Marceline Desbordes-Valmore

Douai, 20 juin 1786 - Paris, 23 juillet 1859

Portrait de Marceline
Huile sur toile de Martin Drolling
Douai, musée de la Chartreuse, inv. : 986.8
© dr. rés.

Marceline Desbordes-Valmore est une des rares femmes poètes dont l’histoire littéraire française ait gardé la mémoire. On l’a souvent réduite à des plaintes amoureuses et des poèmes pour enfants, oubliant que son œuvre fait preuve d’une liberté et d’une invention qui ont inspiré Rimbaud et Verlaine.

Sa vie, marquée par l’expérience de l’arrachement, du deuil et de l’errance, peut se résumer dans ce mot d’intermittence qu’elle emploie dans le titre d’un de ses plus célèbres poèmes, le Rêve intermittent d’une nuit triste.

Née à Douai dans une famille d’artisans, elle a vu son enfance, pendant la période révolutionnaire, bouleversée par des drames familiaux. Son évocation poétique du pays natal n’en restera pas moins celle d’un « éden éphémère ». Sa mère, quittant la maison conjugale pour rejoindre son amant, l’emmène avec elle à l’âge de dix ans dans une vie incertaine, et la fait entrer précocement au théâtre. En 1801, elles embarquent pour la Guadeloupe où elles arrivent en pleine rébellion et où sa mère meurt de la fièvre jaune. Ce séjour inscrit des traces dans les textes de Marceline Desbordes-Valmore : l’angoisse obsédante de la perte, mais aussi l’indignation devant l’esclavage.

Elle reprend à son retour en France, en 1802, le métier d’actrice qu’elle exerce plutôt avec succès pendant vingt ans. De ses relations amoureuses naissent deux enfants illégitimes, qui vivent peu. Au théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, en 1817, elle rencontre Prosper Valmore, qu’elle épouse et dont elle a quatre enfants, Junie, morte à trois semaines, Hippolyte, Hyacinthe (Ondine) et Inès. En 1819, elle fait à Paris la connaissance de Hyacinthe de Latouche qui la conseille dans ses débuts littéraires, et devient son amant. Les échos de cette relation passionnée résonnent dans toute l’œuvre.

Son premier poème connu est une romance. À partir de 1813, elle publie régulièrement dans des « keepsakes » et périodiques, et son premier recueil, Élégies, Marie et Romances, signé du nom de Desbordes, paraît en 1819, avant les Méditations de Lamartine. Il est suivi en 1820 des Veillées des Antilles et des Poésies de Mme Desbordes-Valmore. Plusieurs éditions modifiées et augmentées (1822, 1825, 1830) vont asseoir son renom. Des élégies amoureuses, des romances, des fables, des poèmes de l’enfance y font entendre une voix singulière dans la poésie française.

Elle entretient de nombreux liens avec le monde littéraire et théâtral, mais pâtit de son fréquent éloignement de Paris. Le métier d’acteur de son mari impose des installations en province : à Bordeaux (1823-1827) ; à Lyon (1821-1823, 1827-1832, 1834-1837) où elle assiste aux insurrections des Canuts : elle sera le seul poète à laisser alors de la seconde un bouleversant témoignage.

Victime de la désaffection dont souffrent à partir des années 1840 les poètes, et plus encore les poétesses romantiques, elle trouve difficilement à se faire éditer. Après Les Pleurs, 1833, Pauvres Fleurs, 1839, Bouquets et prières, 1853, elle continue cependant à écrire, malgré une vie assombrie par les soucis matériels et les deuils (elle perd ses filles en 1846 et 1853). Elle meurt en 1859 d’un cancer. Son dernier livre de poèmes, le plus important, ne paraît qu’à titre posthume en 1860, à Genève, sous le titre de Poésies inédites.

Elle laisse aussi des récits en prose, dont L’Atelier d’un peintre, et des contes pour enfants. Mais c’est comme poète que l’ont saluée Baudelaire, Mallarmé, Rilke, Aragon, Bonnefoy.

 

Christine Planté
professeure à l’université de Lyon
Umr Lire CNRS– Lyon 2