Page d'histoire : Franziska Elssler, dite Fanny Elssler Gumpendorf (Autriche), 23 juin 1810 - Vienne, 27 novembre 1884

Estampe représentant Fanny Elssler dansant
© Costa/Leemage
 

C’est sous le nom de Fanny Elssler que Franziska Elssler devint l’une des danseuses emblématiques du ballet romantique. Fille de Johann Florian Elssler, copiste de Joseph Haydn, elle étudia à Vienne avec sa sœur Thérèse à l’école de ballet du Theater an der Wien, ouvert en I801. Après un triomphe à Naples, elle fit ses débuts à Berlin en 1830, Londres en 1833, Paris en 1834. C’est à Paris qu’en 1832, le chorégraphe Filippo Taglioni venait d’inventer le ballet romantique en donnant le rôle principal à sa fille, Marie Taglioni, dans La Sylphide, livret d’Adolphe Nourrit, musique de Jean Schneitzhoeffer. Les chaussures à petits talons tournés dans lesquelles avait triomphé la Camargo au XVIIIe siècle disparaissent au profit des chaussons qui permettent les demi-pointes et les pointes ; le tutu long remplace la jupe.

En 1836, alors que Marie Taglioni est en pleine gloire, Fanny Elssler triomphe à l’Opéra de Paris dans Le Diable boiteux, ballet-pantomime de Coralli et Burgat de Gurgy, musique de Casimir Gide. Elle y interprète une « cacucha », danse d’origine gitane accompagnée de castagnettes, et la reprend à Vienne dans un costume qui fait sensation : dentelles noires aux épaules, au chignon et sur le tutu rose, castagnettes aux poignets, camélia blanc à l’oreille. C’est l’image qui la rendra célèbre, inspirant des assiettes, tasses, statuettes et lithographies répandues à travers l’Europe. On l’oppose à sa rivale, Marie Taglioni, d’une froideur éthérée, Fanny Elssler sensuelle et pulpeuse, parfaite pour les danses inspirées du « folklore ». Pour Théophile Gautier, « Elssleriste » passionné, Taglioni est « la ballerine chrétienne », Elssler « la ballerine païenne » – une Carmen avant l’heure.

Après des tournées en Amérique et même à La Havane, elle interprète Giselle en 1843 et se retire en 1851 avec une dernière apparition dans Faust, d’abord à Hambourg, puis à Vienne où elle meurt en 1884. Elle ne se maria pas et elle eut deux enfants. En 1899, l’année même de sa mort, son compatriote Johann Strauss II écrivit en son honneur une opérette, La ballerine Fanny Elssler.

 

Catherine Clément
philosophe et romancière
ancienne élève de l’ENS

Source: Commemorations Collection 2010

Personnes :

Clément, Catherine

Thèmes :

Danse

Lieux :

Autriche

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