Régine Pernoud

Château-Chinon, 17 juin 1909 - Paris, 22 avril 1998

On ne saurait mieux définir la personnalité profondément originale de l’historienne Régine Pernoud qu’en rappelant le titre célèbre de son livre, Pour en finir avec le Moyen Âge (1977), reprenant la précédente impertinence de Jeanne d’Arc devant les Cauchons (1970). C’est bien la passion qui animait sa recherche sur l’histoire de ces siècles si mal qualifiés, et son désir d’en découdre avec tous ceux, historiens de l’Antiquité, de la Renaissance, des Temps modernes, qui avaient osé jeter un regard de commisération sur ces siècles de barbarie, d’ignorance et d’arriération.

 

Fille d’un géomètre arpenteur, elle passa sa jeunesse à Marseille, suivant les cours de l’École Notre-Dame de France, et commença une carrière universitaire à Aix-en-Provence, couronnée par une thèse de doctorat sur les Statuts municipaux de la ville de Marseille (publiée en 1949) qui témoignait déjà de son intérêt pour les documents originaux. Ce fut ensuite la venue à Paris pour préparer l’École des chartes où elle fut reçue en 1929, en un temps où les femmes chartistes n’étaient pas nombreuses. La pénurie de postes à sa sortie en 1933 l’engagea à chercher des emplois temporaires puis à devenir en 1947 conservateur du musée de Reims où elle s’initia à la présentation des objets et au contact avec le public.

 

En 1949, Charles Braibant, directeur général des Archives de France, lui demanda de devenir conservateur aux Archives nationales afin de rénover le vieux musée de l’Histoire de France, dans les salons du palais Soubise. Elle se dévoua à cette tâche avec passion, imaginant de nouveaux moyens de présenter les documents du Moyen Âge, notamment les grands parchemins scellés, dans la grande salle du premier étage, puis consacrant deux salles à la Révolution et à l’Empire. Elle inaugura d’autre part la pratique des expositions historiques à base de documents, avec « L’art et la vie au Moyen Âge à travers les blasons et les sceaux » (1), et créa un service éducatif, le premier du genre, avec des professeurs de l’enseignement public détachés pour guider les classes devant les documents historiques. C’était l’essor d’une nouvelle culture historique à laquelle André Malraux apportait tous ses encouragements.

 

Sa curiosité intellectuelle la poussa à se rendre aux États-Unis à plusieurs reprises, d’abord dans le cadre d’une bourse Fulbright (1949), puis pour rencontrer des historiens et des conservateurs au cours d’un long périple. Pour la remplacer au musée de l’Histoire de France, Charles Braibant fit alors appel à moi en 1957, mais à son retour elle fut chargée d’organiser de grandes expositions historiques sur Jeanne d’Arc, Napoléon, saint Louis…

 

Elle a raconté avec beaucoup de verve les étapes de sa carrière dans un livre de souvenirs intitulé Villa Paradis (1992), du nom de la rue marseillaise où elle habitait durant sa jeunesse. On y trouve l’évocation de ses relations avec les grands noms de la littérature et de l’art, et notamment avec Matisse, mais aussi avec le monde de la grande presse et de la radiodiffusion auquel appartenait son frère Georges, qui lui donna ce sens de la transmission du savoir au public, que ses détracteurs appelaient la « vulgarisation ».

 

Son œuvre écrite est considérable. Elle fut couronnée par le prix de l’Académie française en 1981 et en 1997. On notera d’abord les livres sur Jeanne d’Arc, après la découverte personnelle qu’elle fit du procès de réhabilitation qui mobilisa sa sensibilité et détermina ses recherches : ouvrages parus en 1953, 1962, 1970, 1981, 1986, 1990, 1995. C’est en 1974 qu’elle fonda à Orléans le Centre Jeanne-d’Arc, qui fonctionne toujours et réunit au service du public sous des formes diverses toute la documentation et toute la bibliographie sur la Pucelle d’Orléans.

 

Ses autres ouvrages concernent essentiellement le Moyen Âge, qu’elle voulait faire découvrir et aimer à partir d’une nouvelle analyse des documents, mais aussi des personnalités de la littérature médiévale, et une série de femmes : Christine de Pisan, Aliénor d’Aquitaine, Héloïse, Hildegarde de Bingen… On y trouve aussi une précieuse et originale Histoire de la bourgeoisie en France. Son dernier ouvrage fut consacré à saint Martin.

 

Jean-Pierre Babelon
membre de l’Institut

 

(1) Cette exposition internationale a été organisée, en 1950, par la direction des archives de France à l’occasion de la réunion constitutive du Conseil international des archives et du premier congrès international des archives.