Ouverture au public des stations de télégraphe installées dans les préfectures

1861

Qui est le véritable inventeur du télégraphe électrique ? L’Américain Samuel Morse ou les Anglais Cooke et Wheatstone. La postérité a définitivement retenu le système créé par Morse en 1837. N’ayant convaincu ses compatriotes que difficilement, Morse s’embarque pour l’Europe : l’Angleterre expérimente son invention en 1839, puis la France en 1845 avec la ligne Paris-Rouen établie le long de celle du chemin de fer. Entre 1845 et 1850, seule la ligne Paris-Lille est établie, la France demeurant « empêtrée dans l’organisation passéiste du télégraphe Chappe que d’aucuns jugent suffisante » comme le souligne Paul Charbon (1).

En 1850, le nouveau président de la République, Louis-Napoléon Bonaparte, prend la décision de développer la télégraphie électrique en France : le 1er mars 1851, ce nouveau mode de communiquer est mis à la disposition du public. Pour la première fois, il est possible de communiquer autrement que par la lettre. Toutefois dans l’esprit du législateur, cette ouverture doit avant tout favoriser l’essor du commerce et de l’industrie. Une instruction de 1854 invite l’usager à n’user du télégraphe que pour les affaires véritablement urgentes et à rédiger des messages avec la plus grande concision.

Napoléon III et les hommes qui l’entourent ont foi dans le progrès technique : banques, industries, commerce et chemin de fer se développent et comme le note justement Catherine Bertho : « le télégraphe électrique fait profondément partie de ce monde nouveau » (2).

La politique de développement de la télégraphie électrique s’effectue méthodiquement. La première étape, mise en œuvre par les décrets des 6 janvier et 5 juillet 1852, vise à porter avec promptitude les ordres du gouvernement sur tout le territoire : il s’agit donc de relier toutes les préfectures à Paris. Les travaux sont menés rapidement : en 1855, la 85e préfecture, celle de Mende, est reliée. Supplantant définitivement le télégraphe aérien, l’appareil et le code, composé de traits et de points, mis au point par Morse sont adoptés par la France en 1856. La seconde étape est franchie entre 1855 et 1865 et vise à relier les chefs-lieux d’arrondissement, mais aussi les localités ayant un intérêt économique, les lignes de ces dernières étant financées par des initiatives privées. Dans les années 1860, suivent un réseau municipal et un réseau électro-sémaphorique.

D’abord instrument gouvernemental, le réseau télégraphique répond bientôt à la nouvelle priorité : à partir de 1860, sa préoccupation devient économique. Celle-ci conduit ainsi le Second Empire à ouvrir au public le 27 février 1861 les stations installées dans les préfectures.

 

Yves Lecouturier
historien
spécialiste des communications

 

1. Paul CHARBON, Développement et déclin des réseaux télégraphiques 1840-1940, Travaux de l’ARHT, novembre 1986, Vol 1.   
2. Catherine BERTHO, Télégraphes et téléphones, Le Livre de poche 1980, p 76-78.