Exposition de la Section d'Or à la galerie La Boétie (Paris) et parution du traité Du Cubisme de Gleizes et Metzinger

1912

L'Oiseau bleu, 1912-1913, huile sur toile, 2,30 x 1,96 cm, Musée d'Art moderne de la Ville de Paris
© ADAGP, Paris, © RMN/agence Bulloz

La robe verte
Huile sur toile de Jean Metzinger, 1912-1914 Paris, Musée d'Art moderne de la Ville de Paris
© ADAGP - © RMN / Agence Bulloz

 

Le Musée d'art moderne de la Ville de Paris nous signale que suite à une erreur de communication, La robe verte est en réalité un tableau des années 1950 et non de 1912-1914
 

Ce qui va être le cubisme a beaucoup appris de Cézanne et des cultures extra-européennes. Dès 1907-1908 cela prend corps dans les ateliers de Picasso et de Braque. Leurs expériences sont soutenues par leurs amis poètes, Guillaume Apollinaire, Max Jacob, André Salmon, Pierre Reverdy qui, de leur côté, hachent la syntaxe et la continuité du discours. Peu après, d’autres artistes prennent une même orientation. Enfin, Fernand Léger, Robert Delaunay, Albert Gleizes, Jean Metzinger, André Lhote et quelques autres affrontent ensemble le public du salon des Indépendants de 1911. Incapable de distinguer des différences entre les uns et les autres, le public et la presse populaire ne parlent de cubisme que par dérision, et les premiers papiers collés de Braque en 1912 lui paraîtront une fumisterie. Les cubistes vont décider de se défendre.

 

En octobre 1912 s’ouvre, comme une sorte de manifeste, la vaste exposition dite de la Section d’Or, à la galerie parisienne La Boétie, rassemblant plus d’une trentaine de peintres et sculpteurs. Deux d’entre eux, Gleizes et Metzinger, publient alors une défense et illustration de la nouvelle esthétique, Du cubisme. Passant en revue la plastique depuis Courbet, ils expliquent que le cubisme est une évolution logique, mais ils n’entendent pas moins en montrer les aspects novateurs. On peut sourire des cautions qu’ils demandent aux géométries non-euclidiennes et à la quatrième dimension – mais, après tout, à la génération suivante, le surréalisme en demandera à l’occultisme. Il faut surtout voir dans ces références un tremplin pour l’imagination de l’artiste et du spectateur.

 

Il est difficile d’imaginer aujourd’hui le retentissement du livre de Gleizes et Metzinger. Lu, relu, célébré ou rejeté, il est très vite traduit en russe et en anglais. L’avant-garde culturelle russe le discute avec passion. Du critique américain Arthur Jerome Eddy au peintre roumain Marcel Janco, on en recommande la lecture, au risque d’oublier que ce sont moins des théoriciens que de bons peintres qui s’y expriment. Le poète flamand Paul van Ostaijen juge le livre aussi utile pour un écrivain que pour un artiste, et, de fait, l’abandon du souci des ressemblances des peintres cubistes répond aux fragmentations du sens et aux images insolites d’Apollinaire ou de Reverdy. Du cubisme pouvait conclure : « Aux libertés partielles conquises par Courbet, Manet, Cézanne et les impressionnistes, le cubisme substitue une liberté infinie ». On sait maintenant que le cubisme n’était pas une rupture mais une porte grand ouverte sur l’avenir.

 

En 2012, le Musée national de la Poste (à Montparnasse où cent ans plus tôt s’installait Picasso) consacrera une exposition conjointe à Gleizes et à Metzinger. Injustement négligés, ces peintres défenseurs du cubisme le méritaient bien.

 

Serge Fauchereau
écrivain et historien de l’art

Source : Recueil des commémorations 2012