Jacques Fromental Halévy

Paris, 27 mai 1799 - Nice, 17 mars 1862

Jacques François Fromental Halévy* naît à Paris le 27 mai 1799 dans une famille musicienne et cultivée. Son père, originaire de Franconie, est professeur, son frère Léon est écrivain, son neveu Ludovic deviendra le fameux librettiste d’Offenbach et de Bizet. En 1807, la famille est naturalisée et change son nom de Levy en Halévy.

 

Fromental entre à onze ans au Conservatoire où il reçoit l’enseignement de Berton, de Méhul et surtout de Cherubini qui lui donnera le goût du grand art et soutiendra sa carrière. En 1819, Halévy remporte le premier Grand Prix de Rome décerné par l’Institut et inaugurant toute carrière musicale officielle.

 

Après le séjour à la Villa Médicis, puis à Vienne où il côtoie Beethoven, Halévy connaît des débuts difficiles. Il faut à l’époque réussir sur une scène lyrique, or les institutions parisiennes sont peu nombreuses et assez fermées. En 1827, il devient chef de chant au Théâtre-Italien et parallèlement professeur d’harmonie au Conservatoire. Les six années suivantes, il parvient à donner sept ouvrages en un acte à l’Opéra-Comique, dont Le Dilettante d’Avignon qui plaît beaucoup en 1829, et un opéra italien, Clari, au Théâtre-Italien grâce au soutien de la Malibran.

 

Chef de chant à l’Opéra à partir de 1829, Halévy y reçoit la commande de deux grands ballets et, enfin, d’un opéra. En 1835, la création somptueuse de La Juive sur un livret de Scribe remporte un immense succès. Désignée comme modèle du grand opéra français, l’œuvre acquerra une grande renommée à l’étranger. La carrière d’Halévy prend un tour très favorable. Dès 1836, il est élu à l’Institut, succédant à Reicha. Excellent orateur, il deviendra le secrétaire perpétuel de l’Académie des beaux-arts en 1854. Professeur de composition au Conservatoire à partir de 1840, il formera Gounod, Massé, Lecocq, Saint-Saëns et Bizet qui épousera sa fille Geneviève, futur modèle de Proust pour la duchesse de Guermantes.

 

Passionné par la scène lyrique, Halévy crée une vingtaine d’opérascomiques parmi lesquels Les Mousquetaires de la reine, Le Val d’Andorre, La Fée aux roses et La Dame de pique. Sept opéras succèdent à La Juive dont Guido et Ginevra, La Reine de Chypre et Charles VI. Un second opéra italien écrit pour Londres complète cette production abondante et régulière qui permet à Halévy de figurer presque chaque saison à l’affiche d’un théâtre parisien. Doué d’une riche inspiration mélodique, il est aussi un formidable orchestrateur apprécié par Berlioz pour son originalité et son exigence. Wagner loue son sens du pathétique et de la scène, son art de la caractérisation, sa capacité à dépasser les conventions pour créer un art universel et sa faculté à exprimer par la musique « les plus intimes et les plus puissantes profondeurs de la nature humaine. »

 

Halévy souffre cependant d’être considéré comme le compositeur d’un unique chef-d’œuvre, moins estimé qu’Auber pour l’opéra-comique et que Meyerbeer pour l’opéra. Il meurt à Nice le 17 mars 1862. Son buste ornera dès leur inauguration le Palais Garnier (1875) puis le foyer de la Salle Favart (1898).

 

Homme d’esprit cultivé, idéaliste et généreux, épris d’union des arts, Halévy savait à la perfection « exprimer dramatiquement la tendresse et la passion » (Sainte-Beuve). Remontée en 2007 à l’Opéra Bastille, La Juive a reconquis l’enthousiasme du public contemporain.

 

Agnès Terrier
agrégée et docteur ès lettres dramaturge de l’Opéra-Comique

 

Cf. Célébrations nationales 1999, p. 98.