André Dewavrin, dit « le colonel Passy »

Paris, 9 juin 1911 - Paris, 20 décembre 1998

André Dewavrin s’est illustré sous le nom de Passy en créant et animant les services secrets de la France libre... Jeune capitaine d’active, polytechnicien, c’est le hasard qui le conduit en Angleterre à son retour de Narvik. Il y entendra le discours du maréchal Pétain le 25 juin qui le laisse consterné ; il entend parler du discours du 18 juin du général de Gaulle et décide de le rejoindre à Londres. Celui-ci lui confie la tâche de créer, à partir de rien – sans argent, sans hommes, sans compétence – un Deuxième Bureau. Il a vingt-neuf ans. Comment mieux résumer l’action qu’il va développer qu’en rappelant un passage souvent cité des Mémoires du général de Gaulle : « Sitôt désigné il fut saisi pour sa tâche d’une sorte de passion froide... Pendant le drame quotidien que fut l’action en France, Passy tint la barque à flot contre le déferlement des angoisses, des intrigues, des déceptions… ». Il sera pour le spécialiste reconnu de la France libre, Jean-Louis Crémieux-Brilhac, « l’un des quatre ou cinq hommes au côté du général de Gaulle, sans qui la France libre n’aurait pas été ce qu’elle fut... Ce jeune homme, ignorant des activités clandestines, va monter en quatre ans une machinerie des services secrets sans exemple dans notre histoire… De lui et de ses équipes ont dépendu toutes les relations entre la France libre et la Résistance intérieure française…. Le BCRA (Bureau central de renseignements et d’action) va couvrir son propre pays d’une immense texture de réseaux de rensei-gnements sans cesse décimés, toujours reconstitués, faire surgir du magma épars de bonnes volontés et d’ardeur patriotique quelque chose qui finira par ressembler à une armée secrète : la performance est sans précédent. Elle aurait été, en 1940, inconcevable pour tout service secret traditionnel ».

Il est avéré que l’action du BCRA a été déterminante lors du débarquement, en retardant pendant 48 heures l’arrivée des renforts allemands vers les plages normandes.

Les mouvements intérieurs dépendaient évidemment du BCRA, duquel ils recevaient armes, ressources et instructions. On comprend que les relations entre le BCRA « londonien » et les mouvements étaient parfois empreintes d’incompréhension, voire de réserve, de la part de ces derniers qui n’appréciaient pas de perdre de leur autonomie. C’est peut-être pour cela que Passy exigeait de tous ses collaborateurs qu’ils fassent au moins une mission en France avec les risques évidents que cela comportait. Lui-même, à la stupéfaction des Anglais, se fit parachuter en 1943 pour mener une grande mission avec Pierre Brossolette.

En avril 1945, de Gaulle lui demande de transformer « son » BCRA, façonné par lui pour une forme de guerre particulière, en une agence classique. En quelques mois, implacablement, il réorganise le BCRA devenu la DGER (Direction générale des études et recherches). Fin 1945 celle-ci devient le SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage), précurseur de ce que sont nos services secrets aujourd’hui.

Le général de Gaulle se retire des affaires en janvier 1946, persuadé qu’on le rappellera rapidement. Passy démissionne peu après. En mai éclate ce qu’on a appelé l’« affaire Passy », en réalité une manœuvre politique contre de Gaulle. Accusé d’avoir voulu constituer un fonds secret de réserve pour le général de Gaulle, il sera disculpé de toute charge.

Il est Compagnon de la Libération et grand croix de la Légion d’honneur.

 

Daniel Dewavrin
fils du colonel Passy
ancien président de Faurecia
président d’honneur de l’Union des industries et métiers de la métallurgie
 


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Le dictionnaire historique de la Résistance, édité avec le soutien de la Fondation de la Résistance, a consacré une notice à André Dewavrin (auteurs: Sébastien Albertelli et Guillaume Piketty)

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