Michel Debré

Paris, 15 janvier 1912 - Montlouis-sur-Loire (Indre-et-Loire), 2 août 1996

« La nation est un plébiscite de tous les jours, comme l’existence de l’individu est une affirmation perpétuelle de vie… »
(conférence d’Ernest Renan du 11 mars 1882)

L’engagement politique de mon père s’explique certes par la Résistance et sa rencontre avec de Gaulle (1), mais c’est surtout sa passion pour la République qui le justifie.

Né à Paris, ses origines paternelles et maternelles le rattachent au Rhin et à la Garonne ; ses souvenirs d’enfance lui ont fait aimer la Loire. L’histoire de la France façonne son patriotisme d’autant plus qu’elle marque l’itinéraire des siens. Son grand-père paternel quitte en 1870 l’Alsace pour ne pas perdre la nationalité française. La famille de sa mère se brise lors de l’affaire Dreyfus et une branche quitte Muret près de Toulouse.

L’histoire marque aussi son enfance. Il vit le conflit de 1914 en partie chez ses grands-parents maternels en Touraine. Sa mère est médecin à Paris, son père mobilisé. Le plus ancien souvenir qu’il conservait de lui, c’était en uniforme de poilu : « …un homme casqué avec une barbe blonde, un sac sur le dos, un manteau bleu délavé, un ceinturon… »

La France avait des héros qu’il admirait, dont Lazare Carnot. Je me souviens de ce petit tableau montrant le représentant du peuple, ceint de son écharpe tricolore, qu’il avait accroché dans son bureau. Il symbolisait une France audacieuse. Il portait aussi une sincère sympathie à Jules Ferry : pas simplement parce qu’il était à l’origine des lois scolaires, mais parce qu’il avait incarné une France qui ne renonce pas et symbolisé l’espérance du retour de l’Alsace-Lorraine.

« On imagine la France sans Napoléon, ou sans Louis XIV. On n’imagine pas la France sans Henri IV, sans Clemenceau, car au moment où [ils] ont été portés à la direction des affaires, la crise que traversait la Nation était une crise mortelle, si un homme, doté de certaines caractéristiques, ne s’était pas trouvé pour en prendre le gouvernement. Il en est ainsi, qu’on le veuille ou qu’on ne le veuille pas […], du général de Gaulle » écrit-il en 1958.

Il fut toujours attaché au général de Gaulle, mais son gaullisme ne peut se résumer à l’allégeance à un homme que le destin avait placé à la tête de la Résistance et aux commandes de la France à la Libération. Il a toujours vu en de Gaulle l’incarnation de l’idéal républicain qui allie liberté et autorité au service de la grandeur nationale.

La France fut la passion de sa vie : il était heureux quand elle remportait des succès, innovait, s’imposait par son génie, mais inquiet lorsqu’elle se laissait aller au renoncement et à la facilité.

Patriote sans être nationaliste, rien ne l’indignait plus que ces politiques qui, au nom de l’Europe ou de je ne sais quelle pudeur, oublient la France et la défense du français. « Ce que les Français ne feront pas pour la France, personne ne le fera ».

La constitution de 1958, qu’il rédigea à la demande du Général, devait permettre à l’état républicain d’exercer avec continuité et autorité ses pouvoirs pour garantir la démocratie, dont il était convaincu qu’elle s’était installée en France contre le pouvoir exécutif. « Il n’y a pire ennemi de la liberté et des choses humaines les plus sacrées que l’impuissance du commandement social. Il faut donc un État soumis au droit, mais non un État faible, sinon meurt le droit ».

Il a toujours critiqué les philosophes libéraux et les politiques qui s’unissaient pour dénoncer le besoin d’État : « Comment pouvait-on, à ce point, mésestimer la nécessité de l’État ? Comment était-il possible, à un tel degré, de faire abstraction de l’histoire et des réalités pour bâtir, en rêve, une société abstraite où les droits de l’homme seraient d’autant mieux assurés que le commandement politique de la nation serait plus faible. »

Heureux d’avoir choisi la politique pour servir la France aux diverses fonctions qu’il occupa, il s’employa à la réformer.

Le voici à la Libération, au cabinet du Général, créant l’École Nationale d’Administration. Démocratiser le recrutement de la haute fonction publique est une ambition qu’avaient eue avant lui Hippolyte Carnot et Jean Zay. Le voici en 1969, ministre de la Défense nationale, ouvrant l’École Polytechnique aux femmes comme il l’avait fait pour l’ENA. Entre-temps, en 1958, comme Garde des sceaux puis comme Premier ministre, il réforma la justice : la magistrature reçut un statut unifié, la carte judiciaire fut bouleversée et l’organisation judiciaire refondue, une école pour les magistrats créée.

Il mit fin, par la loi du 23 décembre 1959 qui porte son nom, à la querelle opposant les partisans de l’enseignement public à ceux de l’école privée. Elle fixe encore les rapports entre l’enseignement privé et l’État. Toujours comme Premier ministre, il initia une réforme inédite des structures agricoles, créa les collèges et lycées agricoles, favorisa la scolarité à seize ans, contribua à la concrétisation du projet de son père, Robert Debré, de centres hospitalo-universitaires…

En 1966, ministre de l’Économie et des Finances, il institua un marché hypothécaire, réforma le marché monétaire, mit en place la TVA dans le commerce et l’agriculture ; il créa la BNP et permit au Crédit Agricole d’accéder au marché financier ; il fit voter une loi fondatrice sur la formation professionnelle… Peu de domaines ont échappé à sa volonté réformatrice.

Lorsqu’il est élu le 24 mars 1988 à l’Académie française, je lui ai demandé s’il avait l’intention de la réformer, il m’a répondu en souriant : « Pourquoi pas ? »

 

Jean-Louis Debré
président du Conseil constitutionnel

 

Voir aussi Célébrations nationales 1988, p. 88 ; 1998, p. 229 ; 20082009

 

1. Leur première entrevue ayant eu lieu le 22 août 1944 à Laval.


Programme des manifestations

Editions

Hommage à Michel Debré et à la promotion France-combattante
Cahiers pour une histoire de l’ENA (N°5)
Auteur : Comité d'histoire de l'École nationale d'administration
La documentation Française

Manifestations

France
Centre

Dimanche 15 janvier 2012 de 9h30 à 17h30
Exposition sur Michel Debré. Dans le cadre du 100e anniversaire de la naissance de Michel Debré, la mairie a installé l'exposition de l'association des Amis de Michel Debré dans la salle des mariages de l'hôtel de ville. Entrée libre
Lieu : Hôtel de ville – 37400 Amboise

 

Medias-Com - Filmographie - Archives et documentation

. Sites Internet :

Discours de M. le Président de la République : « 100e anniversaire de la naissance de Michel Debré »
Amboise (Indre-et-Loire) - Dimanche 15 janvier 2012

 

France inter : La marche de l’histoire
Émission du lundi 14 mai 2012 : « Michel Debré, premier Premier ministre »

 

Site de l’INA, de nombreux documents vidéo et audio sur Michel Debré

- Vidéo : « Réception de Michel Debré à l'Académie française »

- Audio : Radioscopie, entretien diffusé le 11 février 1976 sur France Inter
Jacques Chancel s'entretient avec Michel Debré, ancien premier ministre qui revient sur son parcours; sa conception de la politique, l'idée qu'il se fait de lui-même, ce qui l'a décidé à entrer en politique


Assemblée nationale : Michel Debré

Institutions culturelles

Fondation Charles de Gaulle
5 rue de Solférino - 75007 Paris
tél. : 01 44 18 66 77 / fax : 01 44 18 66 99
courriel : contact@charles-de-gaulle.org

Associations

Association des Amis de Michel Debré
2 rue de Vienne – 75008 Paris
tél. : 01 45 62 62 95