Election de Jean-Baptiste Bernadotte (1764-1844) à la succession au trône de Suède

21 août 1810

Arrivée de Bernadotte en Suède le 20 octobre 1810
Aquarelle de Johann Heinrich Ramberg
Pau, musée Bernadotte
© musée Bernadotte, cliché de Jacques Doussine
 

En 1810, l’Empire napoléonien est au zénith de sa puissance ; Napoléon est alors l’arbitre de l’Europe et tente d’imposer partout ses vues, en particulier dans sa guerre contre l’Angleterre, par l’application du système continental. Les états européens doivent donc composer et la Suède, puissance secondaire, en est un exemple.

Vaincue par la Russie en 1809, réduite territorialement (perte de la Finlande), sous l’autorité d’un vieux roi, Charles XIII, depuis peu au pouvoir, la Suède n’a plus d’indépendance diplomatique, coincée entre Russie, Angleterre et France.

Le 28 mai 1810, le prince danois Charles Auguste d’Augustenbourg, adopté par Charles XIII, sans enfant, succombe à une congestion cérébrale. Ne voulant déplaire à personne, Charles XIII demande conseil aux puissances pour un nouveau prince héritier et rapidement un candidat est envisagé, le frère aîné du défunt prince, Frédéric Christian. S’il convient aux puissances, l’homme manque d’envergure et ne semble pas être l’homme de la renaissance suédoise.

En juin 1810, le baron Carl Otto Mörner, admirateur de Napoléon et convaincu avec un petit groupe d’officiers suédois que la guerre entre la France et la Russie est inévitable, y voyant l’occasion de récupérer la Finlande, arrive à Paris pour trouver un candidat français à la couronne suédoise. Aidé par quelques contacts, son choix se porte sur Bernadotte alors en inactivité à Paris (en disgrâce depuis Wagram). Le maréchal n’était pas un inconnu pour les officiers suédois qui avaient eu à se louer de sa courtoisie lors de la capitulation de Lûbeck en 1806. Bernadotte, méfiant mais ravi, s’en remet à l’Empereur, qui ne fait rien pour empêcher la candidature surprise de son maréchal, qui peut semer le désordre dans le processus électoral suédois et renforcer la présence française en Suède.

S’appuyant sur quelques envoyés (l’ancien consul de France à Göteborg, Fournier), sur un parti francophile, sur le manque d’instructions claires de Napoléon, Bernadotte joue sa carte et retourne la Diète réunie à Orebro qui, le 21 août, procède à l’élection par acclamation des quatre ordres. Confronté au résultat, Napoléon ne s’y oppose pas.

Ainsi, le fils d’un modeste magistrat palois, un prestigieux général de la Révolution, accède à un trône européen. Son accession est le fruit d’un malentendu : les Suédois espéraient élire un proche de Napoléon, ils choisissent son pire ennemi, qui ne doit sa carrière sous l’Empire qu’à la protection de son beau-frère, Joseph Bonaparte.

Les conséquences de l’accession sont connues : soucieux d’assurer son trône, humilié par des vexations diplomatiques napoléoniennes, Bernadotte se rapproche de la Russie, puis sort de l’alliance avec la France. Les Suédois ne regrettèrent pourtant pas son arrivée car elle leur amena la paix par la neutralité et les bases de la prospérité économique dans la première moitié du XIXe siècle.

 

Franck Favier
professeur en classes préparatoires
agrégé d’histoire, docteur en histoire
 

Source : Recueil des commémorations 2010