Autres anniversaires signalés en 2009

 

Proposer, chaque année, une liste de « célébrations nationales » oblige à faire des choix, souvent difficiles, afin de mettre l’accent sur les faits majeurs propres à éclairer la réflexion contemporaine et sur des personnalités, des œuvres, des événements, qui paraissent devoir être mis particulièrement en valeur comme les repères d’une mémoire nationale. Mais d’autres anniversaires, dont la notoriété n’est pas forcément moindre, ont aussi, pour certains d’entre nous, une valeur affective, pour tous une portée éducative. Cette rubrique en signale quelques-uns, qui font incontestablement partie de notre culture, de notre histoire et de notre patrimoine.

 

Les notices de cette rubrique ont pour auteurs Arlette Grimot, Patrick Micaud aidés ponctuellement par Danièle Neirinck.

 

Vie politique et institutions

 

Vitré
~ 1000 – 1009

« Vitré, dont l’accent aigu losangeait de bois noir le vitrage ancien,… » évoquée par Proust, admirée par Flaubert pour la richesse de son patrimoine médiéval, décrite par Mme de Sévigné et par Balzac au 1er chapitre des Chouans, Vitré célèbre le millénaire de sa fondation. En effet, si des vestiges permettent de penser que le site fut occupé dès le néolithique, et si on retrouve les traces d’un castrum romain, c’est aux toutes premières années du XIe siècle – date à laquelle un château en bois, détruit depuis par des incendies, est construit sur la colline Sainte-Croix – que la ville prend son essor par la fusion avec les villages avoisinants, pour atteindre son apogée aux XVe et XVIe siècles. La ville a conservé intact le patrimoine architectural de cette époque (châteaux, remparts, vieilles rues,…) où elle fut l’une des plus importantes et puissantes cités de Bretagne. Surnommée « plus beau détour de France », elle a reçu en 1999 le label « ville d’art et d’histoire ».

 

Le sac de Béziers (1)
22 juillet 1209

Considérée comme le point faible des cités où s’abritent les Cathares, Béziers est la cible que privilégie Arnaud-Amalric, abbé de Cîteaux, légat du pape, à qui Philippe Auguste a confié la direction de la croisade. Les Biterrois refusent de livrer leurs concitoyens « hérétiques » et savent la ville suffisamment pourvue pour soutenir un siège qui, s’il se prolonge, peut entraîner la désintégration de l’armée croisée. Mais une sortie malencontreuse permet à celle-ci d’entrer. Outre les habituelles scènes de rapines, s’en suit un massacre qui a marqué les mémoires d’une empreinte indélébile par son ampleur (quelque 22 000 victimes, une population presque entière éradiquée) et, surtout, par la phrase, sans doute apocryphe mais symptomatique, prêtée – mais, dit-on, on ne prête qu’aux riches – à Arnaud-Amalric : «Tuez-les tous ! Dieu reconnaîtra les siens » restée la parfaite illustration de la cruauté de l’intolérance.

1. Cf. Célébrations nationales 2008 p. 22-24

 

Guillaume de Donjon
Nevers, 1120  -
Bourges, 10 janvier 1209

Issu des anciens comtes de Nevers, il renonce au monde, se consacre à l’étude et suit sa vocation monastique. Abbé de Chaalis, nommé évêque de Bourges le 23 novembre 1199, il s’attache à concilier les exercices de piété avec les responsabilités de sa charge, affirmant : « tel pasteur, telles brebis ». Si on peut ne pas adhérer à son soutien à la croisade des Albigeois, sa ferveur et son dévouement restent exemplaires. La postérité lui doit surtout d’avoir pris une part active à l’iconographie de la cathédrale Saint-Étienne de Bourges (sculptures et vitraux), œuvrant avec des théologiens qui maîtrisaient autant les écrits chrétiens que les sources hébraïques pour illustrer les enjeux doctrinaux du tournant du XIIIe siècle.
Il meurt peu après avoir participé aux fêtes de Noël 1208 dans un froid glacial et Innocent III le canonise dès 1217.

 

L’évêque de Strasbourg prend possession du château du Haut-Koenigsbourg
1359

Forteresse marquée par des avatars qui en font un lieu de mémoire pour l’Europe entière, sa construction aurait été décidée par Frédéric II Barberousse sur une terre ne lui appartenant pas car donnée par Charlemagne à un prieuré relevant de l’abbaye de Saint-Denis. Par la suite fief des ducs de Lorraine, il est confié aux landgraves de Werd jusqu’en 1359, date à laquelle les héritiers vendent leur seigneurie au duc d’Alsace, qui la revend à l’évêque de Strasbourg. Au fil des siècles et des conflits, le Haut-Koenigsbourg, clef et verrou de la région, sorte de Château-Gaillard de l’Est, passe des évêques de Strasbourg aux électeurs palatins, puis aux Habsbourg, à la Suède lors de la guerre de Trente ans, à la France sous Louis XIV. Classé monument historique en 1862, il devient en 1865 propriété de la ville de Sélestat qui l’offre à Guillaume II en 1899. Le traité de Versailles (1919) le rend à la France.

 

Henri II
Saint-Germain-en-Laye,
31 mars 1519 – Paris, 10 juillet 1559

Fils de François 1er et de Claude de France, Henri II épousa Catherine de Médicis en 1533 et devint roi de France en 1547.
Son règne est marqué par la continuité avec la politique menée par son père. À l’extérieur, il poursuit les guerres d’Italie mais réussit à reprendre aux Anglais les villes de Boulogne et de Calais, dernières possessions anglaises sur le territoire français. À l’intérieur, il durcit la lutte contre les protestants.
Le nom d’Henri II reste attaché à celui de deux femmes, son épouse Catherine de Médicis, qui lui succéda en qualité de Régente, et Diane de Poitiers qui l’accompagna durant toute sa vie. Elle fut son éducatrice, sa maîtresse et sa beauté inspira les grands artistes de l’époque.
Blessé à l’œil par un coup de lance lors du tournoi organisé le 30 juin 1559 en l’honneur du mariage de sa fille, il meurt dix jours plus tard.

Voir aussi les notices sur l'Europe dans la tourmente et sur Jean Calvin

 

1er synode des Églises réformées de France
25 – 29 mai 1559

Depuis les années 1530, ceux qui vivent leur foi dans le sillage Luther et de Calvin (1) se réunissent dans une semi-clandestinité pour lire la Bible et prier. Souhaitant une organisation plus précise, Calvin, de Genève, envoie en 1555 un pasteur à Poitiers, où il s’était fixé quelque temps en 1534. Juristes et membres de l’Église réformée de Poitiers en élaborent les « articles politiques ». Fin 1558, une assemblée de pasteurs y décide la tenue du 1er synode national des Églises réformées de France, qui se réunit clandestinement à Paris du 25 au 29 mai 1559. L’assemblée vote une confession de foi de 40 articles rédigés sous l’inspiration de Calvin, ratifiée en 1571 lors du synode de La Rochelle, et une « discipline » qui régit l’organisation commune des Églises réformées et leurs rapports entre elles. Institution originale adaptée au caractère disséminé des Églises réformées de France, le dernier synode officiel se tint en 1659.

 (1) Voir la notice sur Jean Calvin

 

Gabriel Nicolas de La Reynie
Limoges, 1625 – Paris, 1709

Gabriel Nicolas de La Reynie débuta sa carrière comme magistrat à Angoulême puis à Bordeaux. Il y rencontra le duc d’Épernon, gouverneur de Guyenne, dont il devint l’intendant et qui le fit connaître à la Cour.
Colbert, en 1667, lui demanda d’être le premier lieutenant de police de Paris, fonction créée pour rétablir l’autorité royale dans la capitale, la police relevant jusqu’alors du parlement de Paris. Il fut chargé de réorganiser la police parisienne afin de la rendre plus efficace et investi pour cela d’un large pouvoir administratif et judiciaire.
Nicolas de La Reynie occupa cette fonction pendant trente ans et y réussit pleinement. On lui doit l’installation du premier éclairage public à Paris, de nouvelles réglementations de la circulation et du stationnement ainsi que le début du pavage des rues.

 

Jacques Cathelineau
Pin-en-Mauges, 5 janvier 1759 - Saint-Florent-le-Vieil, 14 juillet 1793

Fils d’un maçon et lui-même simple colporteur, Jacques Cathelineau fut l’un des chefs de l’insurrection vendéenne. Refusant la constitution civile du clergé et la conscription des jeunes vendéens qui suivit le décret de la Convention du 24 février 1793 ordonnant la levée en masse, Cathelineau réunit le 12 mars une trentaine de parents et amis et les appela au combat contre les républicains. Il s’empara rapidement de Jallais, Chemillé et Cholet. Ces succès lui permirent de réunir une troupe de 3 000 hommes avec laquelle il reprit Fontenay, Thouars et Saumur. Nommé « généralissime de l’armée catholique et royale » par l’assemblée des chefs vendéens, il prit Angers le 23 juin et il se dirigea vers Nantes. Il entra dans la ville mais y fut mortellement blessé par une balle. Son épopée n’avait duré que quatre mois.

 

Jules Favre
Lyon, 21 mars 1809  - Versailles, 20 janvier 1880

Jules Favre fut d’abord l’un des plus brillants avocats de sa génération. C’est en 1848 qu’il se lança dans la vie politique lorsqu’il fut élu député à l’Assemblée constituante où il siégea parmi les républicains modérés. Il s’opposa au coup d’État de décembre 1851 et participa sans succès aux tentatives de résistance suscitées par Victor Hugo. Après la proclamation de l’Empire, il revint à sa profession d’avocat jusqu’en 1858. Élu député de Paris, il devint l’un des principaux chefs de l’opposition républicaine à l’Empire. Après avoir pris position contre la déclaration de guerre à la Prusse en 1870, il fut nommé ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Défense Nationale constitué après la capitulation de Sedan. À ce titre, il dut négocier les conditions de l’armistice avec Bismark. Il s’opposa à la Commune mais resta fidèle à la gauche républicaine jusqu’à sa mort.

 

Charles Delescluze
Dreux, 2 octobre 1809  - Paris, 25 mai 1871

« Voilà donc un homme qui même mort fait encore peur » dira Gambetta en 1874 en apprenant la condamnation à mort par contumace par le grand conseil de guerre de Delescluze, tué en 1871 sur une barricade.
Républicain, acteur éminent de la révolution de 1830, poursuivi pour complot en 1836, il se réfugie en Belgique. De retour en France en 1840, il dirige L’Impartial du Nord à Valenciennes, où il proclame la République après la Révolution de 1848. Ses prises de position (contre Cavaignac,...) lui valent poursuites et condamnations. Déporté à Cayenne en 1858, l’amnistie générale des déportés politiques (1859) lui permet de rentrer en France. Il y reprend son combat en fondant Le Réveil. Appelant en 1871 à «  la lutte armée contre les capitulards », membre du Conseil de la Commune et du Comité de salut public, il ne fait rien le 25 mai pour échapper à la mort, refusant de « servir de victime ou de jouet à la réaction victorieuse ».

 

Début des travaux du percement du canal de Suez
25 avril 1859

C’est à Ferdinand de Lesseps (1) et au jeune Pacha d’Égypte Mohammed-Saïd que revient le mérite d’avoir permis le lancement des grands travaux du percement du canal de Suez qui devaient aboutir, dix ans plus tard, à l’ouverture d’une nouvelle voie de communication maritime qui donnait à une zone désertique la valeur stratégique majeure qu’elle conserve aujourd’hui encore.
Le tracé retenu était long de 162 kilomètres ; 25 000 fellahs furent engagés et les travaux purent avancer normalement au début. La difficulté principale qui ralentit la fin du chantier ne fut pas technique mais politique, elle résulta de la ferme opposition des gouvernements britannique et ottoman qui tentèrent d’empêcher l’aboutissement de cette grande réalisation franco-égyptienne.

1. Voir brochure 2005

 

François Claudius Koenigstein dit Ravachol
Saint-Chamond, 14 octobre1859  - Montbrison,11 juillet 1892

Ouvrier teinturier à 16 ans, révolté par l’injustice sociale, souvent renvoyé, une conférence d’un membre de la 1re internationale l’initie à la politique et il devient à Saint-Étienne l’inspirateur d’un groupe anarchiste. Un nouveau renvoi l’accule au dénuement. Il plonge alors dans l’illégalité jusqu’au crime. Reconnu en juillet 1891, il se réfugie à Barcelone où il apprend à fabriquer des bombes. De retour à Paris, il fait exploser l’immeuble où habite un juge qui avait condamné à mort trois anarchistes puis celui du substitut qui avait requis. Arrêté, il n’est condamné à Paris qu’aux travaux forcés, mais comparaît peu après devant la cour d’assises de la Loire pour répondre de forfaits commis entre 1886 et 1891. Le discours qu’il prononce alors, où il dénonce comment la société elle-même génère le crime, lui vaut de devenir un mythe, le symbole de la révolte désespérée. Condamné à mort, il monte à l’échafaud en chantant un air du Père Duchesne.

 

Danielle Casanova
Ajaccio, 9 janvier 1909  - Auschwitz, 9 mai 1943

Fille d’instituteurs, née Vincentella Perini, elle découvre à l’École dentaire de Paris l’Union fédérale des étudiants ; elle en devient responsable et y rencontre son mari, Laurent Casanova.
En 1928, elle s’engage dans les Jeunesses communistes et se fait appeler Danielle. Seule femme depuis 1932 à la direction du PCF, son 8e congrès (1936) la charge de fonder l’Union des jeunes filles de France. Élue secrétaire générale, elle organise une action de soutien aux enfants victimes de la guerre civile en Espagne.
En 1939, elle entre dans la clandestinité, contribue au journal Le Trait d’union, participe à la mise en place des Comités féminins en région parisienne, fonde La Voix des femmes, organise des manifestations. Arrêtée par la police française le 15 février 1942, déportée le 24 janvier 1943 à Auschwitz, elle y sert comme chirurgien-dentiste tout en contribuant à organiser la solidarité au camp et y meurt du typhus

 

Création de l’Alefpa
6 juillet 1959

Ce sigle se déploie en Association laïque pour l’éducation, la formation, la prévention et l’autonomie. Fondée par Raymond Allard, secrétaire général du SNI du Nord, elle a été reconnue d’utilité publique en avril 1973. Elle gère désormais quelque 70 structures réparties dans plus de 10 départements pour accueillir et former, en partenariat avec l’Éducation nationale, jeunes et adultes en difficulté de toute nature. Confiante dans la capacité à progresser de tout être humain, dans un esprit de laïcité et de fraternité, son action illustre la phrase de Jean Rostand : « Former les esprits sans les conformer, les armer sans les enrôler, leur donner le meilleur de soi sans attendre ce salaire qu’est la ressemblance ».

 

Le droit d’autodétermination est reconnu à l’Algérie
16 septembre 1959

Après son retour au pouvoir après les événements du mois de mai 1958 (1), une des priorités du général De Gaulle est de résoudre le difficile problème algérien. Au plan militaire, on constate une certaine pacification depuis le début de l’année 1959 mais, au plan politique, l’opposition entre la majorité de la population indigène qui souhaite l’indépendance et les Pieds-Noirs qui réclament l’intégration est toujours aussi vive.
Dans un discours radiotélévisé du 16 septembre 1959, le général De Gaulle fait connaître le principe fondamental qui orientera désormais sa politique à l’égard de l’Algérie, celui de l’autodétermination. Il faudra attendre le 8 janvier 1961 pour que le référendum tendant à statuer sur l’autodétermination des populations algériennes puisse être organisé.

1. Voir brochure 2008 page 62

 

Littérature et sciences humaines

 

1re représentation de Turcaret ou le financier de Lesage
14 février 1709

Pièce parfois comparée à celles de Molière en ce qu’elle imbrique caractères, mœurs et société, elle s’en démarque par une virulence où transparaît peut-être une rancœur personnelle (Lesage fut ruiné par son tuteur). Elle ne peut guère, en effet, être dite comédie que parce que ce n’est pas une tragédie mais, plutôt que satirique, elle est corrosive. La pièce, ronde de fripons qui rivalisent de friponnerie, s’achève sur le triomphe du plus fripon du lot, un valet (Frontin) qui, dans une apostrophe à la Rastignac, voit poindre son règne. Pas un personnage n’y sauve la foi en l’homme. Amère et radicale derrière le verve de l’auteur, elle se fait l’écho d’un monde en mutation où l’argent entraîne l’humanité dans ses sentines, sonnant dès avant la fin du règne de Louis XIV le glas d’une société qui implosera quelque 80 ans plus tard. Le monde de la finance en fut à ce point ému qu’il fallut l’intervention du Grand Dauphin pour qu’elle soit représentée.

 

Mireille, Frédéric Mistral
1859

Après avoir été en 1854 l’un des fondateurs du groupe Félibrige (1), Mistral publie en 1859 un long poème en langue provençale dont les traductions lui assurèrent un succès universel, confirmé par l’attribution du Prix Nobel de littérature en 1904. Ce poème de douze chants, dont le titre original est Mirèio, est un hymne lyrique et ardent à la beauté des paysages de Provence et un chant d’amour illustré par l’union impossible entre la fille d’un riche fermier de la Crau et le pauvre vannier Vincent. L’originalité du poème tient surtout à la richesse de la langue de Mistral, mélange coloré de la langue ancienne des troubadours, de l’italien et de la langue populaire d’Arles. Ce succès littéraire fut renforcé, sept ans plus tard, par l’immense popularité de l’opéra de Gounod dont le livret s’inspire directement du poème.

(1) Voir brochure 2004

 

Henri Bergson
Paris, 18 octobre 1859  - 4 janvier 1941

Enseignant à l’ENS et au Collège de France, auteur d’œuvres (1) qui lui valent, en 1901, d’être élu à l’Académie des sciences morales et politiques, en 1914, à l’Académie française et, en 1927, d’obtenir le prix Nobel de littérature, son itinéraire philosophique occulte trop son rôle dans la vie politique et diplomatique. Convaincu que l’éducation favorise la paix, il participe – avant de la présider – à la création de la Commission internationale pour la coopération intellectuelle (1921), ancêtre de l’Unesco, et à celle de la Société des nations. Grand-croix de la Légion d’honneur (1930), il renonce à ses titres en 1940 plutôt que d’accepter l’exemption des lois antisémites de Vichy et s’abstient de se convertir au catholicisme pour « rester parmi ceux qui seront demain des persécutés ». Au Panthéon, une inscription rend hommage à celui en qui Valéry voyait « une très haute, très pure, très supérieure figure de l’homme pensant ».

(1) Cf. célébrations nationales 2007 p. 97-99

 

Jacques Droz
Paris, 12 mars 1909  - Paris, 3 mars 1998

La vie de Jacques Droz est marquée par les deux activités qu’il ne cessa d’exercer parallèlement, l’enseignement de l’histoire et l’écriture d’importants ouvrages historiques.
Agrégé d’histoire dès 1932, il fut doyen de la faculté des lettres de Clermont-Ferrand jusqu’en 1962, date à laquelle il rejoignit la Sorbonne. Premier directeur du centre universitaire de Vincennes créé juste après les événements de mai 1968, il termina sa brillante carrière universitaire en 1972.
En sa qualité d’historien, les recherches de Jacques Droz ont principalement porté sur le monde germanique et l’histoire des idées politiques. On lui doit deux grands ouvrages toujours considérés comme essentiels, l’Histoire de l’Allemagne de 1789 à nos jours et l’Histoire du socialisme.

 

Raymond Queneau,  Zazie dans le métro
1959

L’œuvre littéraire de Raymond Queneau (1903-1976) se distingue par la recherche insatiable d’un style original qui mélange tendresse, humour et dérision, dans le but de masquer la vision assez pessimiste de l’auteur. Elle est aussi marquée par la tentative encyclopédique d’inventer des langages nouveaux dépassant les usages littéraires traditionnels. La publication du roman Zazie dans le métro, en 1959, est l’une de ses tentatives les plus réussies en la matière. En séjour chez son oncle à Paris, la jeune et délurée Zazie ne pourra pas prendre le métro en raison d’une grève, elle découvrira cependant différents lieux de la capitale et y fera de singulières rencontres illustrées par de savoureux dialogues. La liberté d’expression de Zazie, sa curiosité et l’acuité de son regard sur les adultes en font un personnage vrai et lucide, l’un des plus originaux de la littérature française du XXe siècle.

 

Arts

 

Jacquemart de Hesdin,  Les « Grandes Heures » du duc de Berry
1409

Jacquemart de Hesdin (1355-1414) avait déjà enluminé pour le duc de Berry (1340-1416) les « Petites Heures » et les « Très Belles Heures » (Bruxelles, Bibliothèque royale). Il achève en 1409 les « Grandes Heures », ouvrage le plus ambitieux de l’époque par son format et la splendeur de sa décoration. Conservé à la BnF, il est malheureusement privé des peintures pleine page qui faisaient sa réputation. Apparemment seul témoignage subsistant, un « Portement de Croix » sur vélin (musée du Louvre) permet d’attiser le regret de la perte de ces pages exceptionnelles. Réconciliant ce qu’il tient de son origine flamande (goût de la nature, ancrage dans la réalité du monde) et ce que lui apporte sa connaissance de la peinture italienne du Trecento, notamment la perspective, il fait évoluer la miniature vers un véritable tableau, annonçant  la révolution qui arrachera la peinture au livre pour l’entrer dans l’espace.

 

Eustache du Caurroy
Gerberoy, près de Beauvais,  v. 4 février 1549 – Paris, 7 août 1609

Il fut le maître de chapelle de Charles IX, Henri III et Henri IV, qui créa pour lui en 1598 la charge de surintendant de la musique. Mersenne vante « la grande harmonie de sa composition et de son riche contrepoint ». Surtout connu pour ses œuvres religieuses : Preces ecclesiasticae (50 motets et psaumes de 4 à 7 voix), Noëls,... et sa Missa pro defunctis (1606) qui fut exécutée pour les obsèques d’Henri IV puis pour celles de ses successeurs, ses Meslanges de musique, publiés à titre posthume en 1610, contiennent nombre de pièces qui témoignent elles aussi d’une grande richesse polyphonique alliée au lyrisme. Héritier de la tradition musicale de la Renaissance, son esprit novateur, où l’imagination s’appuie sur la technique, en fait un précurseur de la musique de chambre en France en même temps que la rigueur architecturée de sa composition annonce les sommets de l’orgue des XVIIe et XVIIIe siècles.

 

La Pastorale d’Issy
1659

C’est en mars 1659, à Issy-les-Moulineaux, dans une propriété appartenant à Monsieur de la Haye, maître d’hôtel de la Reine, que fut créé un petit spectacle musical qui est considéré comme la première tentative de création d’un opéra français. L’originalité de cette œuvre, intitulée La pastorale d’Issy, tient au fait que, pour la première fois, la musique ne constitue pas le simple accompagnement d’airs chantés mais, en étant présente du début à la fin du spectacle, elle complète et enrichit le livret jusqu’à constituer un élément essentiel du spectacle. Les auteurs de cette œuvre sont Pierre Perrin, pour le livret, et Robert Cambert, pour la musique. Le succès obtenu justifia que Mazarin organise peu après une nouvelle représentation pour le Roi et que, dix ans plus tard, Pierre Perrin soit chargé par Colbert de créer la première académie d’opéra en France.

 

La Danse de Matisse
1909-1910

En 1909, Matisse est âgé de 40 ans et son génie commence à être reconnu en France et à l’étranger. Ceci est confirmé par le fait que l’un des plus grands collectionneurs russes de l’époque, Chtchoukine, lui commande deux grandes toiles sur les thèmes de la danse et de la musique pour décorer sa résidence de Moscou. La première composition, intitulée La Danse, est peinte en 1909 et est considérée comme l’une des œuvres majeures de l’artiste. Elle représente une ronde de cinq personnages nus animés par un rythme violent et joyeux, la palette est réduite et composée de couleurs éclatantes. L’ensemble constitue l’évocation d’un paradis perdu, celui où l’homme primitif peut exprimer et partager sans contrainte sa liberté physique et sensuelle. Après la révolution de 1917, cette œuvre sera « nationalisée » et complètera la collection du musée de l’Hermitage à Saint-Pétersbourg, où on peut encore l’admirer aujourd’hui.

 

André Barsacq
Théodosie, 24 janvier 1909  - Paris, 3 février 1973

Né en Crimée, André Barsacq arriva en France en 1919 et y termina ses études à l’École nationale des arts décoratifs. Passionné par le théâtre, il est recruté dès 1927 par Charles Dullin comme décorateur.
Dix ans après, il est l’un des fondateurs du Théâtre des quatre saisons et débute sa carrière de metteur en scène. En 1940, il succède à son maître Charles Dullin à la tête du Théâtre de l’Atelier. Il y restera plus de trente ans et y créera de nombreuses pièces d’auteurs contemporains, principalement des œuvres de Jean Anouilh, Marcel Aymé et Félicien Marceau. Il mettra également en scène avec une sensibilité particulière les auteurs russes comme Tchekov ou Tourgueniev.
Découvreur de nouveaux textes, il aida également les comédiens, il n’hésitait pas en effet à confier des premiers rôles à des acteurs peu connus qui devinrent ensuite célèbres.

 

Constant Coquelin
Boulogne-sur-Mer, 23 janvier 1841  - Couilly-Pont-aux-dames, 27 janvier 1909

et
Ernest Coquelin
Boulogne-sur-Mer, 16 mai 1848  - Suresnes, 8 février 1909

La vie théatrale en France fut marquée, pendant le dernier tiers du XIXe siècle, par le talent des deux frères Coquelin qui bénéficièrent tous les deux d’une grande popularité. Ces deux artistes conservèrent leur vrai nom de famille mais on les distingua par leur âge. Constant Coquelin fut appelé Coquelin aîné et le second, Ernest Coquelin, Coquelin cadet. Ils reçurent tous les deux un premier prix de comédie au Conservatoire et débutèrent à la Comédie-Française avant d’interpréter les premiers rôles du théâtre contemporain sur les principales scènes des théâtres parisiens et étrangers. Le nom de Coquelin aîné reste le plus célèbre car il est attaché à un rôle qui lui assura une véritable gloire à la fin de sa vie. C’est lui qui fut en effet choisi par Edmond Rostand pour créer, en 1897, le rôle-titre de Cyrano de Bergerac.

 

Ernest Reyer
Marseille, 1er décembre 1823  - Le Lavandou, 15 janvier 1909

Né à Marseille en 1823 et mort au Lavandou en 1909, Ernest Reyer, de son vrai nom Louis-Étienne Rey, est surtout connu pour ses deux opéras Sigurd et Salammbô, injustement oubliés aujourd’hui comme les autres œuvres du musicien : Le Sélam, Maître Wolfram, La Statue, Erostrate, et le ballet Sacountalâ, écrit avec la collaboration de Théophile Gautier. Ami de Berlioz, dont il fut un fervent disciple, admirateur de Wagner dont il fut un des premiers en France à reconnaître le génie, défenseur de Bizet, Gounod et Chabrier, attentif aux nouveaux courants artistiques, Reyer a fortement marqué la vie musicale de son temps, non seulement par ses compositions, influencées par Gluck et Weber, tout autant que par l’auteur de La Damnation de Faust et celui de la Tétralogie, mais aussi par ses feuilletons du Journal des Débats, dont il a été le critique lucide et redouté pendant une trentaine d’années.
Attachant avec son physique d’officier de cavalerie, à l’allure bourrue et aux réparties cinglantes, mais sensible et fidèle en amitié, le compositeur provençal mérite de retrouver sa vraie place dans l’histoire de la musique.
En septembre 2008, est parue une biographie de Reyer par André Segond aux Éditions Autres Temps.

 

Ne me quitte pas, Jacques Brel
1959

En 1959 Jacques Brel est âgé de trente ans et, après un début de carrière difficile, il a déjà enregistré plusieurs disques. Son extraordinaire talent est reconnu et il est considéré comme l’un des meilleurs auteurs-interprètes de sa génération.
C’est sur un album sorti en septembre 1959, que l’on découvrit la chanson intitulée Ne me quitte pas, dont la force et la beauté allaient toucher le monde entier. C’est une chanson de rupture, un hymne évoquant avec nostalgie les souvenirs et espoirs liés à une séparation. L’auteur a avoué qu’il avait écrit la chanson après avoir lui-même mis fin à une liaison amoureuse, il considère donc qu’il ne peut s’agir d’une chanson d’amour, le thème traité étant plutôt celui de la lâcheté des hommes. Les paroles sont en effet ambiguës, mais l’immense tendresse des mots et de la musique expriment pourtant à l’évidence l’espoir de retrouver la femme quittée.

 

Sciences et techniques

 

Premières observations astronomiques à la lunette par Galilée
1609-1610

Mai 1609 : une lettre de Jacques Badovere, ancien élève de Galilée, l’informe de l’existence d’une lunette fabriquée en Hollande qui permet de voir des objets invisibles à l’œil nu. Galilée construit alors sa 1re lunette qui présente le double avantage de ne pas déformer les objets et d’être deux fois plus performante. Il est de plus le seul à obtenir une image droite grâce à une lentille divergente en oculaire. Se consacrant de plus en plus exclusivement à l’astronomie, Galilée, pendant l’automne et l’hiver 1609, observe la Lune, découvre la nature de la Voie lactée, dénombre les étoiles d’Orion, étudie les taches solaires, etc. Ces découvertes culminent en janvier 1610 par celle des satellites de Jupiter, ensemble astronomique où il voit un modèle de système solaire qui permet de démontrer que, contrairement à la théorie aristotélicienne admise, tous les corps célestes ne tournent pas autour de la Terre.

 

Antoine-François de Fourcroy
Paris, 15 juin 1755 - 16 décembre 1809

Après des études de médecine, Antoine-François Fourcroy choisit la chimie comme spécialité après avoir rencontré Lavoisier dont il devint le collaborateur. Il débuta sa carrière comme enseignant, la qualité de ses cours et son éloquence lui valurent une véritable popularité. Favorable aux idées révolutionnaires, il participe à la rédaction des cahiers du Tiers État et, en 1791, est élu adjoint au secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, Nicolas de Condorcet. La même année, il est au Comité de salut public où il siège jusqu’en 1795. Il y travaille sur les problèmes d’éducation, notamment la création d’une nouvelle institution qui deviendra plus tard l’École polytechnique. La qualité de cet engagement justifia que, après le 18 brumaire, il soit nommé directeur général de l’Instruction publique (1), poste qu’il occupera jusqu’à son remplacement par Louis de Fontanes en 1808.

(1) Voir brochure 2002