Camille Jullian

Marseille, 15 mars 1859 - Paris, 12 décembre 1933

Camille Jullian au temple de Champlieu (Oise)
photographie, 27 juillet 1902
Bordeaux, archives municipales, fonds Camille Jullian
© archives municipales de Bordeaux, cliché B. Rakotomanga

Camille Jullian naquit il y a cent cinquante années à Marseille. La guerre de 1870 marqua profondément le garçon de onze ans, qui entendit son professeur d’histoire commenter les événements en lisant des passages de La Guerre des Gaules de Jules César : les Français étaient identifiés aux Gaulois, les Allemands aux Romains, César à Bismarck, Vercingétorix à Gambetta. C’était l’époque où la recherche des « racines » entraînait les « nations » européennes à se trouver des ancêtres et un territoire ancrés dans la plus lointaine histoire.

Jullian entame une carrière universitaire éblouissante : l’École normale supérieure à 18 ans, la première place à l’agrégation d’histoire à 21 ans, l’École de Rome, puis le doctorat d’État à 24 ans. Il s’attacha d’abord à des sujets « classiques ». Sa thèse fut consacrée à l’Histoire de l’administration en Italie d’Auguste à Dioclétien. En 1882, détenteur d’une bourse, il se rendit en Allemagne, fréquenta le grand Mommsen, fasciné, réticent (« ce sera toujours un Allemand dangereux »), mais admiratif des méthodes de la science historique d’outre-Rhin.

Sa carrière se déroule ensuite à Bordeaux. Les ouvrages se succèdent, études épigraphiques notamment. Mais (souvenir d’enfance ?) Jullian éprouve le désir de se lancer dans l’étude de la Gaule. Il entretient plusieurs fois de son projet Henri d’Arbois de Jubainville, qui enseigne les langues celtiques au Collège de France – et il lui fait part de son profond désir de l’y rejoindre, car c’est la seule institution qui puisse accueillir une telle entreprise. Jullian donne sa forme définitive à l’édition de l’Histoire des Institutions politiques de l’ancienne France, laissée inachevée par Fustel de Coulanges, écrit un petit livre intitulé Gallia (1892). Hachette lui commande alors une Histoire de la Gaule. Jullian hésite sur la forme à lui donner. À titre d’essai, il écrit un éblouissant Vercingétorix qui paraît début 1901. En 1905, le Collège de France crée pour lui une chaire d’Antiquités nationales. Désormais, il rédige l’Histoire de la Gaule. Le premier tome paraît en 1907, le huitième en 1926. Entre-temps, il a consacré ses cours au Collège non seulement à des questions scientifiques, mais aussi à de vibrants appels durant la guerre de 1914-1918. À l’Académie française, Maurice Barrès l’appelait affectueusement l’« Homme des Gaules ». Il mourut en 1933.

Jullian eut le génie de constituer la Gaule – jusqu’alors méprisée par l’Université – en sujet d’étude, de faire des Gaulois autre chose que des sauvages, comparant Vercingétorix à Gaston Phœbus, les peuples protohistoriques aux cités de Grèce. Son Histoire rassemble tous les textes, en offre des interprétations lumineuses. Bien sûr, aujourd’hui, il est facile de lui reprocher son manque d’intérêt à l’égard de l’archéologie ou de l’ethnographie naissante (lui-même avait été élu au Collège contre Durkheim). Mais avoir mis son immense culture classique au service d’un monde non classique (à l’origine) mérite notre reconnaissance.

 

Christian Goudineau
professeur au Collège de France
chaire des Antiquités nationales