ans, en qualité non de naturaliste officiel du Beagle, mais de gentleman de compagnie de Fitz Roy, propriétaire et capitaine du bateau. Les observations géologiques et biologiques du jeune Darwin le rendront cependant vite célèbre, d’un point de vue scientifique aussi bien que littéraire : le Journal de voyage du Beagle (1845) est vite devenu un classique.

De retour en Angleterre, Darwin griffonne les fameux carnets de notes qui, de 1836 à 1844, esquissent la majorité des sujets qui feront sa célébrité. On y observe en particulier la genèse de l’hypothèse de sélection naturelle. En 1842 et 1844, la théorie de la modification des espèces par sélection naturelle est assez élaborée pour donner lieu à deux essais de respectivement 35 et 240 pages. Darwin attendra cependant 1859 pour rendre publique sa théorie dans L’Origine des espèces. Le succès du livre sera immédiat : les 1 250 exemplaires de la première édition furent vendus le jour même de la sortie de l’ouvrage. Le mérite de ce texte réside dans l’ampleur de l’argumentation qui y est déployée. Darwin examine d’abord les faits qui militent en faveur de l’existence de la sélection naturelle (variation des espèces à l’état domestique et sauvage, analogie avec la sélection artificielle, hérédité), puis il montre que cette hypothèse explique mieux que toute autre des classes de faits indépendantes : adaptations morphologiques et instinctuelles, distribution géographique des espèces, allure de la documentation fossile, divergence et extinction des espèces, caractères rudimentaires, classification, etc. La sélection naturelle est ainsi une hypothèse dont la valeur est d’unifier et expliquer, à la manière dont l’hypothèse de gravitation universelle de Newton unifiait et expliquait de vastes ensembles de faits physiques. Darwin n’a jamais caché son ambition d’être le Newton de la biologie. Et c’est bien ainsi que l’Angleterre lui rendit hommage à sa mort. Il est enterré à Westminster Abbey aux côtés de Newton.

Si l’évolution par sélection naturelle est le premier titre de gloire de Darwin, l’inventivité de ce savant fut prodigieuse. Des récifs coralliens aux cirripèdes, aux orchidées, aux plantes grimpantes, aux plantes insectivores et aux vers de terre, il a été à l’origine de nombreux secteurs de l’histoire naturelle moderne. On lui doit aussi des contributions capitales au sujet de l’homme : le livre La Filiation de l’homme (1871) a constitué la première grande tentative pour expliquer la genèse des facultés intellectuelles et morales sur la base de la sélection naturelle. L’ouvrage sur L’Expression des émotions chez les animaux et chez l’homme, quoiqu’il ait beaucoup vieilli, a été une référence pour l’éthologie moderne. Enfin le court article « A biographical sketch of an infant » (1877), étude réalisée par Darwin sur l’un de ses dix enfants, est traditionnellement vu comme le point de départ de la psychologie du développement.

Bien que Darwin ait mené une vie recluse après 1836, il ne fut point un savant isolé. Sa vision de l’évolution n’est pas sortie de rien. Elle a été longuement préparée par de nombreux savants depuis la fin du XVIIIe siècle (notamment Lamarck). L’apport propre de Darwin a été de transformer en paradigme de travail une multitude d’intuitions et d’observations. Par ailleurs, bien qu’il fût assez fortuné pour ne pas avoir à travailler, Darwin a mobilisé tout au long de sa vie une quantité prodigieuse de correspondants qui lui ont apporté une masse d’observations, et avec lesquels il n’a cessé de dialoguer, comme en témoigne une correspondance d’environ 14 000 lettres (cette correspondance fait d’ailleurs de Darwin le savant dont la biographie est sans doute la mieux connue).

Darwin est sans doute avec Shakespeare et Newton le personnage le plus admiré des Anglais. Quant à sa popularité dans le monde, elle tient à ce que le genre de science qu’il a pratiquée a eu des effets considérables sur la philosophie et sur la religion.

En conclusion, on ne manquera pas de souligner une remarquable coïncidence chronologique : 2009 est le bicentenaire de la naissance de Darwin, mais aussi le bicentenaire de la publication de la Philosophie zoologique de Lamarck, et le cent cinquantième anniversaire de L’Origine des espèces.

 

Jean Gayon
professeur à l’université Paris 1-Panthéon Sorbonne


Programme des manifestations

Édition

Jean-Claude Ameisen : Dans la lumière et les ombres. Darwin et le bouleversement du monde. Éd. Fayard, coll. Documents ; 504 p. ; 23 € ; parution octobre 2008.

 

Ile-de-France Paris (75)

Exposition « Darwin en son temps ». Muséum d’histoire naturelle ; Cabinet d’histoire du Jardin des Plantes, 57, rue Cuvier – 75005 Paris ; tél. : 01.40.79.30.00.

 

15-16 octobre 2009
Colloque de rentrée du Collège de France : « Darwin a deux cents ans ». Parmi les thèmes abordés : histoire de l’évolutionnisme ; hominisation et humanisation ; comment penser le post-humain ; Darwin en littérature ; etc. Comité scientifique : J.P. Changeux, A. Compagnon, M. Delmas-Marty, A. Prochiantz.
Collège de France (amphithéâtre Marguerite de Navarre), 11, place Marcelin-Berthelot – 75005 Paris ; tél. : 01.44.27.11.47 ; college-de-france.fr.
Entrée libre, sans inscription, dans la limite des places disponibles.