Pierre Janet

Paris, 30 mai 1859 - Paris, 27 février 1947

Pierre Janet écrivant à son bureau
Paris, Institut Pierre Janet
© Institut Pierre Janet/dr. rés.

Philosophe, psychologue et médecin, Pierre Janet fut très jeune reconnu comme une figure majeure de la psychologie de son temps. En 1890, les avancées qu’ouvrent ses travaux sur l’hystérie lui valent du grand neurologue Charcot la direction d’un laboratoire à l’hôpital de la Salpêtrière (Paris), avant même qu’il ne soit médecin. Fondateur et premier président de la Société française de psychologie en 1901, professeur au Collège de France de 1902 à 1934, co-fondateur du Journal de psychologie normale et pathologique en 1903, membre de l’Institut en 1923, président en 1929 de la prestigieuse Société médico-psychologique, sa brillante carrière – tout aussi internationale – reflète la profonde originalité de près de 60 ans de contribution à la psychologie, toujours dans le cadre rigoureux de la recherche expérimentale publiée et évaluée. Ami et correspondant des principaux penseurs de son temps, comme Henri Bergson ou William James, Janet inspira profondément la génération suivante : Piaget, Piéron, Wallon, Delay, Ey ou Baruk…

Que Janet soit resté simple chercheur sans fonder d’association ou d’école hors laboratoire, assura une durable légitimité de ses travaux… tout en précipitant son oubli : dès l’après-guerre, le tournant cognitif de la psychologie et l’avènement des psychotropes en psychiatrie (sans oublier, dans ce domaine, la vogue d’approches non expérimentales et non évaluées), étouffa sa « psychologie des conduites ». Discrètement soutenu, néanmoins, par les voix isolées du psychiatre et historien H. Ellenberger, du philosophe et clinicien C. Prévost, de la Société médico-psychologique et d’une Société Pierre Janet à vocation éditoriale, il faut attendre les années 1980 pour que les États-Unis redécouvrent sa modélisation de la dissociation. L’histoire s’accélère alors, le manuel psychiatrique international (DSM) intègre ses résultats sous le label « troubles dissociatifs », des sociétés internationales éclosent autour de ces troubles, lesquelles finalement, à partir des années 1990, assureront le « retour en Europe » du grand psychologue… la France restant, paradoxalement, l’une des moins réceptives.

C’est néanmoins en France qu’est fondé en 2004 l’Institut Pierre Janet qui a vocation à développer et coordonner ces initiatives « janétiennes » internationales jusqu’alors isolées ou centrées sur la dissociation. La pensée de Janet retrouve donc en ce moment l’audience que mérite sa vive actualité au-delà de la psychopathologie : expérimentateur spécialiste du rapport des actes aux paroles, des actions aux émotions, des cognitions aux facteurs « dynamiques » (rôle de la force et de la fatigue), Janet promet de fructueuses collaborations, au laboratoire, entre notre psychologie cognitive et cette « psychologie dynamique », un temps oubliée de la recherche, qu’il avait portée à son plus haut achèvement. Gageons que nous saurons lui rendre un bel hommage – particulièrement en France – en cette année 2009 qui célèbrera son cent cinquantième anniversaire.

 

Isabelle Saillot
présidente de l’Institut Pierre Janet