Jean Bodel

? - Achicourt, février ou mars 1209

Bodel lisant son poème devant un groupe d’auditeurs (les cheveux ras, le visage et les mains marqués de points noirs, suggèrent la lèpre. L’instrument porté à la ceinture par le poète pourrait être une cliquette)
Miniature, manuscrit Arsenal 3142, fol. 227 rº
Paris, BnF, Arsenal
© AKG-images

Un personnage du nom de Bodel est inscrit dans le Nécrologe de la confrérie des jongleurs et bourgeois d’Arras entre février et juin 1210. La rareté du nom dans l’onomastique artésienne et les éléments connus de la biographie du poète permettent par ailleurs de situer sa date de mort en février ou mars 1210. On sait en effet que Bodel, rongé « par un mal qui si m’a blecié / k’aler me couvient les destours » (Congés), s’est retiré dans une léproserie des environs d’Arras (à Méaulens ou à Grand-Val sur le territoire d’Achicourt) à la fin de l’année 1202. On ignore en revanche quand il est né. Son nom (Jehan Bodiaus, Bodel) est assuré par le fait qu’il le cite à la rime dans un certain nombre de ses œuvres : « Johans Bodiaus / uns rimoieres de fabliaus » (Le sohait des vez), « par Jehan Bodel » (Congés).

Jean Bodel est un poète authentique, nourri des œuvres littéraires (particulièrement les œuvres épiques) de son temps et des décennies antérieures, soucieux de son art, mais aussi un jongleur, c’est-à-dire un artiste itinérant : la précision de ses notations topographiques indique un homme qui a voyagé. « Il fut le passe-avant, on pourrait dire le porte-bannière de trois générations d’écrivains qui devaient illustrer la grande ère “bourgeoise” artésienne » (Albert Henry) : Baude Fastoul (mort en 1272) mentionne son nom dans ses Congés qu’il imite de ceux de Bodel, et Girart d’Amiens à la fin du XIIIe siècle vante encore, dans son Charlemagne, ses qualités littéraires :
« l’estoire… que Jehans Bodiaux fist, a la langue polie, /del bel savoir parler et science aguisie… ». Son œuvre est diverse et embrasse tous les « genres » représentés dans la littérature française de la fin du XIIe siècle, mais il est difficile d’établir une chronologie, même relative, des textes qui lui sont attribués.

Ont été composés vraisemblablement avant 1200 cinq pastourelles et neuf fabliaux qu’il a tous cités dans le Fabliau des deus chevaus :
« Cil qui trova del morteruel
et del mort vilain de Bailluel
qui n’ert malades ne enfers,
et de Gombert et des deus clers
que il mal atrait en son estre
et de Brunain, la vache au prestre,
que Blere amena, ce m’est vis,
et trova le songe des vis
que la dame paumoier dut,
et du leu que l’oue deçut,
et des deus envïeus cuivers
et de Barat et de Travers
et de lor compaignon Haimet
d’un autre fablel s’entremet,
qu’il ne cuida ja entreprendre. »

Le Jeu de saint Nicolas a sans doute été composé entre 1191 et 1202. « Les courants d’inspiration qui ont nourri le Jeu de saint Nicolas dans sa croissance sont justiciables de la somme d’expériences vivantes de son auteur, tout autant que de sa culture… Jean Bodel s’est montré créateur original, resté d’ailleurs isolé, car sa conception du miracle dramatisé n’a pas été adoptée par la suite » (Albert Henry).

La Chanson des Saisnes, poème épique de 8079 alexandrins, qui raconte la guerre de Charlemagne contre les Saxons, a sans doute été composée avant 1202.

Les Congés sont l’œuvre la plus originale, imitée par Baude Fastoul et Adam de la Halle : en quarante-cinq strophes de douzains d’octosyllabes où alternent images touchantes et terribles, Bodel fait ses adieux à sa ville natale et à ses amis et « atteint à un lyrisme personnel dont nous pouvons encore percevoir la vibration » (Albert Henry).

Comme l’a écrit Charles Foulon : « Bodel reste un génie, à la fois épique et dramatique, réaliste et lyrique ».

 

Françoise Vielliard
professeur à l’École nationale des chartes
 


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