Le Traité de Paris

4 décembre 1259

Traité de Paris conclu entre la France et l’Angleterre.
Acte en français scellé du sceau de Henri III en cire verte sur cordonnets de soie rouge et verte.
Paris, service Archives nationales
© Archives nationales/pôle image et son
 

L’état de guerre avait régné entre les royaumes de France et d’Angleterre depuis qu’en 1204 Philippe-Auguste avait confisqué les possessions de Jean sans Terre ; on avait passé des traités qui n’avaient pas été appliqués et ce sont seulement des trêves qui étaient intervenues entre les périodes d’hostilité. Henri III persistait à réclamer la restitution des terres de ses ancêtres que le roi de France considérait comme légitimement acquises. Mais après que saint Louis fut revenu de croisade, le roi anglais, qui avait lui-même pris la croix, se vit proposer par le pape l’attribution à son fils Edmond de la couronne de Sicile que le Saint-Père voulait enlever aux Hohenstaufen et cette perspective prit le pas sur ses revendications ; les deux reines, Marguerite de Provence et sa sœur Aliénor, femme d’Henri III, souhaitaient une réconciliation ; Henri lui-même avait été reçu à Paris en 1254 au cours d’une visite qu’il avait faite aux tombeaux de ses ancêtres.

Les conversations reprirent à la fin de 1257 et aboutirent le 28 mai 1258 à un projet d’accord que saint Louis imposa à ses conseillers, réticents, comme nous le rapporte Joinville, en insistant sur le bien de la paix et la nécessité d’une entente entre les deux familles. Il fit aussi valoir qu’il ne remettait pas en cause ses droits, ni la légitimité des confiscations opérées par son père et son grand-père : s’il acceptait de laisser à Henri III le Périgord presque entier (mais en maintenant son sénéchal à Périgueux), une partie de la Saintonge, des fiefs en Auvergne et la possibilité de revendiquer l’héritage de l’Agenais si la comtesse de Toulouse mourait sans enfant, en faisant entrer dans son domaine des terres et des droits jusque-là détenus par le roi de France, c’était en maintenant une dépendance féodale : le Plantagenêt redeviendrait son vassal et sa suzeraineté serait également reconnue sur la Guyenne qui lui avait pratiquement échappé depuis un demi-siècle. Une indemnité de 134.000 livres devait être versée au roi d’Angleterre (qui comptait l’utiliser pour l’affaire de Sicile) ; elle fit l’objet d’une imposition demandée aux sujets du roi de France, ainsi associés au rétablissement de la paix. Mais elle attestait que l’Anglais avait consenti des sacrifices (le traité suscita des réticences en Angleterre). Et, le 4 décembre 1259, à Paris, dans le palais royal, Henri III vint s’agenouiller devant le roi de France et il prêta hommage.

L’intégrité du royaume fut ainsi rétablie, et l’autorité du Parlement royal put se faire reconnaître jusque dans la Guyenne ce qui n’avait pas été le cas jusque-là, tandis que le roi d’Angleterre se reconnaissait vassal du Capétien. Et la paix ainsi restaurée allait se maintenir pendant près de soixante-dix ans.

 

Jean Richard
membre de l’Institut
professeur émérite à l’université de Dijon